Accueil > >> Français > Amérique latine et Caraïbes > BRÉSIL - La forêt des Indiens détruite par l’avancée de la frontière du (...)

BRÉSIL - La forêt des Indiens détruite par l’avancée de la frontière du soja

Survival

jeudi 1er juin 2006, mis en ligne par Dial

‘Il y a bien longtemps, c’était notre terre. Maintenant tout cela est terminé ; il n’y a plus de gibier et cette terre est devenue laide’. Kawari, un aîné enawene nawe, Brésil.

Les rivières et la forêt de l’un des peuples les plus atypiques d’Amazonie sont en train d’être ruinées par l’avancée impitoyable de la ‘frontière du soja’. De vastes parties de leur forêt sont défrichées pour faire place à d’immenses plantations de soja et à l’élevage à grande échelle, ces deux activités étant contrôlées par de puissants hommes politiques locaux et nationaux.

Les Enawene Nawe sont l’un des rares peuples indigènes à ne pas consommer de viande rouge. Leur terre ancestrale, un magnifique ensemble de forêts tropicales et de savanes situé au cœur du bassin amazonien brésilien, leur fournit tout ce dont ils ont besoin : plantes comestibles, miel et poisson en abondance. Les Enawene Nawe excellent à la pêche qu’ils pratiquent en disposant sur les rivières des barrages aux mailles finement tressées, à la saison des pluies. Ils capturent ainsi de grandes quantités de poissons qu’ils boucanent dans des abris spécialement construits pour cette activité.

Lorsque les autorités brésiliennes créèrent une réserve destinée à protéger une partie des terres ancestrales des Enawene Nawe, un élément important fut exclu du projet : le rio Preto que les Indiens nomment Adowina (la rivière du fruit genipapo). Cette rivière, extrêmement poissonneuse est vitale pour eux, la pêche étant un élément essentiel de leur mode de vie.

Kawari, un aîné du groupe, explique : ‘Cette terre appartient aux yakiriti [les esprits ancestraux] qui sont détenteurs de toutes les ressources naturelles. Si vous épuisez la terre et les rivières, les yakiriti se vengeront et tueront tous les Enawene Nawe’.

Les forêts environnantes ont été entièrement déboisées et les puissants pesticides employés pour venir à bout des sous-bois ont inévitablement pollué la rivière. En 2002, plusieurs installations de pêche enawene nawe y avaient été détruites, vraisemblablement par des hommes aux ordres des puissants fermiers locaux.

Les Enawene Nawe font pression depuis plusieurs années sur les autorités brésiliennes pour que la région du rio Preto soit officiellement reconnue comme territoire indigène avant que la rivière ne soit totalement polluée. En 2004, la FUNAI, la Fondation nationale de l’Indien, leur avait annoncé qu’elle allait envoyer une équipe délimiter la région, mais rien n’a été fait.

Dans la période 2003-2004 (les dernières statistiques disponibles), plus de la moitié de la déforestation de l’Amazonie s’est concentrée dans l’Etat du Mato Grosso, où vivent les Enawene Nawe. Durant cette même époque, le gouverneur Blairo Maggi, dont la famille est l’un des plus importants producteurs de soja au monde, demandait aux autorités fédérales un moratoire de deux ans concernant l’identification de nouveaux territoires indiens. En 1998, la famille Maggi avait illégalement construit une route sur le territoire des Enawene Nawe qui fut finalement fermée sur décision d’un procureur fédéral.

Le premier contact avec les Enawene Nawe, qui remonte à 1974, fut pacifique et réussi. Le groupe qui ne représentait alors que 97 personnes en compte aujourd’hui plus de 420. Ils sont divisés en clans et vivent dans 10 grandes malocas, des maisons communautaires bâties en bois, couvertes de feuilles de palmes. Ces maisons sont disposées en cercle autour du centre abritant ‘la maison des flûtes sacrées’. Leur rituel le plus important, le yakwa, a lieu lorsque les hommes rentrent de la pêche ; lors de la cérémonie, ils échangent leur prise avec le monde des esprits.

Craignant que les dommages causés au Rio Preto ne deviennent rapidement irréversibles, des représentants enawene nawe se sont rendus en mai dernier à Brasilia pour rencontrer les fonctionnaires de la FUNAI. Ayant appris qu’aucune démarcation ne serait effectuée dans l’Etat du Mato Grosso, les Enawene Nawe ont demandé à Survival de soutenir leur lutte pour reconquérir le Rio Preto qui est essentiel à leur survie.

Les Bulletins d’action urgente de Survival permettent de mobiliser l’opinion publique sur des cas concrets d’oppression ou de spoliation dont sont victimes les peuples indigènes afin que leur situation puisse trouver une issue favorable. Depuis sa fondation, en 1969, Survival a démontré à de nombreuses reprises combien des campagnes ciblées ont pu sauver des peuples vulnérables de l’anéantissement. En consacrant quelques minutes à écrire votre lettre vous agirez d’une manière efficace en faveur des Enawene Nawe. Chaque lettre fait la différence.

Survival n’accepte aucune subvention gouvernementale et dépend exclusivement de ses membres et donateurs pour financer ses campagnes.

Ce bulletin d’action urgente est également disponible en anglais, portugais, espagnol, italien et allemand. Votre lettre peut faire la différence.

Écrivez une lettre brève et courtoise (en français ou en portugais) en vous inspirant du modèle ci-après ou écrivez librement. Il est préférable d’envoyer votre lettre par la poste, qui est sans aucun doute le moyen le plus efficace. Vous pouvez également l’envoyer par fax, mais les numéros sont souvent changés ou les fax déconnectés. Les adresses électroniques ne sont proposées que dans les cas où les emails ont des chances d’être lus.

Je suis très préoccupé par la situation des Enawene Nawe de l’Etat du Mato Grosso confrontés à la déforestation massive de leur territoire ancestral. La pollution et l’empoisonnement des eaux de la région du Rio Preto due aux pesticides utilisés pour le défrichage menacent gravement ces Indiens dont la survie dépend étroitement des ressources naturelles. Je vous prie instamment de charger la Funai d’envoyer une équipe technique sur place afin de procéder à la délimitation et à la démarcation de leur territoire avant qu’il ne soit trop tard.

Envoyez vos lettres à :

Dr Márcio Thomáz Bastos

Ministro da Justiça

Ministério da Justiça

Esplanada dos Ministérios, Bloco T

70064-900 Brasília DF

Brésil

Fax : + 55 61 224 2448/ 322 6817 /224 0954

Email : gabinetemj mj.gov.br

Et si possible une copie à :

Dr Mércio Pereira Gomes

Presidente
FUNAI

SEP Quadra 702 Sul

Edificio Lex, Bl A, 3º andar

70390-025 Brasília DF

Brésil

Fax : + 55 61 226 8782

Email : mercio.gomes funai.gov.br


http://www.survivalfrance.org/related_material.php?id=348

Les opinions exprimées dans les articles et les commentaires sont de la seule responsabilité de leurs auteur-e-s. Elles ne reflètent pas nécessairement celles des rédactions de Dial ou Alterinfos. Tout commentaire injurieux ou insultant sera supprimé sans préavis.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.


Números ISSN : 1955-2556 (AlterInfos) - 1955-253X (Dial)

Qui sommes-nous ? | SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0