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Le Venezuela est devenu le troisième pays en nombre de lecteurs de livres

Jesse Chacón

vendredi 11 mai 2012, par Thierry Deronne

On vient d’apprendre par une étude menée sur la base d’un échantillon de 8.652 personnes de plus de 13 ans un peu partout dans le pays, que 50,2% des vénézuélien(ne)s lisent des livres et que 82,2% lisent l’une ou l’autre publication – revues, textes scolaires, journaux, pages d’internet ou documents digitaux.

Ces résultats placent le Venezuela au-dessus du Brésil, de la Colombie, du Pérou et du Mexique, et traduisent une augmentation de 4% par rapport à 2006 et ses 46% de lecteurs .

Selon cette étude du comportement des lecteurs, de l’accès au livre et à la lecture développée par le Centre National du Livre à travers l’Équipe de Conseil Goya (formée par des statisticiens et des psychologues), le Venezuela devient le troisième pays qui lit le plus de livres en Amérique Latine.

Si l’on compare ces chiffres avec les données du Centre Régional pour le Soutien du Livre en Amérique Latine et Caraïbe (CERLAC), le Venezuela passe devant des pays dotés d’une forte industrie éditoriale, où le pourcentage de lecteurs se trouve en dessous du nôtre : le Brésil avec 46%, la Colombie avec 45%, le Pérou avec 35% et le Mexique avec 20%. Occupent les première et deuxième places en Amérique Latine l’Argentine (55%) et le Chili (51%). Pour le monde ibéro-américain, l’Espagne est en tête avec 61%.

Croissance du nombre de Libraires du Sud au Venezuela (2000-2008). Ces librairies généralistes offrent à bas prix des titres en tout genre et pour tous les âges, l’accent étant mis sur la littérature nationale et latino-américaine. Site : http://libreriasdelsur.gob.ve/nuevositio/

L’étude du comportement du lecteur réalisé par le CENAL (Centre national du livre) apporte des conclusions intéressantes dans le contexte de transformation culturelle que vit la société vénézuélienne :

- Les femmes lisent plus que les hommes. Elles représentent 55,6% de la population lectrice, pour 44,4% de lecteurs masculins.

- Les jeunes forment le peloton de tête avec 21%, suivis par le groupe des personnes de 45 à 59 ans (20,3%).

- Les couches sociales les plus pauvres sont celles qui concentrent le plus haut pourcentage de lecteurs. Sur le tableau mesurant les strates sociales de haut en bas (1 pour la plus haute et 5 pour la plus basse), la strate numéro 4 réunit 38% des lecteurs.

- 18,2% des personnes interrogées disent avoir reçu des livres offerts par l’État.

- 81,3% des bénéficiaires de ces dons de livres gratuits par l’État disent les avoir lus.

- 71,2 % considèrent que l’État remplit sa fonction de promouvoir l’habitude de lire.

- 32,3% des personnes interrogées ont répondu qu’elles lisaient plus qu’il y a trois ans.

- Lire occupe le quart du temps libre.

- Les personnes interrogées expliquent que lire n’est pas un geste utilitaire, mais un plaisir.

On sait que l’usage du livre et de l’écriture font partie des formes par lesquelles les sociétés établissent les cartes du savoir, du pouvoir et de la reproduction symbolique et culturelle. Dans notre société vénézuélienne, le livre est devenu un objet culturel dominant pour faire circuler le savoir et la connaissance, alors qu’il était utilisé auparavant comme dispositif de discrimination et d’exclusion.

Le livre et la lecture durant le cycle du pouvoir “puntofijiste” [1] représentait un signe de pouvoir des élites , un dispositif auquel n’accédaient que les élites. On ne peut sous-estimer l’impact sur les logiques de connaissance et de reproduction culturelle qu’a eu le fait que notre population connaisse la télévision avant le livre. Pas plus qu’on ne peut ignorer le projet social de la bourgeoisie vénézuélienne et les taux élevés d’analphabétisme qui existaient dans notre société.

La révolution bolivarienne est arrivée pour redistribuer les lieux de pouvoir, pour garantir le pouvoir du peuple. Un lieu fondamental du pouvoir populaire est la connaissance. C’est pourquoi la révolution instaure un processus de bataille culturelle dans laquelle l’alphabétisation s’accompagne d’un processus croissant de scolarisation, tout en créant parallèlement les structures nécessaires pour garantir à la population l’accès au livre comme dispositif culturel et pour qu’il puisse jouer son rôle transformateur.

La création et le renforcement d’instruments stratégiques comme les maisons d’édition et la fondation de l’Imprimerie Nationale de la Culture, ont été accompagnés d’un vigoureux processus de création de canaux de distribution et de liens directs avec les populations : c’est dans cette direction que se sont renforcés les processus de promotion de la lecture, des Fêtes du Livre et des Librairies du Sud.

Les Librairies du Sud ont cherché à dépasser le rôle de simples espaces de vente de livres pour devenir des centres culturels destinés à démocratiser l’accès au livre. La révolution bolivarienne a triplé le nombre de ces Librairies en portant leur nombre de 16 en l’an 2000 à 51 en 2008.

Quelque chose de fondamental a changé au Venezuela dans la façon de comprendre la culture. Aujourd’hui nous sommes loin de penser la culture comme le bon plaisir des élites ou sous la pure acception des Beaux Arts. Nous voyons à présent la culture comme l’ensemble de toutes les expressions matérielles et symboliques de la personnalité et de la conscience du peuple en révolution et comme un projet nouveau d’identité nationale multiculturelle.

Aujourd’hui notre population élève son capital culturel et symbolique, en pariant sur la construction de l’« homme nouveau » comme levier de la réalisation d’une nouvelle société socialiste.


Jesse Chacón est directeur de la Fondation GIS XXI (www.gisxxi.org)

Source (espagnol :) http://www.gisxxi.org/articulos/venezuela-tercer-pais-de-america-latina-con-mas-lectores-de-libros-jesse-chacon-gisxxi/

Traduction : Thierry Deronne, pour www.venezuelainfos.wordpress.com

responsabilite


[1le “puntofijisme” est un pacte signé en 1958 à Punto Fijo entre deux partis dominants (social-chrétien et social-démocrate) pour occuper en alternance le gouvernement et l´État sans en modifier les structures – NdT.

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