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DIAL 2335

AMÉRIQUE LATINE - Une substitution illégale de culture : des pavots pour remplacer la coca

Abraham Lama

mercredi 1er décembre 1999, mis en ligne par Dial

Texte de Abraham Lama, Lima, Pérou, septembre 1999, IPS. Voir introduction DIAL D 2333.


La découverte de cultures de pavot dans les vallées encaissées de Quishuar, au nord de la sierra du Pérou, fait prévoir que ce pays est en train de devenir un grand exportateur d’opium et d’héroïne, après avoir été dans le passé le premier producteur mondial de cocaïne.

Un porte-parole de la police chargée de la répression du narcotrafic a déclaré à IPS que les quatre champs découverts avec quelque 3 000 plants de pavot « ne constituent pas une extension significative, mais la qualité technique et leurs caractéristiques sont inquiétantes ». Il a ajouté que, apparemment, on serait en train d’entrer dans une phase d’extension programmée de la culture du pavot et de la production illégale d’opium, qui pourrait entrer en concurrence et peut-être remplacer celle de la cocaïne.

Le principal problème en la matière que le gouvernement d’Alberto Fujimori affronte actuellement vient de la coca, qu’il tente d’éradiquer moyennant un programme de substitution de cultures légales comme le café, le cacao, l’ananas et le palmier, avec un succès relatif jusqu’à présent.

La superficie de la coca semée au Pérou est tombée de 125 000 à 64 000 hectares, mais on estime que cette réduction est due davantage à la crise du marché de la cocaïne aux États-Unis qu’au programme de cultures alternatives.

Les narcotrafiquants pourraient obtenir de meilleurs résultats avec leur propre projet de substitution de la culture de la coca par celle du pavot, dont la fleur permet l’extraction de l’opium et de l’héroïne.

Le pavot utilisé pour la production de drogue est la variété appelée « papaver somniferum » ou « dormitive », dont les fleurs sont aussi belles que les variétés ornementales inoffensives que l’on a l’habitude de semer dans les jardins, mais dont la graine contient un latex que l’on peut transformer en opium et héroïne.

Les problèmes de demande que connaît la cocaïne aux États-Unis ont conduit les trafiquants de drogue à rechercher de nouveaux marchés en Europe et en Asie où il y a une prédilection pour l’héroïne et l’opium.

Les organisations colombiennes qui gèrent le trafic de la cocaïne produite dans leur pays, la Bolivie et le Pérou ont trouvé dans les nouveaux circuits commerciaux européen et asiatique une nouvelle demande qu’ils se sont apprêtés à satisfaire et à promouvoir.

La culture du pavot s’est déjà développée en Colombie et l’on présume qu’il en va de même en Équateur et qu’elle pénètre maintenant au Pérou.

La police péruvienne a indiqué que la plantation de pavot découverte à Quishuar, dans la province d’Huari, confirme qu’un groupe de narcotrafiquants qui opère au Pérou a achevé le travail d’acclimatation du pavot et envisage de commencer la production de l’opium à grande échelle.

Quishuar, à 500 km au sud des sierras de Cajamarca, est une zone nouvelle pour la production du pavot. Dans ce lieu, les paysans semaient de la « laitue étrangère » avant l’accroissement de la production de coca.

Ces dernières années, il semble que l’on se soit tourné vers la production de pavot dans les sierras de Cajamarca et que l’on ait commencé les cultures illégales de la fleur dans la zone d’Amazonas. Entre 1996 et 1998, on a saisi près de 11 000 plants de pavot.

La différence entre les plantations anciennes et petites de pavot qui existaient à Cajamarca (généralement dissimulées parmi les cultures légales) avec celles découvertes en Quishuar, c’est que celles-ci présentent un degré plus élevé de technicité et un certain caractère industriel.

Les champs de pavot situés dans les vallées froides de Quishuar sont dotés d’un système d’arrosage au goutte à goutte. Apparemment leurs cultivateurs vivaient sous des tentes facilement démontables car on n’a pas rencontré de traces de huttes ni d’autre type d’habitation.

Ni les cultivateurs, ni les surveillants des plantations n’ont été découverts et l’on présume qu’ils se sont enfuis parce qu’ils ont été avertis de l’arrivée de la police qui accompagnait le procureur d’Huari, Gladys Diestra.

Ce fait suggère que la plantation appartient à un groupe d’une relative importance, qui a l’habitude de payer des informateurs dans la police.

La police a indiqué que, selon ses sources d’information, les narcotrafiquants recherchaient au Pérou des terrains adaptés pour semer le pavot et faisaient des travaux pour l’adaptation des espèces.

Pour cette raison, la police estime que dans d’autres lieux d’Huari et des provinces proches des zones productrices de coca, situées au nord de la région centrale de la forêt, il peut exister d’avantage de plantations de pavot difficiles à repérer depuis les hélicoptères de surveillance car leurs cultures sont situées sur des collines couvertes de brouillard.

Les plantations expérimentales de pavot dans les zones consacrées à la coca n’ont pas donné de résultat car le latex a une teneur opiacée faible dans les climats tempérés ou chauds. C’est pour cela que les narcotrafiquants recherchent des zones froides et humides situées à quelque 800 m au-dessus du niveau de la mer.

Avec des traitements simples, moins onéreux que la conversion de feuilles de coca en cocaïne-base, un hectare de pavot peut produire huit kilos de latex d’opium brut que les narcotrafiquants locaux achètent à 2 000 dollars le kilo.

Les Colombiens, qui assurent la transformation du produit, peuvent transformer dix kilos d’opium en un kilo de morphine qui, à son tour, est transformé en un kilo d’héroïne, dont le prix en Europe et aux États-Unis dépasse les 100 000 dollars.


- Dial – Diffusion de l’information sur L’AMÉRIQUE LATINE – D 2235.
- Traduction Dial.
- Source (espagnol) : IPS, septembre 1999.
 
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