Accueil > Français > Amérique latine et Caraïbes > BRÉSIL - L’avancée de la criminalisation n’arrêtera pas notre mission  (...)

Note publique

BRÉSIL - L’avancée de la criminalisation n’arrêtera pas notre mission !

Direction nationale de la CPT

mardi 3 avril 2018, mis en ligne par Dial

Dorothy vit et nous exigeons la liberté pour le Père Amaro !

Goiânia, Brazil, le 28 mars 2018.

La Commission pastorale de la Terre (CPT) a eu la surprise d’apprendre hier (27 mars) l’arrestation du Père José Amaro Lopes de Sousa, à Anapu, dans l’État du Pará.

Le Père Amaro fait partie de l’équipe pastorale de la Prélature du Xingu et de l’équipe de la CPT à laquelle appartenait la Sœur Dorothy Stang, assassinée en 2005 à Anapu, dans le cadre de la lutte pour le droit à la terre pour ceux qui en ont besoin, et pour la défense d’une coexistence harmonieuse avec la nature. C’est pour cela qu’elle a lutté sans repos, obstinément, afin de mettre en œuvre de Projets de développement durable (dont l’acronyme en portugais est : PDS).

Le Père Amaro et les Sœurs de Notre-Dame de Namur (Congrégation de la Sœur Dorothy) ont continué à soutenir les communautés en lutte pour la terre et un PDS, comme l’avait fait Dorothy. Au cours de ces 13 années depuis la mort de Dorothy, ils ont affronté toutes sortes d’attaques et de menaces. À partir de 2001 et tout au long des années qui ont suivi, le Centre de Documentation de la CPT (Centre Dom Tomás Balduino), a enregistré diverses menaces de mort contre le Père Amaro.

L’arrestation du Père Amaro est une mesure qui vient satisfaire la fureur des propriétaires fonciers de la région dans leur volonté de détruire de toutes les manières possibles le travail de la CPT et de démoraliser ceux qui combattent aux côtés des petits pour la garantie de leurs droits. Elle s’inscrit dans le contexte d’un scénario national dans lequel les secteurs « ruralistes » dictent les orientations de la politique brésilienne.

Le Père Amaro est accusé d’une série de crimes tels que : « diriger une association criminelle en vue de commettre des délits tels que : menace contre des personnes, appropriation illégale de terres, extorsion, harcèlement sexuel, offense à la pudeur, contrainte illégale, et blanchiment d’argent ».

Jusqu’à présent, nous n’avons pas eu accès à l’enquête de police qui a donné lieu au mandat d’arrêt, mais nous avons des raisons de soupçonner qu’il y a eu une action orchestrée pour réunir des éléments – dont la teneur nous est inconnue – qui puissent fonder un arrêt de mise en détention. Le mandat d’arrêt n’est pas appuyé sur des faits concrets mais sur des témoignages de fermiers et d’autres personnes disposées à témoigner contre le prêtre.

Ce qui est frappant, c’est qu’une grande partie de l’enquête, selon ce qui apparaît dans le mandat d’arrêt, a commencé à être élaborée à partir de l’arrestation d’un chauffeur qui avait travaillé avec le Père Amaro en janvier dernier. Plusieurs des déclarations citées dans le mandat d’arrêt commencent pratiquement par l’affirmation de que, ayant appris l’arrestation de ce chauffeur, chacun de ces témoins a décidé de se présenter au poste de police pour ajouter des informations sur l’action du Père Amaro. Celui-ci est présenté comme le grand leader et incitateur des occupations de terres dans la commune d’Anapu. Il est également incriminé, d’avoir suscité l’assassinat de diverses personnes, dans le but de pouvoir caractériser la région comme étant un foyer de conflits de terre. Avant de décréter l’arrestation du prêtre, la Juge n’a même pas pris l’avis du Ministère Public.

L’État du Pará est historiquement connu pour les conflits qui, dans les campagnes, se traduisent chaque année par des menaces, la mise en esclavage et l’assassinat de dizaines d’hommes et de femmes. Le scénario d’Anapu n’est pas différent. La Sœur Dorothy, le Père Amaro et les Sœurs de Notre-Dame de Namur ont mis leur vie au service de personnes que l’État a abandonnées à leur sort. Grâce à leur action, des PDS ont été créés comme alternatives de développement durable. Ceci a permis de transformer des terres, généralement publiques mais indûment appropriées par une poignée de fermiers, en un projet agricole qui puisse à la fois garantir la subsistance des familles et fournir des aliments aux gens de la ville, tout en préservant l’environnement, autant qu’il est possible. Il s’agit d’une nouvelle manière de vivre la relation avec la terre, une nouvelle proposition de société, et cela dérange ceux qui ont des intérêts qu’il importe de maintenir dans l’ombre. Dorothy a été non seulement assassinée sur cette terre-là : c’est en cette terre qu’elle a été plantée. Sa lutte a continué et continuera par les mains de toutes ces femmes et tous ces hommes de la terre, et par celles du Père Amaro, et par le travail des organisations de base, de la CPT et de tous les pauvres qui, au jour-le-jour, résistent courageusement sur le terrain.

Comme disent de lui les religieuses qui travaillent avec le Père Amaro, « c’est un défenseur infatigable des droits de l’homme et pour cela il est haï par ceux qui exploitent la région et ceux qui couvrent leurs crimes. Il y a longtemps qu’il reçoit des menaces de mort de la part de grands propriétaires, de ceux qui prétendent s’approprier de forme criminelle les terres du domaine public pour les exploiter à leur guise, au prix de l’expulsion des gens qui ont besoin de la terre pour survivre. »

Nous faisons notre la préoccupation des religieuses quant au fait que le Père Amaro a été « conduit à la prison d’Altamira, puisque c’est dans cette même prison que se trouve “Taradão”, commanditaire du meurtre de Dorothy. Cela met en grave danger la vie du Père Amaro. »

Le Directoire et la Coordination nationale de la CPT dénoncent cette stratégie qui consiste à attaquer ceux qui soutiennent le droit des paysans et paysannes à se battre pour une terre et pour des conditions de vie dignes, et qui, comme le demande le Pape François, ne craignent pas de mettre les pieds dans la boue pour être avec ceux qui sont injustement dépouillés de leurs droits et de la dignité dus à toute personne humaine.

Les opinions exprimées dans les articles et les commentaires sont de la seule responsabilité de leurs auteur-e-s. Elles ne reflètent pas nécessairement celles des rédactions de Dial ou Alterinfos. Tout commentaire injurieux ou insultant sera supprimé sans préavis. AlterInfos est un média pluriel, avec une sensibilité de gauche. Il cherche à se faire l’écho de projets et de luttes émancipatrices. Les commentaires dont la perspective semble aller dans le sens contraire de cet objectif ne seront pas publiés ici, mais ils trouveront sûrement un autre espace pour le faire sur la toile.

Messages

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.