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DIAL 2338

BRÉSIL - Pour le 10e anniversaire de l’assassinat du Père Gabriel Maire. « Je préfère mourir pour la vie que vivre pour la mort. »

A Gazeta

mercredi 15 décembre 1999, mis en ligne par Dial

Le Père Gabriel Maire, originaire du diocèse de Saint-Claude dans le Jura, chargé de paroisse dans les faubourgs de Vitória dans l’État d’Espíritu Santo au Brésil, fut assassiné le 23 décembre 1989. Il avait reçu de nombreuses menaces de mort. Il luttait délibérément contre les graves injustices et les violences sévissant dans son pays d’adoption. Dès le départ, le procès fut entaché d’irrégularités, telle la récusation de certains témoins présentés par le diocèse. La lumière n’est toujours pas faite sur l’assassinat du Père Gabriel. Accusé de vouloir fabriquer un martyr, l’archevêque d’Espíritu Santo répondit : « Le vrai martyre du père Gabriel s’était déjà concrétisé dans son dévouement au peuple souffrant et martyrisé par l’injustice sociale et l’oppression. » (cf. DIAL D 1886). On lira ci-dessous l’intervention de Me João Baptista Herkenhoff, membre de la commission Justice et paix de Vitória et de l’Association Padre Gabriel pour la défense de la vie, adressée à des amis du Père Gabriel qui firent un voyage au Brésil en août 1999, à l’approche du 10e anniversaire de sa mort. Texte paru dans A Gazeta (Vitória), le 24 août 1999 et traduit en français par les Amis du Père Gabriel Maire.


Le 23 décembre 1999 marquera le l0ème anniversaire de l’assassinat du Père Gabriel Maire, qui s’est passé dans l’agglomération du Grand Vitória.

Depuis le l9 de ce mois [août 1999], un groupe de laïcs et religieux français, avec à leur tête un évêque1, se trouve dans notre capitale pour rendre hommage à la mémoire du Père Gabriel et exiger que justice se fasse, non seulement dans ce cas précis, mais aussi dans tant d’autres qui se sont produits dans l’État d’Espírito Santo. Les enquêtes policières et judiciaires aboutissent, quand elles aboutissent, aux exécutants des homicides. Mais jamais elles ne désignent les commanditaires qui devraient être jugés démocratiquement par une cour d’assises.

Qui était Gabriel Maire ? Qu’est-ce que sa vie a signifié pour notre peuple ? À mes yeux, on peut distinguer un triple aspect dans l’héritage laissé par le Père Gabriel : l’héritage théologique, le politique et l’humaniste. Il y a une corrélation entre ces trois points de vue. Nous ne les distinguons que pour l’analyse.

Sur le plan théologique, je crois que le sacerdoce de Gabriel s’est caractérisé par un engagement radical. Cette radicalité est manifeste dans la phrase qu’il a prononcée quand il a commencé à recevoir des menaces de mort :« Je préfère mourir pour la vie que vivre pour la mort. »

Du point de vue politique, la leçon fondamentale de Gaby est l’universalisme de la mission évangélique. Gabriel a abandonné le confort d’une vie stable en France pour se consacrer au peuple le plus humble et le plus souffrant, dans la périphérie du Grand Vitória. Il est venu avec une option délibérée : l’option pour les pauvres et l’insertion logique dans les communautés écclésiales de base. Il a adhéré au sens universel de la charité, à cette idée que l’Amour ne connaît pas de frontières.

Je me souviens du matin où les expulsés de Rosa da Penha, réfugiés dans la cathédrale de Vitória, quittaient cet édifice en direction des terres que le gouvernement leur avait assignées. J’ai vu de mes yeux l’épouvante du Père Gabriel qui venait d’arriver de France face à tout cela. J’ai été témoin du moment où Gabriel est monté dans un de ces camions avec les expulsés pour ce voyage de l’espérance, car un nouveau quartier populaire allait surgir de terre et le peuple, lui, l’appelait la Nouvelle Rosa da Penha.

Le troisième héritage de Gabriel Maire a été l’humanisme, l’humanisme comme l’essence même de la vie, l’humanisme qui se penche sur l’autre parce que l’autre est un être humain, l’humanisme qui ne regarde pas le pouvoir, ne distingue pas la richesse, qui ne fait acception de personne parce que le prochain est toujours un frère, l’humanisme qui faisait de Gaby une personne affable, solidaire, humble, joyeuse, souriante, heureuse.

Le souvenir, la mémoire du Père Gabriel, son témoignage ne seront pas oubliés. Il est un pont qui relie les chrétiens de France et les chrétiens du Brésil, les hommes de bonne volonté, indépendamment de la foi religieuse. Il est un exemple pour l’Église de Vitória, qu’il a servie avec abnégation, et également pour la communauté de l’État d’Espírito Santo et du Brésil en général, au-delà des confessions religieuses. Il est l’appel qui nourrit l’Association Padre Gabriel pour la défense de la vie, aussi bien celle qui s’est constituée au Brésil que son homologue qui existe en France.

Le destin des martyrs est étrange. Morts ils sont plus vivants que quand ils vivaient.


- Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 2338.
- Traduction Dial.
- Source (portugais) : A Gazeta, août 1999.
 
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