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DIAL 2454

MEXIQUE - La marche de la dignité indigène. Le discours inaugural du sous-commandant Marcos

jeudi 15 mars 2001, mis en ligne par Dial

Partie de San Cristóbal de Las Casas, Chiapas, le 24 février, la « marche de la dignité indigène », organisée par les zapatistes, est arrivée triomphalement à Mexico le 11 mars, après un périple de quelque 3 000 km au cours duquel se sont déplacées plusieurs dizaines de milliers de personnes. Depuis l’élection de Vicente Fox à la présidence du Mexique, les perspectives de paix au Chiapas ont considérablement progressé. Tout n’est pas réglé, mais des discussions sérieuses peuvent être engagées. Les mois qui viennent nous diront si le temps de la paix, qui sera aussi, probablement, celui de la conversion de l’Armée zapatiste de libération nationale en un mouvement politique, est véritablement venu. Il est aisé de prévoir que, une fois un accord réalisé sur les droits des peuples indigènes, les zapatistes continueront d’être une force d’opposition à l’égard de la politique néo-libérale annoncée par le nouveau président.

Ci-dessous, nous publions deux extraits du discours fait par le sous-commandant Marcos au lancement de la marche le 24 février à San Cristóbal de Las Casas.


(...)

Pendant sept ans nous avons résisté aux attaques de toutes sortes. On nous a attaqués avec des bombes et des balles, avec la torture et la prison, avec des mensonges et des calomnies, avec le mépris et l’oubli.

Mais nous sommes ici.

Nous sommes la dignité rebelle.

Nous sommes le cœur oublié de la patrie.

Nous sommes la mémoire originaire.

Nous sommes le sang brun qui dans les montagnes illumine notre histoire.

Nous sommes ceux qui luttent, vivent et meurent.

Nous sommes ceux qui parlent ainsi : « Tout pour tous, rien pour nous. »

Nous sommes les zapatistes, les plus petits de ces terres.

Nous saluons les peuples qui nous commandent et nous gardent. Salut à leur sagesse et à leur intelligence.

Nous saluons nos combattants et combattantes insurgés, qui aujourd’hui dans la montagne veillent pour que rien de mauvais n’arrive à nous qui sommes momentanément la lumière.

Nous saluons tous les zapatistes qui parlent aujourd’hui par notre voix et suivent notre chemin.

Nous saluons les zapatistes, les plus petits de ces terres.

Comme nos ancêtres ont résisté aux guerres de conquête et d’extermination, nous avons résisté aux guerres de l’oubli.

Notre résistance n’est pas terminée, et elle n’est plus toute seule.

Déjà nous accompagnent les cœurs de millions de personnes au Mexique et dans les cinq continents.

Avec eux, ensemble nous marchons.

Avec eux, nous irons à la capitale de la nation qui pèse sur nos épaules et nous méprise.

Avec eux nous irons, avec eux et avec ce drapeau.

(...)

Frères et sœurs :

Aujourd’hui, 24 février 2001, jour du drapeau du Mexique, nous les zapatistes, nous commençons cette marche, la marche de la dignité indigène, la marche de la couleur de la terre.

Nous ne sommes pas seuls sur notre chemin.

Avec nous, cheminent tous les peuples indiens, cheminent tous les hommes, femmes, enfants et vieillards qui, partout dans le monde, savent que dans ce monde il y a place pour toutes les couleurs de la terre.

Nous, les indigènes mexicains, nous avons peint ce drapeau.

Avec notre sang, nous lui avons donné la couleur rouge.

Avec notre travail, nous avons cueilli le fruit de la couleur verte.

Avec notre noblesse, nous avons mis la blancheur au centre.

Avec notre histoire, l’aigle dévorant le serpent a permis au Mexique de nommer la douleur et l’espérance que nous sommes.

Nous avons fait ce drapeau et, cependant, nous n’avons pas de place en lui.

Aujourd’hui, nous demandons à ceux qui là-haut sont au pouvoir et au gouvernement :

Qui nous refuse le droit que ce drapeau soit enfin nôtre ?

Qui a perdu la mémoire et oublié que nous, qui sommes la couleur de la terre, avons donné à ce drapeau ses couleurs et son blason ?

Depuis près de deux cents ans, cette terre va en s’appelant nation et patrie, maison et histoire.

Depuis près de deux cents ans, notre sang, notre douleur et notre misère sont moissonnés pour que le Mexique soit une patrie et non une honte.

Depuis près de deux cents ans, nous sommes et nous restons en dehors de la maison que d’en bas nous avons construite, que nous avons libérée, où nous vivons et mourons, nous qui sommes la couleur de la terre.

Ya Basta ! Ça suffit ! dit et répète la voix originaire, celle des indigènes, nous qui sommes la couleur de la terre.

Une place, nous en voulons une.

Une place, nous en avons besoin.

Une place, nous en méritons une, nous qui sommes la couleur de la terre.

Une place digne pour être ce que nous sommes, la couleur de la terre.

Plus jamais, le lieu de l’oubli.

Plus jamais, l’objet du mépris.

Plus jamais un motif de dégoût.

Plus jamais la main brune qui reçoit des aumônes en blanchissant les consciences.

Plus jamais la honte de la couleur.

Plus jamais la souffrance pour des raisons de langue.

Plus jamais de sentence d’humiliation ou de mort.

C’est pour cela qu’existe la marche de la dignité indigène, la marche de la couleur de la terre.

Et cette marche commence aujourd’hui que la lune est nouvelle, pour que la terre moissonne enfin la justice pour ceux qui sont la couleur de la terre.

Et commence aujourd’hui le frémissement le plus grand et le plus originaire, la mémoire de qui nous a fait nation, nous a donné liberté et nous a donné grandeur.

Commence la marche de la dignité indigène, la marche de la couleur de la terre.

Avec ceux qui sont la couleur de la terre, ceux d’autres couleurs lointaines sont attentifs à ce qui commence aujourd’hui :

La possibilité pour l’autre d’être sans honte.

Pour le différent, d’être égal en dignité et espérance.

Pour le monde, d’être enfin le lieu de tous et non la propriété privée de ceux qui ont, de l’argent, sa couleur et sa pestilence.

Un monde avec la couleur de l’humanité.


- Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 2454.
- Traduction Dial.
- Source (espagnol) : discours fait par le sous-commandant Marcos, février 2001.
 
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