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DIAL 2506

BRÉSIL - Dans sa lutte contre le sida, le Brésil refuse de plier devant les droits acquis par un laboratoire pharmaceutique suisse

lundi 15 octobre 2001, mis en ligne par Dial

Article paru dans La Jornada, Mexique, 24 août 2001.


Dans une décision sans précédent, le ministère de la santé brésilien a annoncé le 23 août qu’il commencerait à produire en janvier prochain le médicament générique contre le sida, Nelfinavir, dont le brevet est détenu par le laboratoire suisse Roche. Le ministre José Serra a expliqué que cette mesure, par laquelle il choisit de ne pas respecter le brevet de Roche sur le médicament antiretroviral, répond au refus du laboratoire pharmaceutique de négocier une baisse du prix du produit dont le nom commercial est Viracept.

Brasilia avait besoin de cette baisse pour pouvoir subventionner les médicaments qui constituent le « cocktail de médicaments » qui, selon les statistiques du ministère, a permis de réduire entre 50 et 70 % le taux de mortalité des personnes atteintes du sida dans le pays, et de 75 % le nombre de chambres occupées dans les hôpitaux. De plus, on est arrivé à ce que les patients séropositifs diminuent de 80 % la quantité de médicaments qu’ils doivent prendre en raison de troubles liés au virus.

Le porte-voix de Roche, Daniel Piller, a affirmé à Basilea, Suisse, que le laboratoire était « surpris » de la décision du gouvernement brésilien car, dit-il, les négociations avec les autorités de la santé se passaient bien. Le groupe pharmaceutique était déjà prêt à diminuer le prix du Nelfinavir, jusqu’à être très près des attentes du gouvernement brésilien qui espérait une réduction de 50 % du prix du produit. De plus, a affirmé Piller, Roche avait déjà accepté de donner gratuitement au gouvernement le Viracept pour enfants, sous forme de sirop.

Toutefois, un porte-parole du ministère de la santé a fait savoir que Serra « essaya en vain, en deux occasions, d’obtenir une audience avec le président de Roche Brésil, mais celui-ci fit savoir qu’il n’avait pas le temps. Ceci interrompit les discussions qui avaient eu lieu au cours des six derniers mois et conduisit le ministre Serra à annoncer qu’il cesserait de respecter le brevet de Roche ». Les sources du ministère ont affirmé que le laboratoire acceptait de faire une baisse de seulement 13 % du prix du médicament.

En avril, le laboratoire pharmaceutique des États-Unis Merck Sharp and Done a accepté de réduire le prix des médicaments Indivanir (Crixivan, sous son nom commercial) et Efavirenz (Socrin) de 64,66 et 59,02 % respectivement, ce qui générera une économie annuelle de 41,5 millions de dollars dans les dépenses du ministère de la santé au titre du programme antisida. Le coût de celui-ci est de quelque 200 millions de dollars annuellement pour l’achat des 12 médicaments qui constituent le « cocktail ». Le Brésil produit actuellement sept des douze médicaments qui sont distribués gratuitement aux malades séropositifs.

Serra a expliqué que la suspension du droit de brevet du Nelfinavir prenait appui sur la loi brésilienne de la propriété industrielle, qui autorise la production locale des médicaments essentiels à la santé de la population en cas d’urgence ou d’abus de pouvoir économique. Cette loi a été refusée par divers pays industrialisés. Les États-Unis ont envoyé à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) une demande d’arbitrage sur le sujet, toutefois, à la fin de juin passé, Washington a retiré sa demande après que le gouvernement brésilien s’est engagé à informer préalablement au cas où il déciderait d’adopter cette mesure contre les laboratoires étasuniens.

Serra a indiqué que, bien que Roche ait fait enregistrer le brevet du Nelfinavir aux États-Unis, le laboratoire est suisse, et qu’il n’y a donc pas de raison pour qu’il bénéficie de l’accord entre Brasilia et Washington.

Il a ajouté : « cette mesure ne signifie pas que nous ne paierons rien à Roche. La loi brésilienne prévoit le paiement d’un pourcentage modeste, mais significatif, en raison du droit lié au brevet. De plus, il n’est pas interdit à Roche de vendre le Nelfinavir au gouvernement ; il pourra le faire s’il offre un prix plus bas que celui du médicament produit localement. »

Le Brésil est le pays d’Amérique latine qui a le nombre le plus élevé de malades du sida, avec 203 400 cas enregistrés depuis 1980, mais il a fait de substantiels progrès dans le contrôle de la maladie grâce au programme de distribution gratuite du « cocktail » de drogues.

Le laboratoire Far-Manquinhos, lié à la Fondation Institut Oswaldo Cruz, a reçu hier l’autorisation de fabriquer du Nelfinavir, dont la formule avait été recherchée au cours des mois antérieurs par ordre du ministère de la santé brésilien.


- Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 2506.
- Traduction Dial.
- Source (espagnol) : La Jornada, août 2001.
 
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