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CUBA - La Colmenita de Carlos Alberto Cremata : Un joyau de la culture de l’île

Salim Lamrani

jeudi 31 décembre 2015, mis en ligne par Salim Lamrani

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Lors d’un séjour pédagogique à La Havane, un groupe d’étudiants de l’Université de La Réunion, accompagnés par des représentants de la Fédération des étudiants universitaires de Cuba, a eu le privilège de rencontrer la célèbre troupe de théâtre infantile fondée par Carlos Alberto Cremata.

À 16 heures précises, nous avions rendez-vous avec La Colmenita (la ruche), prestigieuse troupe de théâtre infantile. Nous sommes arrivés au siège de l’institution au cœur du quartier El Vedado, sous une généreuse averse tropicale avec près d’une demi-heure de retard. Son directeur Carlos Alberto Cremata nous a chaleureusement souhaité la bienvenue.

Carlos Alberto Cremata, après avoir salué chacun des visiteurs, nous a raconté la genèse de la Colmenita. En 1990, le jeune « Tim » Cremata – son surnom –, alors étudiant de l’Institut supérieur d’art, décide de fonder une petite troupe de théâtre itinérante. Son but est de renforcer le lien culturel avec les habitants des quartiers défavorisés de La Havane et d’autres provinces, notamment de la Ciénaga de Zapata, par le biais de représentations des œuvres classiques universelles de Shakespeare, Lope de Vega ou Tirso de Molina. L’initiative est un grand succès.

Tim Cremata poursuit son histoire. Au début des années 1990, il est nommé directeur artistique d’une série télévisée très populaire réalisée avec des enfants de moins de 5 ans intitulée Quand je serai grand. Il décide alors de réaliser des représentations théâtrales à travers le pays avec ces mêmes enfants et ainsi naît La Colmenita. La première représentation a lieu en avril 1994 au célèbre théâtre Karl Marx. Pour la première fois dans l’histoire du pays, une pièce de théâtre était jouée qu’avec des enfants. L’accueil du public a été extraordinaire.

Tim Cremata décide alors de programmer trois œuvres, Meñique, El gato con botas et Ricitos de oro y los tres ositos, et de réaliser une tournée nationale avec l’idée d’offrir des spectacles dans les coins les plus reculés de la campagne cubaine. Fidèle à la philosophie sociale de la Révolution cubaine, la culture va vers le citoyen. Il en est de même pour l’éducation et la santé. Ainsi, c’est l’école qui va vers l’élève et le docteur qui va vers le patient. C’est pour cela qu’il y a des salles de classe dans les zones les plus éloignées du pays avec parfois un seul élève et un dispensaire pour une seule famille.

En 1995, La Colmenita participe au Festival national de la chanson infantile Cantándole al Sol, créé par l’Organisation des pionniers José Martí, qui permet de déceler les meilleurs talents de la nation.

La popularité de la Colmenita lui permet d’intégrer le Ministère de la Culture en 1998 et débutent alors les premières représentations internationales, avec un voyage initiatique à Haïti, berceau des révolutions latino-américaines. Cette même année, les enfants de La Colmenita décident de construire un pont culturel avec les États-Unis afin de montrer l’exemple aux adultes, et inaugurent leur premier spectacle en anglais lors de la Première rencontre Cuba - États-Unis à l’Institut cubain d’amitié avec les peuples. En 2005, la troupe théâtrale acquiert une renommée mondiale avec la sortie du film Viva Cuba, qui a reçu plus d’une vingtaine de distinctions dont le Grand Prix du Festival de Cannes. Aujourd’hui, La Colmenita est Ambassadrice de bonne volonté de l’UNICEF.

A la fin des années 1990, les ateliers de La Colmenita se multiplient à travers le pays et accueillent tous les enfants, sans aucune distinction, y compris les handicapés physiques ou moteurs. En 2001, les Colmenitas de tout le territoire national réalisent une représentation historique Place de la Révolution à La Havane devant plus d’un million de personnes.

L’histoire de La Colmenita n’a pas été un long fleuve tranquille. En 2003, un incendie ravage le siège de la troupe théâtrale et occasionne des dommages matériels s’élevant à plus de 40 000 dollars, détruisant une grande partie des archives musicales de l’institution. Le pays, confronté à des difficultés économiques dues aux sanctions imposées par les États-Unis, fait face grâce à la générosité de la population et au soutien institutionnel qui permettent de surmonter cette épreuve.

Après cette perspective historique, Tim Cremata nous conduit dans la petite salle de spectacle où nous attendent les enfants. Nous formons tous une ronde, adultes comme enfants, et nous nous asseyons afin de commencer un échange collectif.

Le jovial Tim en vient aux objectifs de La Colmenita. Ainsi, le but n’est pas de former des artistes professionnels car il existe d’excellentes institutions à travers le pays dédiées à cela, comme par exemple l’Institut supérieur d’Art. La finalité est de former les citoyens de demain en cultivant les valeurs humaines à travers la création artistique par le théâtre et la musique. L’objectif est de transmettre la littérature universelle et folklorique de l’Humanité par des représentations scéniques. La Colmenita ouvre ses bras à tous les enfants et adolescents afin qu’ils découvrent la richesse de l’art créatif et qu’ils tissent des liens avec les autres en respectant leur diversité. De la même manière, La Colmenita associe la représentation théâtrale au travail communautaire en réalisant des spectacles dans les zones les plus défavorisées du pays.

Cette rencontre émouvante avec les enfants et adolescents de La Colmenita s’est achevée par un spectacle participatif de chant et de danse qui a comblé de joie l’auditoire. Nous exprimons notre reconnaissance sincère à Tim Cremata ainsi qu’à tout le collectif de La Colmenita qui a offert une magnifique image de Cuba, de sa culture et de sa générosité.


Docteur ès Études ibériques et latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les États-Unis.
Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba, parole à la défense !, Paris, éditions Estrella, 2015 (Préface d’André Chassaigne).
Contact : lamranisalim[AT]yahoo.fr ; Salim.Lamrani[AT]univ-reunion.fr
Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

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