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Opinion

AMÉRIQUE LATINE - Guerres sales

Ilka Oliva Corado

jeudi 24 mars 2016, mis en ligne par Ilka Oliva Corado

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Elles ont été organisées par les États-Unis et l’oligarchie latino-américaine simultanément avec l’Opération Condor qui a ouvert la voie à de sanglantes dictatures qui ont réprimé la population civile, un vestige dont le continent ne finira jamais de se remettre. Parce que ces guerres sales ne sont pas des manuels codifiés archivés dans les bibliothèques et dans les tiroirs de l’Etat. Elles restent vivantes, renouvelées conformément à ce qu’exigent la technologie et le temps.

Mais c’est le même point de vue, le même objectif : déstabiliser les gouvernements post-néo-libéraux qui ont fait s’épanouir leurs peuples parce qu’ils ont stimulé des transformations sociales et économiques qui bénéficient à la majorité. Dans les décennies précédentes, ce fut pour éradiquer le communisme et le socialisme.

On pourrait dire que les moyens de communication qui manipulent l’esprit des masses sont le moteur principal de ces guerres. Ces médias ont joué un rôle fondamental : télévision, presse écrite et radio qui, avec l’aide des réseaux sociaux se transforment en poudre qui explose dans l’aliénation de la foule qui répète de mémoire ce qu’elle est incapable d’analyser et de remettre en question de sa propre initiative.

Les bases fondamentales de ces guerres restent en vigueur, le para-militarisme et le terrorisme sont là, cela explique les disparitions forcées dans des pays comme le Mexique et la Colombie qui, ces dernières années, se comptent par milliers.

Cela parle de criminaliser les leaders communautaires, les défenseurs des droits de l’homme et les défenseurs de l’environnement dans des pays à gouvernement néo-libéral. Pour cette raison, les radios communautaires sont censurées et des journalistes dissidents par rapport à la politique de l’Etat qui, avec un sens profond de l’éthique, informent avec des vérités vérifiables disparaissent et sont assassinés. Cette guerre sale qui va, main dans la main avec le terrorisme d’Etat, a rempli de fosses communes clandestines le continent et a insensibilisé la société.

Sous cette pluie de balles, dans les veines de l’Opération condor qui a étendu ses racines sur le continent, sont nés des gouvernements post néo-libéraux, des gouvernements progressistes qui ont subi toute sorte de calomnies et de coups d’Etat doux.

Il n’est pas nouveau qu’ils soient discrédités, ils l’ont été dès leurs débuts. Les événements de ces derniers mois sur le contient nous montre les milliers de dollars que les Etats-Unis et l’oligarchie patronale ont investi dans la déstabilisation de ces gouvernements.

Et il faut souligner le coup d’État doux qu’on a voulu organiser contre Cristina avec l’affaire Nisman dans laquelle les médias néo-libéraux ont joué un rôle important, ont utilisé toute sorte d’artifices pour renverser la Présidente et sont arrivés sans beaucoup d’efforts à utiliser les masses qui, désinformées, s’imprègnent comme des éponges de tout ce qui circule sur les réseaux sociaux . A l’aide des réseaux sociaux qui orchestrent la sale guerre, ils ont lancé un appel aux masses qui, obéissantes et sans réfuter ces informations, sont sorties dans la rue avec des marmites et des casseroles pour exiger la démission de ceux qui ont énormément fait grandir l’Argentine. Ces masses, c’est clair, sont la classe moyenne.

Ces mêmes masses ont voté pour Macri qui a gagné les élections avec un faible écart. La sale guerre a donné le coup de grâce et à l’heure actuelle, l’ Argentine a commencé à s’effondrer. Ce sont des millions et des millions de dollars qui disparaissent quotidiennement des coffres du gouvernement.
La répression des manifestations populaires a commencé. Les manuels anti-émeutes (1979) indiquent clairement que doivent être combattus les grèves, les mouvements populaires, les organisations étudiantes et aussi le mouvement syndical. C’est ce que fait Macri en ce moment avec la résistance argentine qui défend les réussites des gouvernements progressistes, c’est clairement une sale guerre tintée de terrorisme d’Etat.

Au Venezuela, à la veille des élections législatives, les Etats-Unis, avec la DEA et les médias rompus aux techniques de médiatisation, ont lancé une bombe à retardement contre Maduro, exploitèrent les faits isolés et cela produisit la majorité de droite au parlement.

Les sales guerres sont des bombes à retardement, des mouvements millimétriques très bien étudiés en ce qui concerne le temps et la forme et si la population n’est pas informée, si elle manque de Mémoire Historique et de dignité, les résultats sont dévastateurs. Ces masses désinformées sont manipulables parce qu’elles sont indolentes et manquent de sens commun et de réflexion propre. Ce sont des marionnettes, des eaux instables, c’est le bouche-trou et l’escalier, une partie de cette structure qui, depuis le système colonial, va d’estocade en estocade contre son propre peuple.

Au Brésil, à la veille des élections au Venezuela, on a à nouveau lancé une grenade contre Dilma, l’accusation est partie de la droite internationale et a été diffusée au niveau mondial. On l’a accusée de corruption et le Brésil a tremblé, les Etats-Unis se sont léché les babines, ils se voyaient déjà avec Petrobas dans les mains.

On est en train de détruire complètement l’Amazonie, on est en train d’exterminer complètement l’enfance des favelas, celles-là même où Lula et Dilma ont apporté un système de santé comme on n’en avait jamais rêvé au Brésil grâce à Cuba et au programme Plus de Médecins. Alors, ils ont cherché à la faire juger, à faire le coup d’Etat tellement attendu avec impatience et à remettre en place le néo-libéralisme dans la région. Ce n’est pas la première attaque contre Dilma et ce ne sera pas la dernière. Les guerres sales sont l’attaque constante des gouvernements progressistes. De la dignité et de la beauté d’un continent qui a résisté pendant plus de 50 ans.

En ce moment, les Etats-Unis ne lésinent pas dans la médiatisation contre Evo. Le referendum est une nouvelle occasion pour que la Bolivie continue sur le chemin de la reconstruction avec le premier président indigène qu’a eu le continent dans toute son histoire.

Quelle classe moyenne, quelle oligarchie, quel pouvoir patronal mondial veut un indigène (intelligent, humain et courageux) comme président ? A quelle heure nosu ont-ils échappé ? se demanderont constamment les Etats-Unis puisque dans ce pays la voix des natifs des peuples originaires est passée sous silence. En Amérique Latine, les gouvernements néo-libéraux répriment aussi les peuples indigènes. Au Guatemala, avec une terre détruite et le Plan d’Opérations Sofia, on veut les exterminer complètement.

A la veille du referendum, la sale guerre revient et ils l’accusent de trafic d’influence et ils font danser une ex fiancée et la transforment en amante et ils déplacent le nom et les intégrité des deux d’un côté à l’autre. Et ils font sortir dans l’arène toute la famille d’Evo. Le NON en Bolivie profite seulement à l’oligarchie nationale et internationale, il profite seulement aux Etats-Unis avec son Plan Condor et sa guerre sale qui se renouvelle constamment. Le NON en Bolivie est une avancée vers la fin du progressisme latino-américain. C’est un retour en arrière, c’est revenir à se mettre à genoux devant l’exploitation, l’oppression et le pillage. Le changement, la continuité d’Evo représente dans le pays et dans la région la plus-value d’un continent qui lutte pour devenir digne et indépendant de tout despotisme.

La guerre économique que vit le Venezuela fait aussi partie de cette guerre sale. L’Opération Condor et la guerre sale ont d’innombrables aspects et se camouflent à la perfection. Il faut être attentifs, il faut douter, ne pas croire complètement ce que disent les médias. Faire attention au journalisme manipulateur qui cherche seulement le profit par la désinformation.

L’information est manoeuvrable, on en cache la raison et le but. Les médias patronaux sont fidèles à l’oligarchie, l’oligarchie est fidèle à la politique extérieure des Etats-Unis parce que tous deux tirent des bénéfices du fait d’opprimer et de faire saigner les peuples et la Pachamama.

Qu’il soit clair que les résultats qui ont été obtenus en Amérique du Sud ne l’ont pas été parce que le peuple est fatigué de ces gouvernements. Ce n’est pas parce que ces gouvernements ont failli à l’intégrité.

Ces résultats ont été obtenus par le travail extraordinaire de la guerre sale sur l’esprit de la classe moyenne latino-américaine. Ces résultats sont la vengeance de ces diplômés des universités qui sont incapables de discerner, de mettre en question, de douter. C’est l’indolence d’une partie de la société qui rejette les peuples originaires. C’est le résultat d’une éducation supérieure qui, depuis une vision colonialiste, utilise et extermine toute pensée propre. C’est le manque d’intégrité, de conscience et d’humanité d’une classe moyenne latino-américaine qui suit le mouvement. C’est le résultat de la commodité de n’être ni chair ni poisson.

Dans la vie d’un être humain, on ne peut pas être impartial face à l’injustice, il faut prendre parti, il faut s’impliquer, il faut faire de son existence un art, un art politique pour la libération des peuples. Dans le cas contraire, les guerres sales et les invasions continueront et ce sera le triste héritage de pusillanimité que nous laisserons aux générations futures.


Traduction de Françoise Lopez.

Première publication en français : http://bolivarinfos.over-blog.com/2016/03/amerique-latine-les-guerres-sales-d-amerique-latine.html

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