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DIAL 2726 - Dossier : Cultures transgéniques en Amérique latine

BRÉSIL - Une bataille sur les transgéniques qui n’en finit pas

dimanche 16 mai 2004, mis en ligne par Dial

La culture de variétés transgéniques, essentiellement de maïs et de soja, est déjà répandue dans certains pays d’Amérique latine. C’est, par exemple, le cas de l’Argentine en matière de soja. D’autres pays ont décidé l’interdiction de ces cultures, tel le Guatemala et le Venezuela. Dans d’autres encore, les variétés transgéniques sont tolérées, parfois de façon provisoire pour régulariser une situation antérieure comme c’est le cas au Brésil et au Paraguay, ou sont accompagnées de mesures nettement restrictives. Partout le débat a lieu sur la nocivité ou l’inocuité éventuelle de ces cultures pour la santé humaine et la biodiversité. Nous publions plusieurs dossiers relatifs aux cultures transgéniques en Amérique latine aujourd’hui. Des articles particuliers sont consacrés au Mexique [1] et au Brésil [2] et des informations concernant divers autres pays ont été regroupés dans le dernier dossier [3].


La culture du soja transgénique est préjudiciable à la santé, à l’environnement et à l’agriculture elle-même, selon l’Institut brésilien de défense du consommateur (IDEC), mais selon la transnationale Monsanto qui produit cette variété c’est le contraire qui est vrai.

Monsanto, dont le siège est aux Etats-Unis, qui est propriétaire du brevet de modification génétique et qui est parvenu à dominer la culture du soja à l’échelle mondiale en moins de dix ans, se heurte au Brésil à une résistance obstinée des environnementalistes et d’autres secteurs dont certains gouvernementaux, sans pour autant abandonner la défense de son soja Roundup Ready.

Le soja Roundup Ready est, comme son nom l’indique, résistant au Roundup, un herbicide au spectre très large développé directement par Monsanto, dont le principe actif est le glyphosate et qui peut se trouver en grande quantité dans les zones ensemencées avec le soja de cette compagnie, ce qui réduit les soins à donner par ailleurs et les frais de main-d’œuvre.

Mais l’un des résultats est que « les résidus de glyphosate dans les aliments à base de soja augmentent de 50 à 100 fois » ce qui est « inacceptable pour ceux qui recherchent une alimentation saine » a dit à IPS Marilena Lazzarini, coordonnatrice générale de l’IDEC. Elle a fait savoir que cette augmentation a été autorisée par les autorités sanitaires brésiliennes, mais des recherches ont montré qu’elle peut être à l’origine de dommages génétiques sur des cellules du sang humain, ainsi que de tumeurs, altérations de l’appareil reproducteur et de lésions des glandes salivaires et de la muqueuse de l’estomac.

Lazzarini a mis en avant que selon des données du ministère de l’environnement l’utilisation du glyphosate nuisible a pratiquement triplé entre 1998 et 2001 dans l’Etat du sud de Rio Grande do Sul qui est celui où la culture du soja Roundup Ready a pris de l’extension.

Mais le directeur de la communication de Monsanto, Lucio Mocsanyi, a dit à IPS que l’augmentation de l’utilisation de glyphosate dans cet Etat doit être considérée dans un contexte d’ensemble et qu’elle est due au fait que la surface ensemencée en soja s’est multipliée par deux ou presque, passant de 4,8 millions d’hectares lors des semailles 1996/97 à 9,8 millions lors de celles de 2003/04.

L’emploi de glyphosate à l’hectare n’a augmenté que de 10,4% entre 1998/99 et 2002/03, selon une étude de la consultante Kleffmann qui a donné comme argument que cette augmentation s’était accompagnée d’une baisse de 42,2% de l’utilisation d’herbicides sélectifs de telle sorte que l’on a diminué à la fois la quantité totale d’agrotoxiques utilisés et le coût de leur application.

Quant au risque sanitaire, Mocsanyi a affirmé que la faible toxicité du glyphosate pour les êtres humains a été démontrée par de nombreuses analyses dans différents pays. En outre il a fait valoir que l’Agence brésilienne de surveillance sanitaire a fixé à 10 mg par kilo le maximum autorisé de résidus de glyphosate dans des aliments élaborés à partir du soja, soit la moitié du maximum autorisé aux Etats-Unis et fixé par l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (plus connue sous son sigle anglais FAO).

L’IDEC et Monsanto se livrent une bataille à laquelle on ne voit aucune issue, sur plusieurs territoires à la fois, circonscrite par la polémique sur les transgéniques au Brésil.

L’organisme d’Etat a gagné devant les tribunaux lors d’une action conjointe avec l’organisation non gouvernementale de défense de l’environnement, Greenpeace, quand il a obtenu, en 1999, l’interdiction de semer du soja Roundup Ready au Brésil sans une étude préalable exigée par la Constitution, quant à son impact sur l’environnement.
Selon l’Institut brésilien d’opinion publique, il a également triomphé à travers une enquête au cours de laquelle cet Institut enregistra 73% de réponses opposées à la dérégulation de la culture de transgéniques jusqu’à ce que soit établi qu’ils ne présentent aucun danger ni pour la santé de l’homme ni pour l’environnement.

Mais sur le terrain l’IDEC a perdu. Le soja Roundup Ready est entré au Brésil par le sud sous forme de graines de contrebande en provenance d’Argentine et s’est répandu à tel point que, selon des calculs d’experts, il représente plus de 80% du soja cultivé dans le Rio Grande do Sul.
L’an dernier, le gouvernement, placé devant le fait accompli, a cédé et autorisé la récolte et la commercialisation des grains illégalement semés. L’exception a été prorogée cette année en y joignant l’autorisation pour les agriculteurs en possession de ces graines de les semer.

Dans l’objectif de régler définitivement la question, le pouvoir exécutif a proposé en octobre un projet de loi, déjà approuvé à la Chambre des députés dans une version qui a rencontré l’agrément des environnementalistes, mais qui peut être modifiée par le Sénat.
Monsanto tout autant que l’IDEC basent leurs arguments, qui s’opposent, sur de nombreuses études et des interprétations divergentes d’éléments de la réalité.

Par exemple, selon la transnationale, la forte préférence des agriculteurs est une preuve des avantages du soja transgénique.
Selon les calculs du Service international pour l’acquisition des applications en agrobiotechnologie, 55% de la production mondiale de soja est déjà transgénique. Les Etats-Unis et l’Argentine concentrent 84% des 67,7 millions d’hectares semés en variétés génétiquement modifiées.

Mais Lazzarini a soutenu qu’il s’agit d’une « mauvaise affaire » pour les agriculteurs car basée sur « une vision immédiate » et à court terme, qui ne prend pas en compte les risques pour le consommateur. « Dans trois ou quatre ans, prévoit-elle, ils devront faire face à la nécessité d’utiliser davantage d’herbicide et de payer les droits liés au brevet de la Monsanto ».

« L’évidence se fait jour de ce que diverses herbes sont en train d’acquérir une résistance au glyphosate » ce qui, à l’avenir, exigera davantage d’agrotoxiques, aggravant ainsi les dommages pour l’environnement et les risques pour la santé, a expliqué la coordonnatrice générale de l’IDEC. En outre, elle a affirmé que le glyphosate est « extrêmement persistant », avec une durée moyenne de 100 jours selon l’Agence de protection de l’environnement des Etats-Unis, et de ce fait pollue les rivières.

Tout au contraire Mocsanyi assure que « le glyphosate se dégrade naturellement dans le sol après application, évitant ainsi une pollution des nappes phréatiques », et pour cette raison son emploi est autorisé pour les jardins aux Etas-Unis et dans d’autres pays, mais aussi pour la réserve naturelle équatorienne des Galapagos et dans les ruines de Pompéi au sud de l’Italie.

Il n’y a pas de danger de contamination génétique pour l’environnement parce que le soja n’a pas de « parent dans la flore sauvage » du Brésil, et en outre, c’est une plante qui se reproduit par autopollinisation, ce qui rend pratiquement impossible le transfert de gènes, selon l’argumentation du directeur de la communication de Monsanto.

Lazzarini cependant, allégua que dans les zones d’utilisation de glyphosate on a constaté « une réduction du peuplement d’insectes bénéfiques, d’oiseaux et de petits mammifères » parce que cet herbicide détruit la végétation qui leur sert d’abri et d’alimentation. Des expériences ont établi l’augmentation de la vulnérabilité des plantes sujettes à des maladies et le faible développement de bactéries aptes à fixer l’azote.

Pour Monsanto, tout au contraire, l’environnement tire bénéfice de la diminution de l’usage d’autres herbicides associée aux cultures transgéniques et aussi du fait que le glyphosate facilite « les semailles directes », pratique écologique qui évite de retourner la terre et la laisse couverte des restes des semailles antérieures.


- Dial – Diffusion d’information sur l’Amérique latine – D 2726.
- Traduction Dial.

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