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DIAL 2393

BRÉSIL - Déclaration de l’Indien Gildo Jorge Roberto Terena : « Personne ne m’a écouté parce que je ne suis qu’un être humain, non un gouvernant »

Gildo Jorge Roberto Terena

samedi 1er juillet 2000, mis en ligne par Dial

La déclaration ci-dessous a été prononcée lors de la manifestation publique de solidarité et de bienvenue à la délégation de la Marche des Indiens 2000, en la ville de Rondonópolis le 24 avril 2000, sur la « Praça dos Carreiros » (Place des Charretiers), par Gildo Jorge Roberto Terena. Cet Indien, né le 19 décembre 1982, demeure au village Campo Novo, Rondonópolis -MT, Brésil. Les incidents auxquel il est fait allusion dans cette déclaration se sont produits le 22 avril 2000 à Santa Cruz Cabrália lors d’une manifestation à l’occasion des 500 ans de la « découverte » du Brésil par les Portugais. Les Indiens du village Campo Novo sont en lutte pour faire reconnaître leurs droits dans l’État du Mato Grosso. Cela fait déjà un an qu’ils sont en manifestation permanente. Actuellement, le décret relatif à la zone en litige en vue de sa démarcation au profit du peuple Terena se trouve sur la table du ministre.


Nous sommes Indiens, nous connaissons notre village, nous connaissons ce qu’est la souffrance d’une blessure que quelqu’un nous a infligée. Voici qu’ici je parle au nom de tous les peuples autochtones du Brésil qui participaient à notre marche pour les 500 ans que nous voulons différents. Au moment d’entrer dans ces nouveaux 500 ans, il me fut difficile de prendre conscience de ce que le gouvernement fait pour nous. Il me fut difficile de comprendre ce qu’il voulait pour nous, et nous avons été massacrés. Moi-même, ma propre personne, je l’ai livrée au bon vouloir de la troupe de choc pour qu’ils puissent en finir avec moi et non avec les peuples qui vont à leur extinction. Ça m’a fait mal de voir une femme pleurer sans savoir pourquoi. Ça m’a fait mal de voir le désespoir dans le regard des enfants, je savais que j’étais un être humain, non un animal, pour qu’on s’attaque à moi avec des bombes, avec les chevaux. Je me suis regardé, et j’ai mis Dieu premièrement sur mon chemin pour qu’il me protège de tout le mal qui allait m’arriver, j’ouvrais les mains, je demandais au Père de m’orienter, que Lui puisse me protéger. Et là, pénétré de l’humiliation de tous les peuples, je me suis humilié en disant : Arrêtez avec ça ! Nous ne savons pas ce que vous êtes en train de faire, nous ne savons pas ce qui est en train de nous arriver, nous sommes simplement en train de manifester avec banderoles, panneaux, chemises, notre volonté de voir ces nouveaux 500 ans différents. Ça m’a fait mal, je me suis mis a genoux implorant pour la paix, mais personne ne m’a écouté parce que je ne suis qu’un être humain, et non un gouvernant. Et tout en implorant, je me suis retrouvé face à tous ces bataillons, j’ai demandé qu’ils ne fassent plus cela, que nous allions nous arrêter pour que nous ne soyons pas massacrés une fois de plus à l’entrée de ces nouveaux 500 ans. Et là, j’ai ressenti comme si c’était une nouvelle arrivée des Cabral sur notre terre du Brésil, j’ai à nouveau ressenti ces nouveaux 500 ans comme devant être de massacre et de violence pour mon peuple. Je me suis mis à genoux, j’ai avancé plus de 5 mètres sur les genoux, j’ai demandé qu’ils s’arrêtent. Et j’ai avancé, avancé sur les genoux, je suis arrivé devant eux, et ils disaient, les soldats, qu’ils étaient là seulement pour s’acquitter de leur mission. Et quand je me relevais, je vis l’un d’eux saisissant à nouveau une bombe, pour la jeter sur mon peuple, j’ouvrais les bras, qu’ils la jettent sur moi et non sur les miens, et là, j’ai été projeté par la bombe, je suis tombé à terre, sans me défendre, sans agresser, je tentais de me relever et je fus piétiné par le bataillon. Je me suis senti dès lors comme un animal. Je pleurais. Je ne pus supporter de voir en moi l’Indien foulé aux pieds, foulé aux pieds à l’aube d’une nouvelle ère de 500 ans. Je pleurais, je pleurais en m’interrogeant sur ce qu’ils étaient en train de faire. C’est une folie, c’est une folie, pensais-je. C’est une folie de voir la tristesse de mon peuple exposée aux regards de toutes parts, de tout le Brésil, alors que c’était une manifestation dans la paix. Arrivés à ce point de violence, on s’en alla, sans baisser la tête, mais avec l’espoir des nouveaux 500 ans qui ne peuvent être ainsi. Et je remercie tous ceux qui ont le cœur indien, qui ont un cœur animé d’esprit, d’un esprit qui considère l’autre, indien ou non indien, noir ou blanc, qui puisse regarder comme un être humain celui qui demande une aumône, celui qui n’a pas où habiter. Celui qui ressent du racisme, qu’il puisse ressentir en lui que nous avons un cœur : voilà simplement ce que je veux vous dire. Un grand merci !

Traduction Pierre Leboulanger.


- Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 2393.
- Traduction Dial.
- Source (portugais) : Dial, avril 2000.
 
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