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LIVRE - L’Horizon argentin : petite histoire des voies empruntées par le pouvoir populaire, 1860-2001, de Guillaume de Gracia

samedi 6 février 2010, mis en ligne par colaborador@s extern@s

- Éditions CNT région parisienne
- ISBN : 978-2-915-731-21-7
- 22 euros.

Couverture de L’Horizon argentin : petite histoire des voies empruntées par le pouvoir populaire, 1860-2001

Quatrième de couverture

Décembre 2001… Les médias diffusent – horrifiés – les images du peuple argentin en pleine explosion sociale et populaire lors des journées du 19 et 20 décembre 2001. El Argentinazo nous a marqué à la fois parce qu’il constitue la première des grandes crises du nouveau millénaire mais aussi parce qu’il a remis au goût du jour des pratiques qui semblaient s’être perdues face aux assauts du libéralisme : les assemblées générales de quartier, le troc, la récupération et l’autogestion d’entreprises par leurs travailleurs, l’action directe, etc., semblaient avoir été mis au placard définitivement.

Pourtant, l’Argentine est de ces pays, à l’instar de l’Espagne, qui ont été fortement marqués par des pratiques directement issues du riche et foisonnant mouvement anarchiste des XIXe et XXe siècles même si, aujourd’hui, les anarchistes argentins ne sont toujours pas « un sur cent »…

Comment expliquer le succès de toutes les « nouvelles » pratiques post-2001 : autogestion, démocratie directe, action directe, volonté d’autonomie dans le champ populaire, etc.? C’est ce que s’attache à prouver ce livre sur les cent quarante dernières années de l’histoire de ce pays. Parce que les historiens, anthropologues ou auteurs, qui ont pris le parti de raconter l’histoire de la classe ouvrière, des rebelles et des pirates, des idéalistes et des esclaves, n’ont pas taillé leur plume hier et s’acharnent toujours à prouver que les peuples n’ont eu de cesse de contester les Empires et d’écrire leur propre histoire. La persistance des pratiques horizontales en Argentine est, de ce point de vue, exemplaire.

Présentation

Que des centaines de milliers, voire des millions d’Argentins soient descendus dans les rue de Buenos Aires, les 19 et 20 décembre 2001 au cri de Que se vayan todos ! (Qu’ils s’en aillent tous !) apparu pour bien des commentateurs, la simple expression de la légitime exaspération de citoyens dont les droits les plus élémentaires étaient depuis longtemps bafoués.

Que la patrie du Tango et del asado (viande grillée) crie famine alors que le ratio de sa production agricole et de viande bovine était (et reste) de 1 à 5 : voilà qui ne pouvait qu’interpeller. Que la protestation dure dix jours et que de réguliers soulèvements ponctués de très violents affrontements avec les forces de l’ordre forcent quatre présidents consécutifs à abdiquer, voilà qui commençait à inquiéter.

D’autant que ces insurrections urbaines se doublaient de formes de constructions populaires que la mythologie néo-libérale pensait avoir bannie pour de bon dans « ses » démocraties : assemblées de quartiers, entreprises récupérées et autogérées par leurs travailleurs, troc…
La « Fin de l’Histoire » prophétisée par Francis Fukuyama peinait à se concrétiser.

Cependant, l’explication, que d’aucun tentèrent de sous-entendre, d’une « génération spontanée » d’argentins ayant découverts les vertus de l’action commune, directe et de la construction à la base ne tient pas.

Plusieurs millions d’européens ont littéralement débarqué en Argentine entre le milieu des années 1870 et 1910. Autant de paysans italiens et espagnols politiquement sensibilisés aux formes sociétales alternatives que supposaient les utopies anarchistes et socialistes. Autant de futurs ouvriers mais aussi, de futurs militants qui vont ancrer profondément dans l’esprit collectif argentin une mythologie utopique et une solide subculture de lutte, dont les méthodes vont se retrouver tout au long du dernier siècle. Autant d’individus qui, au début des années 1900 vont se syndiquer au sein de structures : FORA, UGT ou USA, à l’esprit indéniablement libertaire (au sens large) totalement hermétique aux formes de collaboration de classes et de jeu parlementaire prônés par les sociaux-démocrates de l’époque.

Après quarante ans de domination sans (quasi-) partage, l’apparition sur le devant de la scène d’un personnage à l’ambiguïté affichée (mais pourtant très droitier), va renvoyer les revendications révolutionnaires urgentistes et immédiates aux calendes grecques.

Arrivé en 1943 au Secrétariat d’État au travail, le colonel Perón va réussir, par de nombreux engagements sociaux forts, à convaincre nombre d’argentins que la situation économique avantageuse du pays au sortir de la seconde guerre mondiale -pendant laquelle il servit de grenier de l’Europe- pouvait concrètement améliorer leur condition. Populiste, Perón l’était, ne défendant que sa cause personnelle tout en sachant ménager la chèvre capitaliste et le choux ouvrier. Mais les choux ouvriers prospérèrent et, marqués par les pratiques libertaires – sinon par l’idéologie à proprement parler – surent se réapproprier et modeler selon leurs nécessités les énormes structures syndicales que leur avait fourni le péronisme et dont le but pourtant, était essentiellement la conciliation de classe.

Après avoir été destitué par une junte très éloignée de ses positions (se revendiquant catholique, nationale et libérale), clairement décidé à sabrer tout mouvement de protestation d’une base sociale considérée comme « communiste et hédoniste », Perón va cristalliser un énorme mouvement de protestation polymorphe, fédérant à la fois les classes ouvrières mais aussi, intellectuelles et estudiantines sous la commune revendication de son retour au pouvoir et ce, pendant 18 ans, jusqu’à son catastrophique et meurtrier retour de 1973.

Polymorphe, le mouvement péroniste le sera jusque dans ces pratiques syndicales que les bureaucraties, plutôt enclines à la discussion avec le nouveau pouvoir, vont tenter de réfréner. Se construisant à la fois contre le verticalisme syndical et contre l’autoritarisme des différents pouvoirs militaires, la base péroniste va développer une contre-culture d’occupation et de récupération d’usines, d’assembléisme, d’autogestion, de démocratie directe et d’action plus ou moins violente et souvent mouvantes, parfois fédérées parfois spontanées mais toujours issues de la base, exception faites des guérillas du type Montoneros. Ces dernières, malgré l’énorme élan de sympathie dont elles bénéficièrent, ne purent pas s’opposer à la frénésie meurtrière (30 000 morts et disparus) de la junte de Videla. Car, à l’instar d’un poulet dont on aurait coupé la tête, de telles structures couraient dans tous les sens avant de s’effondrer, une fois leur direction démantelée.

De nouveau, les ouvriers – à la base et pour elle – luttèrent contre la dictature et la poussèrent dans ces derniers retranchements.
L’oligarchie choisit alors, « démocratiquement », de se débarrasser pour de bon des foyers de contestation, par la privatisation et le chômage, qui occasionnèrent la réponse de décembre 2001. La politique économique et sociale menée pendant les dix ans de la présidence de Carlos Menem aboutit à l’expression massive (bien que circonscrite temporellement) d’un anti-politisme qui fut et restera le marqueur le plus évident de l’anarchisme. Mais les fondements de cette idéologie – éducation et conscientisation – ayant du mal à se faire entendre en des temps d’ultra-médiatisation globaliste, le génie populaire argentin en inventa d’autres : l’horizontalisme.

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