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DIAL 3766
GUATEMALA - Une hausse salariale insuffisante et le cynisme du patronat
Leonardo Ixim
samedi 31 janvier 2026, mis en ligne par
Dans ce texte publié sur le site El socialista centroamericano, le 20 décembre 2025, Leonardo Ixim bat en brèche les arguments avancés par le patronat guatémaltèque pour refuser d’augmenter le salaire minimum.
Après plusieurs semaines d’attente, le président Bernardo Arévalo [1] a décrété une nouvelle augmentation du salaire minimum malgré l’opposition habituelle des secteurs patronaux.
Devant le fait que la Commission nationale du salaire minimum, composée de représentants des entreprises, des syndicats ouvriers, ainsi que de fonctionnaires du ministère du travail et de la prévoyance, n’a pu s’entendre sur les nouveaux salaires pour 2026, le gouvernement a décrété une hausse de 7,5% des salaires non agricoles, soit de 131,58 quetzals par jour [14,47 €] pour un total de 4 252,28 quetzals [467,65 € par mois] ; pour le secteur agricole, la hausse est de 5,5% soit de 124,4 par jour [13,68€] et un total de 4 041,20 quetzals [444,42€] ; concernant les entreprises exportatrices et d’assemblage, la hausse s’établit à 4.0%, soit 112,10 quetzals [12,32€] par jour et un total de 3659,73 quetzals [402,47€].
Dans les trois secteurs, il s’y ajoute une prime de 250 quetzals. Par ailleurs, il convient de rappeler qu’au Guatemala il existe deux circonscriptions, une pour le département de Guatemala qui abrite la capitale et le centre urbain le plus peuplé, et l’autre pour les départements de l’intérieur du pays.
Durant les jours précédant l’annonce gouvernementale se sont manifestées différentes attentes, surtout de la part du milieu des affaires qui, comme toujours, a brandi son épouvantail en disant qu’une nouvelle augmentation – égale à celle de l’année passée, qui fut de 10% pour le salaire minimum dans l’agriculture et le secteur agricole – serait préjudiciable à l’économie et surtout au consommateur alors que ce qui entre surtout en jeu, c’est le niveau des bénéfices réalisés par ces entreprises. S’agissant de la hausse du prix des produits, alors que l’inflation est restée stable en général, elle découle, quand elle existe, de l’augmentation des gains réalisés par les fabricants et commerçants, qui s’ajoute à la dénommée inflation importée, intégrée à des produits provenant de l’extérieur.
Un autre argument avancé met en avant le fait que l’on a fermé des usines, avec une perte d’emplois dans le secteur des maquilas [2] et de l’exportation, secteur où les augmentations salariales sont les plus faibles, du fait de l’attribution d’un ensemble d’avantages fiscaux et de prébendes en matière d’emploi qui pèsent sur les conditions de travail de la classe ouvrière.
Ce discours ajoute que beaucoup de ces usines sont parties au Nicaragua et au Honduras, où les salaires sont plus bas. Mais, paradoxalement, les mêmes représentants de ce secteur d’activité invoquent le fait que la toile destinée à la confection des produits élaborés dans ces pays est produite au Guatemala, et que beaucoup de ces entreprises se comportent comme des hirondelles, installant des machines en mauvais état et louant des locaux qu’elles abandonnent à leur convenance.
Un autre argument qui ne manque pas de sel figure dans une directive de la Chambre d’agriculture qui, essayant de justifier l’irrecevabilité d’une hausse des salaires fait valoir le fait que le salaire minimum n’est même pas respecté et que l’augmentation ne sera pas respectée. Les conditions de travail dans le secteur agricole sont déplorables et il est vrai que certaines entreprises ne paient même pas le minimum. Cet argument montre bien à quel point ces capitalistes affament leurs salariés.
De manière générale, la position du milieu des entreprises est la suivante : s’il dit n’être pas opposé à une augmentation, celle-ci doit toutefois respecter certains critères de productivité, ce qui n’est ni plus ni moins qu’une excuse pour ne pas augmenter le salaire minimum. Sur le fond, cela montre que si les choses ne dépendaient que d’elles, les entreprises paieraient leur personnel à la tâche, sans normes minimales sur les conditions de travail.
Par ailleurs, même si les augmentations des dernières années sont importantes pour ce gouvernement, elles ne suffisent pas si on les rapporte au coût de la vie. En ce sens, la proposition des syndicats de travailleurs et travailleuses, de 6 000 quetzals [659,86€] par mois, couvrait tout juste ce coût ; il faudrait de plus qu’elle s’applique uniformément, faisant disparaître la différenciation entre les secteurs agricoles, non agricoles et d’exportation, ainsi qu’entre les deux circonscriptions, ce qui éviterait toute forme d’exclusion et d’inégalité. Cette politique de différenciation salariale, d’origine néolibérale, profite à des secteurs surexploiteurs du capital, et le gouvernement actuel, censé être progressiste, l’a maintenue.
– Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 3766.
– Traduction de Gilles Renaud pour Dial.
– Source (espagnol) : El socialista centroamericano, 20 décembre 2025.
En cas de reproduction, mentionner au moins l’auteur, le traducteur, la source française (Dial - www.dial-infos.org) et l’adresse internet de l’article.
[1] Bernardo Arévalo (Mouvement Semilla, centre gauche) a été élu le 20 août 2023 et occupe ses fonctions depuis le 15 janvier 2024 – note DIAL.
[2] Usines qui assemblent à bas coût des produits d’exportation et bénéficient d’une exonération des droits de douane – note DIAL.

