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DIAL 2610 - Dossier Venezuela

VENEZUELA - Une Église politiquement divisée, mais majoritairement opposée à Chávez

jeudi 16 janvier 2003, mis en ligne par Dial

Nous publions ci-dessous deux prises de position très typées mais aussi très révélatrices de celles que l’on peut trouver, quoique de façon inégale, dans l’Église vénézuélienne. La première exprime une position dominante dans l’Église, tout particulièrement dans la hiérarchie. La seconde donne le point de vue de personnes - ici de religieuses - présentes activement auprès des populations démunies.


Le Père Ramon Rivas : « Le projet politique de Chávez est d’instaurer un régime de style cubain »

Dans une lettre significative et dramatique envoyée à l’Association des éducateurs catholiques d’Amérique, le père Ramon Rivas, président de l’Association vénézuélienne des éducateurs catholiques (AVEC) explique la situation actuelle du Venezuela, que peu des gens connaissent à l’extérieur du pays. « Dire que notre situation est mauvaise serait un euphémisme, elle est pire que mauvaise », écrit le prêtre en parlant de la grève qui dure depuis quinze jours et de la violence sociale grandissante.

« Tout cela obéit au désir de 80 % de la population qui veut que le président Chávez s’en aille : chaque jour nous sommes davantage convaincus que le projet politique de ce monsieur est d’instaurer au Venezuela un régime de style cubain. »

Selon le P. Rivas, un des pires problèmes est « l’existence des bandes armées avec une haine sociale exacerbée, avec la protection du pouvoir et avec des ressources économiques illimitées. Elles sont devenues des groupes incontrôlés qui sèment la terreur à l’égard de ceux qui se considèrent comme ennemis du modèle politique officiel ».

Cependant, malgré la rareté de l’essence et des aliments de base, « le courage de notre peuple est admirable : il continue à manifester de manière démocratique et pacifique avec la même volonté et la même joie qu’avant, sans accepter ni le chantage ni la terreur, et sans provocation » .

« L’école catholique, en tant que telle, est plus ou moins tranquille actuellement, puisque le gouvernement, confronté à tant de problèmes politiques, n’a pas le temps de nous attaquer. Nous avons une dette de plusieurs millions car le gouvernement n’a pas accompli ses promesses réitérées de nous payer et d’être à jour avec nous. Même ainsi nous continuons à travailler avec toujours le même enthousiasme » écrit le P. Rivas.

Le prêtre indique que « à l’intérieur de la grande famille AVEC il y a un nombre significatif d’enseignants et de parents qui appuient le chavisme, mais ils restent toujours fidèles à notre modèle éducatif et obéissent à nos orientations ».

Que va-t-il se passer ?

En ce qui concerne l’avenir, le Père Rivas est tranchant : « il est impossible de faire quelque pronostic que ce soit parce que le cours des événements est si intense que, pour nous, parler à long terme c’est parler de ce soir. Nous espérons que tout ceci finira bientôt, puisque la situation s’avère insoutenable pour tout le monde, et je pense qu’aucun gouvernement ne peut se maintenir au pouvoir contre la volonté de 80 % du peuple. »

Article paru dans La Religión (Caracas)
21 décembre 2002

***

Des religieuses déclarent : « Nous soutenons le projet bolivarien »

(…) Nous reconnaissons, apprécions et admirons le projet bolivarien conduit par le frère président Hugo Chávez, qui offre au peuple une participation active avec la conscience de créer l’histoire dont nous rêvons.

Comme Église et comme sœurs, nous nous sentons identifiées au projet et nous avons mal quand certains évêques et prêtres déprécient et font obstacle au moment historique que nous vivons.

Nous ne nous sentons pas représentées par eux.

Nous existons ! C’est pourquoi nous souhaitons choisir les délégués de l’Église pour les tables de dialogue, comme l’ont fait le gouvernement et l’opposition. (…)

Depuis nos petits villages, depuis nos bidonvilles de banlieues, éloignés des centres de pouvoir, nous créons parmi le peuple de petits espaces où il est possible de vivre différents, proches, égaux. Nous travaillons dans des communautés chrétiennes, des groupes de femmes, des coopératives, de petits centres communitaires d’éducation populaire et nous percevons qu’ils expérimentent aujourd’hui une nouvelle vitalité.

Oui, nous existons ! Avec espérance. Nous soutenons le projet bolivarien et nous voulons lui consacrer des efforts et du temps pour qu’il fleurisse.

Est-ce trop demander à l’opposition que de nous laisser le temps de créer et de croître ? Est-ce que le peuple n’a pas attendu beaucoup d’années pour se sentir acteur de l’histoire ?

Nous existons avec le peuple des exclus, et nous nous organisons pour exprimer notre vision de la vie, pour jouir, aimer et nous sentir compagnes et compagnons. Nous écoutons chaque semaine « Alo, Presidente » et nos énergies solidaires se renouvellent pour poursuivre avec amour et humour les aventures de la vie quotidienne.

Nous comprenons que notre moment historique est clair-obscur mais nous nous risquons, soutenues par une espérance invisible qui nous dit : « Qui va nous séparer de l’amour ? » (Rom.8).

C’est pour quoi, nous croyons, nous affirmons, et nous crions : Nous existons ! Il vaut la peine de vivre AUJOURD’HUI, ICI, MAINTENANT au Venezuela.

Texte émanant de communautés de sœurs (Merito, San Lorenzo, Quebrada de la Niña, Tunapuy), vivant dans l’État de Sucre, Cumana, samedi 16 novembre 2002


- Dial – Diffusion d’information sur l’Amérique latine – D 2610.
- Traduction Dial.
- Source (espagnol) : voir à la fin de chaque texte.

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