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DIAL 3764
BRÉSIL - Lettre aux ami⋅e⋅s
Xavier Plassat
mercredi 31 décembre 2025, mis en ligne par
Nous publions ci-dessous, comme chaque hiver, la lettre annuelle que nous a fait parvenir le dominicain Xavier Plassat, membre de la Commission pastorale de la terre (CPT) au Brésil et présent sur le terrain des luttes paysannes depuis 1989.
Chers amis, chères amies,
J’espère que cette lettre vous trouvera en paix et en bonne santé.
Je vais bien. J’habite toujours à Araguaína (Tocantins). Ma petite maison est suffisante pour vous y accueillir quand il vous plaira ! Au moment où je vous écris, il est possible que votre attention, comme celle d’une partie du monde, soit tournée vers la ville de Belém (Bethléem !) où se tient la réunion mondiale de la COP 30 (Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques).
Je n’ai pas pu faire le voyage, mais notre CPT y est présente de diverses manières, notamment en plusieurs moments de la COP populaire réalisée en parallèle.
Comme pour tenter de réveiller les trop nombreux climatosceptiques, ragaillardis dans leur négationnisme par un Trump plus virulent que jamais, le Brésil vient de subir le passage inédit d’un ouragan qui, avec des vents à 250 km/h, a détruit en quelques minutes une ville de 14 000 habitants, dans l’État du Paraná (sud du Brésil), faisant 7 morts et 700 blessés.
La destruction de Rio Bonito do Iguaçu rappelle au Brésil et au monde une nouvelle « normalité » venue avec le réchauffement climatique. Avec l’augmentation de la température de la planète, des événements extrêmes comme celui-ci seront de plus en plus fréquents.
Au long de l’année 2025, le Brésil en a su quelque chose : centaines de morts dans les inondations du Rio Grande do Sul, morts provoquées par les sécheresses en Amazonie (!), par les incendies dans le Pantanal ou par les glissements de terrain à Rio de Janeiro, ou bien par l’air irrespirable de la fumée des incendies à São Paulo, et maintenant par ce cyclone extratropical qui s’est formé dans la région sud.
Comme l’écrit mon ami journaliste, Léonardo Sakamoto, tout un chacun est capable de comprendre que nous avons déjà réglé le thermostat de la planète sur la position « extinction » et qu’en ce moment, face au manque de courage des gouvernements pour renoncer à une économie mondiale basée sur le pétrole, nous ne faisons que faire en sorte d’y parvenir plus vite. Les changements climatiques en cours sont déjà irréversibles.
Dans les décennies à venir, nous aurons des millions de réfugiés environnementaux en raison de l’élévation du niveau de la mer et des événements météorologiques extrêmes ; la faim à grande échelle due à la réduction et à la désertification des zones de production et à la perte des capacités de pêche ; l’augmentation du nombre de personnes malades et mal nourries, ainsi que les conflits et les guerres à la recherche d’eau et de terres où planter.
Qui sait si Lorient, Étaples, Toulouse ou Marseille où j’ai passé de si bons moments en famille au printemps dernier, seront toujours hors d’eau, dans… 50 ans ?
Tout cela ne signifie pas qu’il soit impossible d’éviter une catastrophe plus grande encore, conséquence du changement climatique, par la réduction de la déforestation, des incendies, des émissions de polluants, et que nous ne pouvons pas adapter nos vies, nos villes et nos campagnes à cette nouvelle normalité.
C’est, j’imagine, ce que chacune et chacun d’entre nous s’efforce de réaliser à sa mesure. C’est aussi l’espérance qui nous fait tenir ici au Brésil, en solidarité de destin avec ces communautés paysannes attachées à ce bout d’Amazonie où, avec la Commission pastorale de la terre, je suis à l’ouvrage depuis 1989.
Il ne s’agit plus d’« éviter » le changement climatique, mais d’« atténuer la tragédie qui a déjà commencé ». Les gens doivent comprendre qu’on est au fond du puits. Mais, en fin de compte, il existe encore peut-être une trappe de secours.
Je viens partager avec vous quelques nouvelles des activités de notre CPT, en partie reprises d’un rapport récent à l’un de nos partenaires.
Par cette lettre, je veux continuer à vous donner – à nous donner – envie de continuer sur ce sentier, aujourd’hui bien incertain, de la solidarité : avec tous les mondes de laissés-pour-compte, de personnes discriminées, des migrants, et en particulier avec ces paysans et paysannes qui, dans un petit coin du nord du Brésil, préservent et défendent des territoires que des plus riches leur disputent, et qui luttent pour leur dignité.
Ils sont notre espérance et notre fierté.
Merci pour votre fidèle appui, d’hier et de demain !
Dans l’espérance qui peut renaître chaque jour, à Bethléem ou ailleurs, recevez mon fraterno abraço et mes vœux pour un joyeux Noël et une belle fin d’année !
Xavier
Araguaína, le 13 novembre 2025.
Les actions de notre équipe de la Commission pastorale de la terre suivent une « feuille de route » décrite dans le projet triennal [juillet 2024 à juin 2027] et portée par divers partenaires de la coopération internationale qui nous aident financièrement. Dans le cadre de ce projet nous accompagnons 24 groupes paysans [1] dans le nord de l’État du Tocantins, distribués entre espaces urbains et espaces ruraux dans cette vaste région du centre nord du Tocantins. Ces groupes présentent des demandes différenciées, mais se soutiennent mutuellement de manière solidaire.
Le projet est centré sur le renforcement de la capacité de ces groupes à défendre leurs territoires, valoriser les modes de vie et la culture paysanne, tout en affrontant la violence qui sévit dans les campagnes, en optant pour la ligne de l’agroécologie, comme voie durable vers la souveraineté alimentaire et le bien-vivre des peuples du Cerrado.
Voici les grands objectifs dont je vous propose, dans cette lettre, d’accompagner la mise en œuvre :
– Identité paysanne et autonomie dans la création d’alternatives viables : pour que les familles paysannes progressent dans la diversification des stratégies d’organisation et de génération de revenus alternatifs, renforçant ainsi leur autonomie, leur identité et le protagonisme paysan ;
– Articulation paysanne et résistance face à une agro-industrie envahissante : pour que les communautés paysannes, engagées dans cette articulation, avec leurs partenaires, renforcent leurs droits territoriaux et puissent exister face à l’agrobusiness ;
– Objectif transversal non moins essentiel : renforcer les communautés paysannes dans leurs luttes pour l’égalité et la justice de genre, de génération et de race, et pour une vie digne et sans violence.
En cette 2e année du gouvernement Lula, le contexte présente quelques changements pour ce qui est des politiques environnementales et de la législation applicable, avec des impacts directs pour les communautés paysannes, les peuples traditionnels et les territoires du Cerrado et de l’Amazonie. Le Congrès brésilien – où le poids de l’agro-industrie est prépondérant et où le gouvernement ne dispose que d’une majorité de circonstance – a approuvé de nouvelles règles de contrôle des pesticides qui ont rendu (encore) plus souple leur utilisation par les tenants de l’agrobusiness, notamment par la réduction des délais d’octroi des permis et licences. Il en résulte une augmentation des risques d’exposition aux produits nocifs, ce qui aggrave la pression sanitaire sur les populations rurales et renforce l’importance de la formation et des actions de plaidoyer communautaire.
En ce qui concerne l’autorisation des grands projets à fort impact sur l’environnement, un nouveau cadre réglementaire a été approuvé qui simplifie l’octroi des licences (barrages, routes, etc.), ce qui peut accélérer la mise en œuvre de projets sans analyse préalable sérieuse ni maîtrise des impacts socio-environnementaux.
La situation des territoires et des peuples autochtones reste marquée par l’insécurité juridique et les conflits, car les décisions récentes (ou la persistance dans l’indéfinition) entretiennent l’incertitude quant à la possible démarcation de territoires traditionnels revendiqués par des groupes particulièrement vulnérables (Indiens ; quilombolas). Cette insécurité intensifie la pression sur le foncier, favorise l’accaparement de terres et peut provoquer davantage de violence.
Des données récentes indiquent que, alors que l’Amazonie a enregistré une réduction des taux de déforestation [d’août 2024 à juillet 2025, 4 495 km² de forêt amazonienne ont été rasés, soit moitié moins que sous le gouvernement précédent, celui de Bolsonaro (2019-2022) ; mais c’est quand même 4% de plus que l’année antérieure et l’équivalent de 72 terrains de foot à chaque heure qui passe]. Le Cerrado (sorte de savane arborée) a, lui, continué de présenter des taux alarmants [en quelques décennies la moitié en a été rasée et, pour l’année écoulée, 5 555 km2, soit 23% de plus qu’en Amazonie]. Cette avancée sur l’écosystème du Cerrado – qui est comme le château d’eau où s’abreuvent la plupart des grands fleuves du Brésil – affecte directement notre État et les zones de transition de notre région Araguaia-Tocantins, située entre les deux biomes.
En interne, notre équipe vit une période délicate de recomposition, après le départ – pour raisons personnelles – de trois de nos collègues particulièrement expérimentés et l’arrivée de nouveaux. Nous avons aussi revu le modèle d’assistance juridique, en dialogue et collaboration désormais permanente avec un collectif d’avocats basé à Palmas, capitale de notre État. Ces mouvements ont permis de repenser les pratiques et les stratégies, permettant innovations et nouvelles approches.
Le dialogue s’est amplifié avec différents acteurs publics, tels que l’INCRA (organe fédéral en charge de la réforme agraire), le Défenseur public, le ministère public fédéral, les municipalités.
Un espace essentiel a vu le jour : la « Table permanente de dialogue » centrée sur la politique de régularisation foncière et la défense des territoires traditionnels et paysans du nord Tocantins, un espace stratégique d’interaction entre les agences gouvernementales, les institutions judiciaires et la société civile, dans le but de renforcer la défense des droits des communautés rurales qui font face à une grande vulnérabilité sociale, à l’accaparement des terres et au retard dans la création des assentamentos [2]. Cette « Table ronde » permet d’informer, d’échanger et de suivre l’évolution des enjeux fonciers et la mise en œuvre des politiques publiques et aussi de promouvoir une certaine protection, en permettant une participation active des groupes concernés et facilitant le traitement de leurs demandes auprès des organismes officiels.
Dans le même temps, l’Articulation du Tocantins pour l’agroécologie (ATA), formée par les diverses organisations et mouvements populaires intéressés, est devenue plus forte : elle constitue un autre espace stratégique de dialogue « horizontal » et de collaboration, renforçant l’échange d’expériences, la formation technique et le plaidoyer politique, contribuant à donner visibilité aux pratiques agroécologiques et à soutenir l’organisation communautaire.
Ainsi le développement du dialogue avec l’INCRA, le Défenseur public, le ministère public fédéral et l’ATA a augmenté notre capacité de plaidoyer politique, améliorant les conditions d’accès aux politiques publiques et ouvert des espaces stratégiques pour présenter, discuter et faire avancer les demandes des groupes paysans. La Table ronde, pour sa part, est comme une colonne vertébrale, qui permet transparence, décision et suivi d’importants enjeux fonciers et territoriaux, assurant ainsi une plus grande cohérence et efficacité aux actions de notre projet.
Ainsi, malgré les défis initiaux résultant de la transition de l’équipe, l’ensemble de ces changements a permis d’élargir notre capacité d’articulation et de plaidoyer et contribue à la réalisation des objectifs de défense des droits et de protection des territoires.
Principaux résultats enregistrés
Les familles paysannes des 24 groupes que nous accompagnons ont connu des progrès significatifs, tant pour l’accès aux droits que pour l’amélioration des conditions de vie : grâce au dialogue mené avec les entreprises responsables, l’accès à l’électricité a progressé, améliorant la qualité de vie et facilitant la production locale ; les familles ont pu accéder à d’importants crédits et divers programmes publics, en particulier ceux liés à la réforme agraire – dont le Fomento Mulher [« Crédit femme »].
Un autre aspect est le renforcement de l’organisation communautaire. Plusieurs groupes ont restructuré leur coordination collégiale ou leurs associations. Cette organisation collective est essentielle pour valoriser les acquis, élargir l’accès aux politiques publiques et faire face aux défis liés à la production, à la commercialisation et à la défense des territoires.
Objectif n°1 : avancer dans la diversification des stratégies pour produire des alternatives de revenu, plus d’autonomie, tout en respectant l’identité paysanne
On observe une bonne progression de résultats parmi les groupes accompagnés : 300 familles ont réinvesti dans le système traditionnel qui était le leur – à base d’agroécologie paysanne – ou bien ont entamé une transition agroécologique ; 130 familles ont pris part à des foires régionales ou à des programmes de vente directe. Pour ce qui est de l’organisation interne et la contribution des groupes aux processus collectifs, on note en revanche dans quelques groupes une certaine stagnation, spécialement pami les familles lasses d’attendre depuis de trop longues années les politiques publiques qui devraient venir en appui à leur vie quotidienne : assistance technique, financements, logement décent ou régularisation effective du territoire. La lenteur des réponses alimente la démotivation, fragilise l’organisation et la cohérence de la communauté (produisant même l’abandon et la vente de parcelles), surtout dans une conjoncture politique fébrile, constamment influencée par la préparation de nouvelles échéances électorales.
C’est un défi pour nous que de parvenir à maintenir ces groupes debout face à l’adversité. Il est donc encourageant que, même dans un climat peu favorable, sur 24 groupes, 17 présentent en interne une meilleure organisation et montrent une capacité réelle d’initiative propre.
Il y a aussi une avancée visible en ce qui concerne l’adoption de pratiques agroécologiques, soit en mode traditionnel soit en système de transition vers un nouveau modèle. En ce qui concerne les foires et les programmes de vente directe, les résultats sont plus limités. De nombreuses foires locales ont cessé d’exister en raison du manque d’investissement du gouvernement, qui n’accorde aucune priorité aux espaces de commercialisation des produits de l’agriculture familiale. Ceci oblige les familles à recourir à la vente directe, le porte-à-porte, ou par le biais de connaissances ou bien sur des marchés rapprochés, souvent sans un juste retour financier.
Objectif n°2 : Renforcer l’engagement des communautés paysannes dans l’Articulation Paysanne par le biais d’initiatives de résistance face à une agro-industrie agressive
Bilan positif aussi, y compris en ce qui concerne les initiatives de résistance face à divers grands projets portés par l’agro-industrie (objets de dénonciation par le biais de notes publiques et de mobilisations à l’exemple du projet de voie navigable sur le fleuve Araguaia-Tocantins, de l’exploitation minière en plusieurs territoires de forte implantation paysanne, de l’impact persistant de la déjà ancienne implantation de l’usine hydroélectrique d’Estreito, ou encore de la flexibilisation des licences de nouveaux projets à fort impact environnemental). Le contexte politique actuel a sans aucun doute favorisé le retour au dialogue et réduit la nécessité d’affrontements directs. Il est bon de rappeler que le poste de chef de l’INCRA pour le Tocantins est depuis maintenant deux ans assumé par un collègue qui a travaillé pendant près de 20 ans avec nous à la CPT. Autres temps !
Objectif n°3 : renforcer les communautés paysannes dans leurs luttes pour l’égalité et la justice de genre, de génération et de race, et pour une vie digne et sans violence
Si nous enregistrons des résultats positifs, nous avons aussi quelque inquiétude quant à la réalité présente derrière ces résultats : par exemple on constate un faible taux de violence à l’égard des femmes, mais avec ce doute : est-ce bien réel, ou bien le fait d’une sous-notification, vu, par exemple, la difficulté d’accès des femmes aux mécanismes de signalement ? Autre souci, à propos des initiatives de lutte contre l’exode des jeunes ruraux : on observe une augmentation significative du départ des jeunes et des adolescents, motivé par la recherche de meilleures conditions de vie, d’une meilleure sécurité alimentaire, d’un accès à l’éducation, à la santé et d’autres services souvent inaccessibles sur place. Ceci compromet bien sûr la continuité de la lutte paysanne.
Ces quelques objectifs et indicateurs ne rendent pourtant pas compte de toutes les actions développées : activités avec les femmes, incitations aux pratiques de l’agroécologie, réunions et ateliers sur les questions d’organisation administrative ou sur les problèmes juridiques, élaboration de projets, participation à des tables rondes, réunions communautaires et autres initiatives construites conjointement, dans le respect des contextes locaux et de la centralité des pratiques spécifiques de chaque groupe paysan.
Parmi les principales activités mises en œuvre, citons :
– la formation des familles paysannes aux pratiques agroécologiques, à la gestion durable de la production et à la diversification des stratégies génératrices de revenus ;
– les réunions d’articulation communautaire visant à renforcer l’organisation interne et l’insertion dans les espaces de lutte paysanne ;
– les mobilisations et actions publiques contre les impacts de l’agrobusiness avec notamment : des dénonciations, des assemblées communautaires et l’élaboration de notes publiques avec nos partenaires.
– les campagnes de sensibilisation et cercles de débat sur le racisme, les inégalités entre les sexes, la violence à l’égard des femmes et les masculinités, qui ont permis d’élargir la réflexion critique au sein des communautés.
Notre projet produit aussi des effets non prévus, qui se reflètent dans différentes dimensions de la vie des groupes.
Nous vérifions que les actions menées ont permis d’ouvrir la voie à de nouvelles pratiques sociales.
À partir du travail avec les femmes – comme les ateliers sur les potagers productifs ou sur les protocoles de sécurité orientés sur les questions de genre – leur participation dans les communautés tend à s’amplifier.
Chez les jeunes, le fait d’avoir mis en place leur propre articulation et créé leur propre réseau social sur Instagram a entraîné une plus grande visibilité et meilleure valorisation des initiatives locales.
Dans la lutte contre l’esclavage, les dénonciations, le suivi rigoureux et l’attention aux victimes, de même que la réalisation de débats publics ont contribué à élargir la conscience collective.
Dans le domaine de la préservation de l’environnement, des ateliers sur les Unités de préservation permanente, l’octroi de licences et la gestion des sols ont contribué à la diffusion de pratiques « durables ».
Enfin, la promotion d’une culture de paix et de solidarité, à travers l’organisation interne et la construction de protocoles de sécurité collective, a renforcé l’union et la protection des communautés.
L’Articulation paysanne a grandi en capacité d’intégration collective, avec un groupe whatsapp extrêmement fréquenté, devenu un espace quotidien de communication, de propositions, mais aussi de solidarité. Cet espace frappe par son caractère… fraternel, espace d’attention, de soins et d’entraide, permettant aux communautés de partager largement, sur leurs expériences productives ou sur la manière d’aborder les conflits. En rassemblant, même à distance, les 24 communautés suivies par la CPT au quotidien, ce groupe virtuel renforce le sentiment d’unité et d’appartenance.
Dans le domaine des relations entre les sexes, on constate aussi une avancée significative : les femmes ont acquis une voix active dans les processus de prise de décision, tant au sein des communautés qu’au-dehors, et ont élargi leur rôle dans la production, la génération de revenus et la mise en oeuvre d’initiatives agroécologiques. Elles partagent leurs connaissances dans des groupes, des réunions et des ateliers qui renforcent le « protagonisme » féminin.
Ces avancées rencontrent bien-sûr des résistances, en particulier dans les communautés où le leadership est majoritairement masculin et, dans la sphère domestique, de la part de partenaires qui n’acceptent pas facilement ces changements. Face à ce défi, nous continuons de promouvoir des débats et de la formation sur le genre, les masculinités, la génération de revenus et la valorisation du travail des femmes, en cherchant à transformer ces relations de manière progressive et cohérente.
En ce qui concerne les conflits et la culture de la paix, la lutte pour la terre – par sa nature même – constitue un terrain de tensions, surtout lorsque se renforce le rôle des communautés dans la défense de leurs territoires. Cela peut intensifier certains affrontements face à l’avancée de grands projets agro-industriels (culture du soja, extraction minière), et conduire à des situations de violence. Notre travail dans ce domaine comporte l’élaboration de protocoles de sécurité, la médiation de conflits internes et la promotion d’espaces de dialogue, renforçant la solidarité et la cohésion sociale au sein des communautés.
En ce qui concerne l’agroécologie, les résultats aussi sont positifs. Notre projet soutient les pratiques de transition agroécologique, la préservation des forêts et des zones de protection permanentes, ainsi que l’utilisation durable des sols et de l’eau. Cependant, l’avancée de l’agro-industrie et de la monoculture, combinée à d’autres grands projets, impacte gravement les communautés, qui se retrouvent souvent de plus en plus isolées, confrontées à l’empoisonnement de l’eau et des sols, à la dégradation de l’environnement et, dans de nombreux cas, à des procédures d’expulsion.
Pour la CPT, l’année 2025 a été marquée par la célébration du jubilé des 50 années d’existence de notre organisation : pendant 5 jours, en juillet, à São Luis du Maranhão, nous avons réalisé un magnifique Congrès, réunissant 1000 personnes, représentant tous les États du Brésil, avec une majorité de paysannes et de paysans (dont une trentaine de notre région). Un Congrès mémorable décliné sur le thème « Présence, Résistance et Prophétie ».
Si vous désirez aider financièrement la CPT, merci d’adresser vos dons à : Banque Neuflize OBC, sur le compte de la Province dominicaine de France – 24 rue des Tanneries, Paris 75013.
Merci de mentionner « Pour la CPT - XP » et votre contact courriel, pour recevoir votre reçu fiscal (au-dessus de 30 euros). Pour informer de votre règlement, vous pouvez adresser un message à : syndic chez dominicains.fr et me le confirmer par mail : xplassat chez gmail.com ou bien sur ma boîte Whatsapp [+55 63 9221 9957]. Merci !
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– Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 3764.
– Source (français) : envoi de l’auteur.
En cas de reproduction, mentionner au moins l’auteur, la source française (Dial - www.dial-infos.org) et l’adresse internet de l’article.
[1] Dont 6 groupes en occupation de terre, 5 groupes de posseiros, 2 campements de sans-terre, 6 assentamentos, 1 quilombo, 3 groupes urbains et 1 groupe d’articulation de tous ces groupes, réunissant leurs leaders. Pour une brève présentation des groupes (aussi désignés comme « communautés »), voir ce document.
[2] Le mot Assentamento désigne l’installation de familles sur un territoire préalablement légalisé par l’INCRA, en application de la réforme agraire.

