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FILM - ARGENTINE - Le médecin de famille, de Lucía Puenzo (2013)

Françoise Couëdel

mardi 20 mai 2014, mis en ligne par Françoise Couëdel

- Avec Alex Brendemühl, Natalia Oreiro, Diego Peretti...
- Durée : 93 minutes
- Date de sortie en salles (France) : 6 novembre 2013
- Date de sortie du DVD : 4 mars 2014

Le médecin de famille, film de la jeune réalisatrice argentine Lucía Puenzo, sélectionné, en 2013 à Cannes, dans la catégorie Un Certain Regard est l’adaptation d’un de ses romans Wakolda, dont la traduction a été publiée aux éditions Stock. Ce film d’une rare intensité dramatique nous plonge dans une page sombre de l’histoire de l’Argentine, longtemps occultée. Les faits se déroulent en 1960 précisément. Sur une route de Patagonie, Enzo, sa femme Eva, et leurs trois enfants rencontrent un médecin allemand et le guident jusqu’à Bariloche, leur destination finale. Tandis que Enzo et Eva s’efforcent de rendre accueillante la maison d’hôte qu’ils vont devoir gérer, dans cette ville de villégiature de la bourgeoisie argentine, le médecin, qui dit s’appeler Elmut Gregor, est l’hôte de la famille et se fait apprécier d’Eva, descendante de colons allemands. Elmut porte un grand intérêt à Lilith, la petite fille de la famille, blonde aux yeux bleus. Son savoir, sa prestance, inspirent le respect aux membres de la colonie allemande fondée dans ce lieu qui leur rappelle les paysages de Bavière, avec ses chalets, au bord du lac Nahuel Huapi, dans lequel se reflètent les montagnes. Eva, malgré les réticences de son mari, confie au médecin le soin d’expérimenter un traitement sur Lilith, jugée anormalement petite pour son âge.

Les soupçons de Enzo, quant aux intentions réelles du médecin et sa personnalité, vont se révéler fondés, bien au delà de ce que le spectateur peut imaginer.

L’Argentine et les anciens nazis

Dans les années quarante, le gouvernement de Juan Perón et le Vatican, par anticommunisme et antisémitisme, ont joué un rôle capital dans l’accueil en Argentine d’anciens nazis. En 1992, sur proposition du président Raúl Menem, fut créé le CEANA, Centre d’éclaircissement des activités nazis en Argentine. Il s’agissait pour le président, passablement discrédité à l’époque, de redorer son image en autorisant l’ouverture des archives de la police, de la gendarmerie, de l’armée, des services d’immigration et des services secrets. Depuis lors les chercheurs, et notamment les historiens, ont aidé à mieux connaître, au fil des années, ce sombre pan de l’histoire de l’Argentine qui accueillit des milliers de nazis, souvent sous des noms d’emprunt. En 1996, le président ordonna également l’ouverture des archives de la Banque centrale, afin de rechercher la présence d’or nazi dans le pays.

Pour réaliser Le médecin de famille, Lucía Puenzo s’est soigneusement documentée afin d’ancrer son film dans le contexte de l’époque. Par le biais d’une histoire familiale, intimiste, dont l’intensité dramatique croit tout au long du récit filmique, elle fait pénétrer le spectateur dans une période de l’histoire de l’Argentine que certains Argentins ont encore du mal à assumer. À Bariloche, nombreux sont les anciens nazis qui trouvèrent refuge. De nos jours, y vit une colonie allemande importante mais l’omerta est de mise ; personne n’accepte d’évoquer le passé et l’origine des membres de sa famille.

La réalisatrice

Lucía Puenzo, est la fille de Luis Puenzo, réalisateur entre autre de L’Histoire officielle sorti en 1985, qui soulevait le grave problème des enfants nés en prison de mères « disparues ». Lucía Puenzo est une réalisatrice et romancière dont le talent est prometteur. Son film Le médecin de famille a été primé dans de nombreux festivals autant pour la qualité de l’interprétation de ses acteurs, que sa puissance dramatique et l’usage subtil d’images symboliques. Elle manifeste une grande maîtrise du récit filmique. Elle avait déjà réalisé, en 2007, avec une sensibilité extrême, XXY sur le sujet délicat de l’hermaphrodisme.

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