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DIAL 2579

ARGENTINE - Quelques signes positifs dans une économie en débâcle

Marcela Valente

dimanche 1er septembre 2002, mis en ligne par Dial

En Argentine, on aurait plutôt tendance à penser que tout va mal. Il est vrai que, sous de nombreux aspects, la situation est dramatique. Mais il convient de noter aussi les quelques éléments positifs qui apparaissent progressivement. Le début d’une reprise industrielle partielle, grâce à la suppression de la parité du peso avec le dollar, en est un. Article de Marcela Valente, paru dans IPS, le 13 juillet 2002.


Les secteurs de la chaussure, du textile, des jouets et des pneumatiques furent, dans les années 90, mis en difficulté par l’invasion de produits importés profitant de la parité du peso avec le dollar qu’avait imposée la loi. Mais la libération du change en janvier a modifié les conditions : un dollar vaut maintenant 3,60 pesos.

Les principaux bénéficiaires en ont été les exportateurs, qui reçoivent désormais davantage de pesos pour leurs ventes. C’est le cas des producteurs dans les domaines de l’agriculture et de l’élevage, de la pêche et du pétrole. Mais les petits industriels qui approvisionnent le marché interne ont aussi été favorisés par la baisse des importations.

Le marché intérieur est marqué par une quantité croissante de commerces qui ferment leurs portes du fait de la chute des ventes. Mais ceux qui résistent ont modifié complètement leurs sources d’approvisionnement : là où dominaient auparavant les importations, prévalent désormais les produits nationaux.

Le président de la Chambre d’industrie de la chaussure, Carlos Bueno, déclarait à IPS que dans les années 80 le secteur produisait entre 110 et 115 millions de paires de chaussures par an. La concurrence des produits importés provoqua ensuite une chute de la production nationale.

En 2001, la production fut de seulement 36,5 millions de paires. « 58 % de la consommation totale venait de la production nationale, et 42 % était importé » explique Bueno, précisant que « deux tiers des paires de chaussures importées venaient du Brésil ».

La situation était devenue vraiment critique pour le secteur, et à la fin de l’année 2001, les chefs d’entreprise et leurs employés entassèrent des milliers de paires de chaussures devant la chancellerie lors d’une bruyante manifestation.

Bueno remarquait : « Notre capacité de production était alors stoppée à 90 % ; en janvier le taux d’inactivité atteignait les 95 %, et c’est seulement alors que s’est amorcée la reprise de la production, venant se substituer aux importations qui ont virtuellement disparu du marché ».

Mais 60 % de la capacité de production de l’industrie de la chaussure est encore paralysée. Le manque de consommateurs locaux et de crédits du fait de la crise financière prive le secteur de l’impulsion dont il aurait besoin pour fonctionner à plein régime.

Ces problèmes, communs à l’ensemble de l’activité économique, obligent la production à tourner au ralenti. Malgré la dépréciation du peso, la production manufacturière a baissé, d’après l’Institut national des statistiques et des recensements (INDEC), de presque 16 % au cours des cinq premiers mois de l’année par rapport à 2001.

Mais la débâcle de l’économie, considérée mois par mois, s’est ralentie et une « reprise » s’amorce. Si la chute était de 19 % entre janvier 2001 et janvier 2002, elle n’est plus que de 12 % entre mai 2001 et mai 2002.

L’INDEC considère qu’il faudrait aussi, pour que l’impact soit plus important en termes macroéconomiques, une reprise des secteurs de l’automobile, de la construction et des services, qui sont encore très affectés par la récession et la crise du système bancaire.

L’Argentine subit une grave crise économique et financière qui associe quatre années de récession, un taux de chômage supérieur à 23 % et une dette publique volumineuse. La moitié des 37 millions d’habitants est touchée par la pauvreté et des millions d’épargnants subissent des restrictions concernant le retrait de leur argent dans les banques.

Bueno signale que la consommation intérieure de chaussures a chuté de 30 % depuis janvier : « les gens achètent seulement à manger ». Les industriels compensent cependant cette perte par des exportations vers les marchés latino-américains qu’ils avaient abandonnés dans les années 90 et vers d’autres, nouveaux, en Europe, aux États-Unis ou en Chine. « Nous avons calculé, déclare-t-il, que notre croissance sera, cette année, de 7 % et encore supérieure en 2003. »

De la même manière, l’industrie textile, qui avait arrêté la production, a remis ses machines en marche. En 2001, presque 55 % des ventes nationales dans ce secteur provenaient de l’extérieur. En mai, la proportion est tombée à 8 % et se maintient désormais à ce niveau. Les problèmes du secteur textile sont les mêmes que ceux de l’industrie de la chaussure : manque de crédits et chute du marché intérieur. Malgré cela, la hausse de la production est nette et pourrait atteindre 20 % cette année par rapport à 2001 ; les ventes à des pays très compétitifs dans le secteur, comme l’Inde, sont également en hausse.

On retrouve le même schéma pour la fabrication des pneumatiques, du verre, des couches, jetables ou non, des produits chimiques et pharmaceutiques, des instruments de musique, des meubles et des cosmétiques, et pour la production du vin. Le marché est réduit et le financement manque, mais pour beaucoup, il est quand même intéressant de remettre en marche la production.

95 % des jouets qui se vendaient l’année dernière sur le marché intérieur étaient importés. Aujourd’hui, la situation est tout autre. Les enfants et les adolescents doivent s’habituer aux changements de marque : « à la place de la poupée Barbie, que est hors de prix, nous avons maintenant la Nancy, de fabrication locale », déclarait un vendeur à IPS. Les fabricants, qui avaient transformés leurs locaux en dépôts de produits importés destinés à la vente dans le commerce, ont opéré un changement de marchandise et de stratégie : ils préfèrent désormais produire au lieu d’importer, même si les ventes sont, comme dans les autres secteurs, faibles ou nulles. César Vilella, de l’importateur Julytoys, disait à IPS, qu’il doit vendre maintenant à 4,40 pesos une automobile miniature qu’il vendait à 1,60 en décembre : « les clients qui nous passaient une commande de 1000 pesos et demandaient qu’on la leur envoie, se déplacent désormais eux-mêmes et dépensent seulement 100 pesos ».


- Dial – Diffusion d’information sur l’Amérique latine – D 2579.
- Traduction Dial.
- Source (espagnol) : IPS, le 13 juillet 2002.

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