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DIAL 3752

BRÉSIL - Bolsonaro condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État contre Lula

Bernardo Gutiérrez

lundi 29 septembre 2025, mis en ligne par Dial

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Jeudi 11 septembre, une majorité des cinq magistrats de la Première Salle du Tribunal suprême du Brésil se sont prononcés pour la condamnation de l’ancien président Jair Bolsonaro pour tentative de coup d’État. Article de Bernardo Gutiérrez publié sur le site d’elDiario.es le 11 septembre 2025.


La Première Salle du Tribunal suprême du Brésil a, par une majorité de quatre voix contre une, condamné l’ex-président d’extrême droite pour l’organisation d’un coup d’État après avoir perdu les élections de 2022.

Soulagement à Brasilia. Frustration à Washington. En dépit des menaces et des sanctions du gouvernement des États-Unis, le Tribunal suprême fédéral (STF) vient de condamner Jair Bolsonaro, ancien président du Brésil, à 27 ans et trois mois de prison pour tentative de coup d’État. Pour la première fois dans l’histoire de ce pays sud-américain, un ex-président se voit condamné à des peines de prison pour atteinte à la démocratie du pays.

Après trois journées tendues de procès contre les huit accusés du dénommé noyau dur de la tentative de coup d’État, la juge Carmen Lúzia a voté, jeudi 11 septembre, en faveur de la condamnation de l’ancien président du Brésil pour les cinq délits dont il était accusé par le Bureau du procureur général. La juge a considéré coupable Jair Bolsonaro et les autres accusés de tentative de coup d’État et d’abolition violente de l’État démocratique de droit, les deux motifs les plus graves, ainsi que de la constitution d’une organisation criminelle armée et deux motifs en lien avec des dommages et une détérioration du patrimoine de l’État.

Le vote de Carmen Lúzia porte à trois le nombre de voix des magistrats en faveur de la condamnation contre une s’y opposant, rendant impossible la modification du résultat, car il ne reste que le vote du juge Cristiano Zanín. Mardi 9 septembre, les magistrats Alexandre de Moraes (rapporteur du procès de la tentative putschiste auprès du Tribunal suprême) et Flávio Dino avaient voté en faveur de la condamnation. Mercredi 10, Luiz Fux avait voté contre.

Le résultat final a constitué un soulagement pour le Tribunal suprême brésilien et le gouvernement progressiste de Lula da Silva. Le mardi, Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison blanche, avait déclaré que le gouvernement des États-Unis étudiait de nouvelles mesures contre le Brésil dans le cas où Bolsonaro serait condamné et avait même insinué que le président Donald Trump pourrait user de « moyens militaires » pour défendre la liberté d’expression dans le monde. Le mercredi, le juge du Tribunal suprême, Luiz Fux qui a la réputation d’être enclin à punir, a surpris en se montrant très critique vis-à-vis du procès contre Bolsonaro. Fux, dont le vote contre était attendu, a affirmé que le Tribunal n’était pas le lieu approprié pour ce jugement et a comparé le procès à la persécution « des sorcières, des hérétiques et des juifs », avec des mots semblables à ceux utilisés par Donald Trump. Le vote de Fux, encensé par le gouvernement de Trump a donné des ailes aux avocats de la défense de Jair Bolsonaro et alimente l’aile radicale du bolsonarisme.

« Je le connais assez bien. Il a été un bon président du Brésil », a répondu Trump à une question des médias à la Maison blanche ce jeudi, rapporte Andrés Gil : « Que cela puisse se faire serait étonnant. Cela ressemble à ce qu’on a tenté de faire contre moi mais on n’y est pas parvenu. Je peux seulement dire que je l’ai connu quand il était président du Brésil, c’était un homme bien »

Le secrétaire d’État des États-Unis, Marco Rubio, a menacé le Brésil : « La persécution politique du violeur des droits humains déjà sanctionné Alexandre de Moraes continue : lui et d’autres membres de la Cour suprême du Brésil ont décidé d’incarcérer injustement l’ex-président Jair Bolsonaro. Les États-Unis répondront comme il se doit à cette chasse aux sorcières. »

Revirement trumpiste

Sur un ton virulent et ironique, Luiz Fuz a justifié son vote au cours d’un exposé de plus de treize heures. Les arguments du magistrat, qui a exempté Jair Bolsonaro de toute responsabilité dans la tentative du coup d’État, ont contredit la position qu’il défendait jusqu’alors. Si le mercredi Fux a qualifié les actes du 8 janvier 2023 à Brasilia comme résultant d’une « foule désordonnée », en mars il les taxait de graves incidents antidémocratiques, de « répugnants » et « inadmissibles ». Les contradictions de Fux sont aussi juridiques. Le magistrat a condamné avec des arguments similaires plus de six cents détenus impliqués dans les actes du 8 janvier 2023 avec les mêmes délits que ceux imputés à Jair Bolsonaro.

Fux a cependant voté en faveur de la condamnation pour tentative d’abolition de l’État démocratique et de droit de Walter Braga Netto (ancien ministre de la Maison civile) et Mauro Cid (principal exécuteur des ordres de l’ex-président), qui a collaboré avec la police tout au long du procès pour réduire sa peine. « Condamner celui qui exécute les ordres de Bolsonaro et absoudre celui qui donne les ordres n’est pas logique. C’est une aberration juridique absurde », affirme Duda Salabert, députée du Parti démocrate travailliste (PDT), dans un entretien téléphonique avec elDiario. « Le côté positif de ce vote (contre Cid et Braga Netto) est qu’il montre clairement qu’il y a eu une tentative de coup d’État au Brésil », ajoute Salabert.

Marcelo Crespo, coordinateur du cursus de droit à l’université ESPM de São Paulo, pense que le revirement bolsonariste de Luis Fux n’a pas d’explication juridique. « Son revirement ne peut se comprendre qu’à un niveau politique. Il a fait un triple saut mortel », a déclaré Crespo au journal Estado de São Paulo. Certains analystes politiques interprètent le vote de Fux comme le signe de son désir de devenir ministre de la justice dans un futur gouvernement de Tarcísio de Freitas, le candidat le plus probable de l’extrême droite brésilienne aux élections de 2026.

La magistrate Carmen Lúzia, la seule femme du Tribunal suprême dans ce procès, a souligné au début de son intervention le caractère exceptionnel de la journée qui s’ouvrait. « Ce procès est une sorte de rencontre du Brésil avec son passé, son présent et son avenir », a-t-elle déclaré. La magistrate a fait remarquer ensuite qu’à partir de 2021, « de nouvelles pratiques antidémocratiques » ont commencé à menacer le Brésil, comme l’a formulé l’accusation du Bureau du procureur général contre l’ex-président Jair Bolsonaro et ses partisans.

Le juge Flávio Dino, interpelé par Carmen Lúzia, a affirmé que pour le coup d’État militaire de 1964 on disposait de moins de preuves que pour celui que le Tribunal suprême a jugé. De son côté, Alexandre de Moraes est intervenu pour souligner que les menaces contre les institutions démocratiques et les menaces concrètes de l’ex-président Bolsonaro contre le Tribunal suprême ne peuvent relever de la liberté d’expression.

Après avoir critiqué très durement les actions antidémocratiques du 8 janvier 2023, (« cela n’a pas été un événement banal »), ce qu’elle a appelé « la machine du coup d’État », et avoir affirmé que le Tribunal suprême est l’instance appropriée pour un procès de la tentative de coup d’État, Carmen Lúzia a voté en faveur de la condamnation des huit accusés.

Par la suite, le magistrat Cristiano Zanín a ouvert sa plaidoirie en assurant que le Tribunal suprême est l’instance appropriée pour juger le complot putschiste, faisant clairement allusion à Luiz Fux. Il a poursuivi avec une description minutieuse des menaces contre la démocratie perpétrées par les accusés. Zanín a affirmé que Jair Bolsonaro, avec l’aide des autres condamnés, a monté une organisation criminelle dans le but de se maintenir au pouvoir après sa défaite électorale. Il a affirmé en outre que le jugement du complot putschiste « pacifiera le pays ». Cristiano Zanín a voté en faveur de la condamnation de tous les accusés pour toutes les charges. Le résultat final a été de quatre voix en faveur de la condamnation et une contre.

Prochaines étapes

Le nombre d’années de la sentence de chacun des condamnés dans ce procès sera calculé en réalisant une moyenne des requêtes des magistrats du Tribunal suprême qui ont voté pour la condamnation. Alexandre de Moraes déterminera le lieu où Jair Bolsonaro purgera sa peine. Tout indique que l’ex-président sera détenu dans le centre pénitencier de Papuda, une prison de très haute sécurité à Brasilia. Selon ses proches alliés, Bolsonaro a très peur d’être enfermé dans cette prison et il considère humiliant d’être incarcéré dans une prison ordinaire, au lieu d’une prison militaire, selon ce qu’a révélé la Folha de São Paulo.

La défense de Jair Bolsonaro, qui a entrevu une lueur d’espoir après le vote de Luiz Fux, a déjà annoncé qu’elle demandera une assignation à résidence, pour raisons de santé. Après l’« acordão » (texte final) de la condamnation, la défense peut présenter différents recours, même si rien ne garantit qu’ils seront acceptés. Postérieurement, peuvent être demandés des « embargos de la déclaration », dans le cas de divergences sur la peine proposée par différents magistrats ou dans le cas où la défense mette en avant des impressions, des contradictions ou des omissions dans la sentence. La révision de la sentence est très improbable.

Jair Bolsonaro, qui est déjà assigné à résidence pour obstruction à la justice et risque de fuite du pays, pourrait être incarcéré avant la fin de 2025.


 Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 3752.
 Traduction de Françoise Couëdel pour Dial.
 Source (espagnol) : elDiario.es, 11 septembre 2025.

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