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MEXIQUE - L’autonomie zapatiste, V - L’écologie

Erwan Bernier

lundi 19 novembre 2007, mis en ligne par Erwan Bernier

Sommaire :

- MEXIQUE - L’autonomie zapatiste, I - Introduction
- MEXIQUE - L’autonomie zapatiste, II - La politique
- MEXIQUE - L’autonomie zapatiste, III - L’éducation
- MEXIQUE - L’autonomie zapatiste, IV - La santé
- MEXIQUE - L’autonomie zapatiste, V - L’écologie
- MEXIQUE - L’autonomie zapatiste, VI - L’économie


« Notre philosophie, c’est l’être humain comme élément de la nature ». Cette phrase peinte dans le caracol d’Oventik rappelle l’importance accordée à la nature et notamment à ce qu’ils appellent la « tierra madre », la terre mère, qui fournit la vie. Les zapatistes sont bien conscients de l’importance de la préservation de la nature et donc de la terre. Ils n’hésitent pas à rappeler que c’est elle qui fournit l’alimentation nécessaire à notre survie. Cela peut paraître naïf de le rappeler, mais dans le même temps tellement nécessaire face au développement d’une agriculture productiviste facilité depuis l’amendement de l’article 27 de la Constitution qui régulait le système de l’ejido.

En effet, auparavant, la surface que pouvait posséder une seule et même personne était strictement limitée afin d’éviter la concentration des terres. La surface de terre maximum autorisée variait entre cent et trois cents hectares en fonction du produit cultivé ou du climat de la région. Les zapatistes insistent la nécessité de revenir à l’article d’origine pour retourner à une agriculture respectueuse de l’environnement.

Une autre peinture murale rappelle : « Souviens-toi que la terre est ta maison et que la nature est ton jardin. Tu as le pouvoir de la transformer en enfer ou de conserver ce paradis. Quand nous jetons notre poubelle par terre, nous salissons la maison de tous. Nous vivons dans un paradis fragile et il est de la responsabilité de chacun d’y faire attention ».

Les caracoles se mettent plus ou moins au tri sélectif. Poubelles pour le verre, le plastique, les papiers ou les déchets organiques. Pourtant, on reconnaît à Oventik que « le message a encore du mal à passer ». Les mots n’ont guère de sens s’ils ne sont pas suivis par les actes qui leur correspondent. Ici, comme ailleurs, le tri n’est pas totalement respecté et on jette souvent les déchets sans réellement faire attention. Qui plus est de nombreuses immondices jonchent encore le sol des caracoles. Et ce ne sont pas seulement les étrangers de passage qui en sont responsables. Qui plus est, à La Realidad si les bouteilles en plastique sont jetées dans le même endroit, c’est pour y être…brûlées sous le seul prétexte que ce ne sont pas des déchets organiques.

Les citernes d’eau potable connaissent aussi quelques problèmes, puisque il y a de nombreuses fuites ce qui entraîne un gaspillage important, alors que l’eau est considérée comme un des biens les plus précieux que possèdent les humains. Et c’est afin d’économiser cette ressource que dans le caracol de La Garrucha on a commencé à développer les toilettes sèches. Non seulement on économise une grande quantité d’eau mais on fournit dans le même temps un excellent engrais.

Le leitmotiv de chaque caracol reste cependant la récupération. Rien ne doit se perdre, tout doit pouvoir être à nouveau utilisé. A La Realidad, il existe dans ce but un atelier pour récupérer tous les objets électroniques afin d’essayer de les remettre en marche. Dans l’ensemble on fait une réelle chasse au gaspillage tant des produits manufacturés que des matières premières.

En effet, pour renforcer la protection de la nature, les zapatistes ont même mis en place leur propre loi, très stricte, sur la conservation des forêts élaborée sous l’impulsion du caracol de Morelia. Ainsi le bois ne pourra être coupé que pour l’usage domestique et ne pourra en aucun cas être vendu. De même, il sera nécessaire d’obtenir un permis auprès des autorités du caracol. Et pour chaque arbre coupé, la personne devra planter de petits arbres comme compensation écologique. Et toute personne contrevenant à cette loi sera sanctionnée en fonction du règlement du municipe où le forfait a été commis. Cette loi a ensuite été adoptée par l’ensemble des caracoles.

D’autres initiatives fleurissent un peu partout. On se met à installer des gouttières pour récupérer l’eau de la pluie. A La Realidad, on commence à développer les panneaux solaires. Chaque municipe du caracol en possède au moins un. L’électricité du caracol est d’ailleurs fournie par une turbine. Seul inconvénient, s’il y a un problème les zapatistes sont dépendants de l’aide internationale s’il faut changer une pièce et ne peuvent donc plus, momentanément, fournir de l’électricité à l’ensemble du caracol. Ces mesures, en plus de protéger l’environnement, permettent aussi de réaliser des économies.

Toutefois, il est évident que de nombreux efforts sont encore à réaliser pour protéger l’environnement. Mais les zapatistes ont au moins conscience de la nécessité de prendre soin de la nature. Et ils n’hésitent jamais à rappeler que ce sont les pays industrialisés qui restent les principaux pollueurs.

[>> MEXIQUE - L’autonomie zapatiste, VI - L’économie]

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