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DIAL 2479

HONDURAS - Des enfants et adolescents de la rue racontent leurs vies

II - Hiran, 17 ans

vendredi 15 juin 2001, mis en ligne par Dial

Voir la présentation faite dans DIAL D 2478.


Je suis né à Puerto Lempira, grâce à Dieu. J’ai quitté la maison à 6 ans et demi.

Il y a diverses raisons à mon départ, l’une d’entre elles est que je n’ai pas été élevé par ma maman mais par ma grand-mère. J’avais 42 jours lorsque ma maman est partie pour les U.S.A. et 6 ans lorsqu’elle est revenue. Quand elle est revenue j’étais à l’école primaire au cours préparatoire. Comme j’étais le plus jeune et que mes frères étaient plus grands, je devais leur obéir.

Ma maman était institutrice et elle revenait à la maison après avoir assuré deux sessions de cours par jour. Elle revenait très fatiguée et contrôlait que chacun de nous avait terminé les tâches qu’elle nous avait assignées mais mes frères voulaient que je fasse ce qui leur revenait, alors maman, quand elle voyait que rien n’était fait se mettait en colère et nous battait tous. Je n’étais pas habitué à vivre avec elle et au lieu d’apprendre à l’aimer j’ai appris à la haïr ou à l’ignorer. Voilà pourquoi il m’a fallu m’enfuir de la maison.

D’abord je me suis adressé à la police féminine parce que, par chance, une des gradées louait une chambre près de chez ma grand-mère mais mes frères me récupéraient forcément. Moi j’aimais beaucoup ma grand-mère, elle prenait toujours mon parti, elle était stricte mais tendre, compréhensive, comme tout le monde elle avait ses moments difficiles mais c’était une bonne personne. Je crois que si j’avais vécu avec elle, si je n’avais pas connu ma mère, tout aurait été différent. Je ne sais pas, je pense que c’est fort que je parle comme ça de ma mère, mais je crois qu’il le faut pour éviter que d’autres personnes fassent toutes les erreurs que j’ai commises.

Au fur et à mesure que le temps passait, mes passages au commissariat de police féminine se faisaient de plus en plus nombreux. A force de me voir si souvent elles ont décidé de me confier à la justice des mineurs et là, comme je n’avais que 6 ans, ils m’ont envoyé à un Foyer d’accueil temporaire où on faisait toutes les démarches pour que je sois adopté mais je n’ai pas voulu, ce que je voulais c’était qu’on parle à ma maman. J’avais 7 ans lorsqu’elle s’est présentée, elle est arrivée, m’a embrassé, m’a dit que nous allions aller faire un tour, que nous passerions faire des achats au super-marché et que nous irions dans un endroit agréable ; moi je l’ai crue parce que c’était ma maman, mais elle m’a menti et m’a emmené à un centre à Hatillo qui se nommait Custodia (Vigilance). Là, je suis resté avec d’autres jeunes qui avaient des problèmes de vagabondage, de vol, de dépendance à la drogue et bien d’autres choses encore. Je faisais partie des plus petits. Maman me promit qu’elle viendrait me voir dans une semaine elle me laissa un melon, des vêtements, du savon et 10 lempiras [1]. Je l’ai attendue mais elle n’est jamais venue. Au bout de 13 mois là, on ne savait plus que faire de moi car je ne connaissais pas l’adresse de ma famille, personne ne venait me voir et je n’avais que 8 ans. On m’a transféré à un autre centre d’observation, où je leur ai dit que je voulais continuer à étudier, on m’a mis en deuxième niveau où j’étais le meilleur élève de la classe et où j’ai été reçu avec les notes les plus élevées. Mon maître avait de l’affection pour moi mais j’étais là depuis deux ans. Je m’entendais très bien avec le psychologue qui me disait qu’il vaudrait mieux pour moi une famille adoptive, j’étais presque sur le point d’accepter mais j’avais peur. Lui, il me disait que ma famille ne se souciait pas de moi puisque depuis 26 mois que j’étais là ils n’étaient pas venus me voir ni n’avaient pris de mes nouvelles. Pendant ces 26 mois j’ai fait la connaissance de beaucoup d’enfants et de jeunes qui commettaient des délits. Moi, j’étais triste chaque fois que je pensais à ma grand-mère parce que, elle, oui, je l’aimais et celle qui m’avait placé là c’était ma maman et c’est pour ça que, elle, je ne l’aimais pas.

J’entendais parler d’autres centres, mieux que ceux que j’avais connus jusque là, comme Jalteva, mais le psychologue est arrivé à trouver l’adresse de ma grand-mère et elle m’a accepté chez elle de nouveau, mais comme j’avais pris de mauvaises habitudes, comme mentir et voler, je n’ai pas pu y rester longtemps. J’ai eu vite fait de trouver dans la rue des amis que j’avais rencontrés avant, dans les centres, et ils me parlèrent de Casa Alianza. Quand j’y suis allé pour la première fois ça m’a plu, mais j’avais peur qu’ils m’envoient chez moi, aussi quand ils m’ont demandé d’où j’étais, je leur ai dit que j’étais de la Ceiba, ils ont cherché à m’y envoyer mais comme c’était un mensonge on n’y a pas trouvé mes parents. Le temps a passé et j’ai eu des tas d’aventures : j’ai volé, attaqué, j’ai été arrêté, j’ai fui au Guatemala, j’ai pratiqué la colle et la marijuana, et des saletés à n’en plus finir. C’est en 1991 que je suis allé pour la première fois à Casa Alianza, ça fait six ans que je suis dans les drogues et quand on n’est pas motivé pour changer elles sont plus fortes que vous. La seule chose que je peux dire c’est qu’il ne faut jamais y toucher même si on t’y oblige, il vaut mieux faire du sport.


- Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 2479.

- Traduction Dial.

- Source (espagnol) :  Casa Alianza , juin 2001.

 

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[1Lempira : unité monétaire du Honduras. 10 lempiras représentent un peu moins de 5 F. (N du T).

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