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DIAL 3775

Trente ans de transgéniques : Promesses non tenues et pollution

Silvia Ribeiro

lundi 30 mars 2026, mis en ligne par Dial

Toutes les versions de cet article : [Español] [français]

À trente ans de l’introduction commerciale des premiers transgéniques, la chercheuse uruguayo-mexicaine, Silvia Ribeiro, spécialiste des questions environnementales, dresse un bilan plutôt sombre. Article publié le 21 mars 2026 sur Estrategia.la, le portail du Centre latinoaméricain d’analyse stratégique (CLAE).


Trois décennies se sont écoulées depuis qu’on a commencé à semer des cultures transgéniques au niveau commercial dans le monde. Le résultat est une liste de promesses non tenues et une extension de la pollution des sols, de l’eau et de l’air par du glyphosate et autres pesticides qui ont envahi les corps des agriculteurs, de leurs voisins et de millions de consommateurs, laissant des résidus chimiques dans le sang, les urines et le lait maternel [1].

Les multinationales des transgéniques ont promis de meilleurs rendements et une diminution de l’emploi des agrotoxiques. Elles ont vanté également des cultures ayant plus de valeur nutritive comme celles du « riz doré » contenant de la vitamine A et d’autres bienfaits supposés. Les engagements n’ont pas été tenus [2].

Quatre entreprises contrôlent les cultures transgéniques au niveau mondial : Bayer (propriétaire de Monsanto), Corteva (fusion de DuPont-Pioneer et Dow), Syngenta (propriété de Sinochem Holding) et BASF. Ensemble elles contrôlent aussi la moitié du marché mondial des semences commerciales et deux tiers de celui des agrotoxiques [3].

La publicité de ces entreprises, par le biais d’associations derrière lesquelles elles prétendent se cacher (telles que Chilebio, Argenbio, Agrobio México), veut donner l’image que les transgéniques se trouvent dans le monde entier.

La réalité, selon leurs propres données, est que la surface semée de transgéniques n’atteint pas 13% de la terre arable de la planète et que 10 pays seulement ensemencent 98% de ces zones. Trois pays à eux seuls couvrent 80% des zones ensemencées : les États-Unis, l’Argentine, et le Brésil. Ils sont suivis par le Canada, l’Inde, le Paraguay, la Chine, l’Afrique du Sud, le Pakistan et la Bolivie [4].

Les États-Unis ont été les premiers à semer du soja transgénique tolérant au glyphosate, suivis par l’Argentine en 1996. Actuellement on compte 32 pays qui approuvent l’ensemencement commercial d’une ou plusieurs cultures transgéniques, mais seule une dizaine de pays le font sur des zones importantes. En revanche plus de 150 pays ne permettent pas leur utilisation et 38 pays ont des restrictions ou des interdictions de semer une ou plusieurs plantes transgéniques, parmi lesquels le Mexique, l’Équateur, le Pérou, le Belize et le Venezuela.

Quatre cultures occupent presque la totalité des zones ensemencées et toutes sont des commodities (des marchandises du commerce international) : le soja, le maïs, le coton et le colza. Leurs promoteurs disaient que les transgéniques allaient atténuer la faim dans le monde mais ils n’ont pas été destinés à l’alimentation humaine mais à l’industrie. La plupart servent de fourrage pour des bêtes confinées et près d’un tiers pour des combustibles et d’autres usages industriels.

En résumé : quatre transnationales contrôlent toutes les cultures transgéniques, 10 pays seulement accueillent 98% des zones ensemencées, quatre cultures occupent 99,4% de ces zones (soja, maïs, coton, colza) et il n’y a que deux sortes de transgéniques, plus de 90% sont des variétés tolérantes aux agrotoxiques et les autres sont des variétés « insecticides » avec la toxine Bt qui, dans de nombreux cas, ont des « gènes empilés » pour être tolérants aussi aux agrotoxiques.

A-t-on utilisé moins d’agrotoxiques ? Non, au contraire, leur utilisation a augmenté de façon exponentielle. Les transgéniques ayant été manipulés pour être tolérants au glyphosate, l’usage de cet herbicide, classé par l’OMS comme cancérigène, a été multiplié plus de 20 fois. Ils ont engendré des « super mauvaises herbes » : des plantes envahissantes qui sont devenues résistantes au glyphosate. Pour lutter contre elles, on a augmenté les concentrations et les doses utilisées et mis en vente des transgéniques ayant des « gènes empilés » pour être tolérants à plusieurs produits agrochimiques tels que le glyphosate et le dicamba, 2,4-d, de plus en plus dangereux [5].

A-t-on obtenu de meilleurs rendements ? Non plus. Des études sur le long terme montrent que le rendement est le même ou moindre que ceux des cultures hybrides. Une étude de l’Union des scientifiques préoccupés (États-Unis) a montré que, sur 13 années d’ensemencement, les cultures transgéniques ont vu leur rendement annuel augmenter de 0,2%, tandis que, avec la gestion agronomique des cultures conventionnelles et agroécologiques, elles ont augmenté de 10% pour cette même période [6].

Les cultures de maïs Bt semblaient avoir un meilleur rendement mais elles ont été progressivement retirées du marché car les chenilles sont devenues plus résistantes, ce qui a conduit à l’utilisation de davantage d’agrotoxiques. Des études postérieures ont confirmé les mêmes tendances [7].

Tous les transgéniques sont brevetés et les semences sont jusqu’à 30% plus chères [8]. Les entreprises ont augmenté leurs profits en intentant des milliers de procès à des agriculteurs pour « usage » de gènes brevetés quand leurs champs ont été contaminés par pollinisation croisée.

Les transgéniques ont été un désastre pour la santé, l’alimentation et l’environnement mais un commerce juteux pour les transnationales. Dans de nombreux pays, des combats ont été menés avec un large appui populaire pour interdire leur ensemencement et leur consommation. Dans n’importe quelle partie du monde, si on leur demande, la grande majorité des personnes répondent qu’elles préfèrent ne pas manger de transgéniques.

Pour poursuivre leur activité lucrative et tromper les producteurs et les consommateurs, la stratégie des transnationales est désormais de changer le nom des cultures modifiées génétiquement en les appelant « édition génétique » grâce à quoi elles ont réussi à échapper aux lois de biosécurité et d’étiquetage dans divers pays ; elles essaient actuellement de faire de même au Mexique.


 Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 3775.
 Traduction de Françoise Couëdel pour Dial.
 Source (espagnol) : Estrategia.la, 21 mars 2026.

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[1« Atlas del agronegocio transgénico en el Cono Sur » (2020), https://www.biodiversidadla.org/Atlas.

[2« Bitter harvest — 30 years of broken GMO promises » (2025), https://www.gmwatch.org/en/106-news/latest-news/20561-bitter-harvest-30-years-of-broken-gmo-promises.

[3« Los diez gigantes de los agronegocios : la concentración corporativa en la alimentación y en la agricultura » (2025), https://grain.org/e/7288.

[4« Récord de adopción : los cultivos transgénicos alcanzan las 210 millones de hectáreas en 2024 » (2025), https://chilebio.cl/2025/06/23/record-de-adopcion-los-cultivos-transgenicos-alcanzan-las-210-millones-de-hectareas-en-2024/.

[5« GM crops fuel rise in pesticide use despite early promises, study shows » (2025), https://gmwatch.org/en/106-news/latest-news/20553-gm-crops-fuel-rise-in-pesticide-use-despite-early-promises-study-shows.

[6« Failure to Yield : Evaluating the Performance of Genetically Engineered Crops » (2009), https://www.ucs.org/resources/failure-yield-evaluating-performance-genetically-engineered-crops.

[8« Bigger is Not Always Better : Drivers and Implications of the Recent Agribusiness Megamergers » (2017), https://www.researchgate.net/publication/314206957_Bigger_is_Not_Always_Better_Drivers_and_Implications_of_the_Recent_Agribusiness_Megamergers.

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