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DIAL 2665

BRÉSIL - Piratage japonais sur une plante d’Amazonie

mardi 16 septembre 2003, mis en ligne par Dial

La biopiraterie a déjà fait ici l’objet de plusieurs dossiers (cf DIAL D 2487, 2444, 2419, 2303, 2136, 2045). Comme cette pratique est loin de disparaître puisqu’elle est la promesse d’un enrichissement considérable pour les prédateurs, il importe de montrer, sans se lasser, la diversité des produits qui sont ainsi dérobés aux droits légitimes des peuples indigènes et, tout simplement, de l’humanité. On trouvera ci-dessous quelques éléments concernant les tentatives de possession, par brevet interposé, d’une plante amazonienne par une entreprise japonaise. Information recueillie dans ADITAL, 23 avril 2003 et sur le site du Amazonlink.


Des organisations d’Amazonie protestent contre le brevet sur le cupuaçu
Comment quelqu’un peut-il obtenir un droit de propriété sur le nom d’un fruit ? Cette question traduit l’indignation des communautés traditionnelles d’Amazonie devant l’enregistrement du nom cupuaçu comme marque déposée par l’entreprise japonaise Asahi Foods. Le Groupe de travail amazonien (GTA) est parvenu à entamer un procès auprès de la justice japonaise pour contester le dépôt de la marque sous le nom du cupuaçu et défendre le patrimoine culturel des peuples de la forêt.

Des organisations d’Amazonie, parmi lesquelles le GTA, Amazonlink et Greenpeace, ont protesté ce samedi 19 avril contre le dépôt du nom cupuaçu, qui lèse les petits exportateurs de ce fruit en Amazonie. La Fête du cupuaçu, qui se tient traditionnellement tous les ans dans la ville de président Figueirero, dans l’État d’Amazonas, a été le lieu du lancement d’une campagne menée par le GTA contre la biopiraterie. Tous ont été invités à appuyer cette campagne en inscrivant leur nom sur une immense banderole avec le message : « Le cupuaçu est à nous ».

« L’objectif de la campagne est d’obtenir une législation brésilienne adaptée à la défense des savoirs traditionnels et indigènes, comme les formules utilisées ou les semences locales », a déclaré Adilson Vieira, secrétaire exécutif du GTA. « Nous voulons que le Brésil adopte une attitude ferme contre les brevets sur l’être vivant dans les délibérations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et des Nations unies ».
Le procès ouvert à Tokyo, au Japon, doit durer huit ou neuf mois, en suivant la procédure nécessaire pour prouver que la marque déposée par l’entreprise Asahi Foods ne concerne pas une identité spécifique comme doivent le faire les marques, mais qu’elle utilise un mot indigène qui désigne le fruit lui-même pour la population brésilienne.
« L’Amazonie brésilienne possède une biodiversité aussi grande que mal connue. Il est inacceptable que notre patrimoine continue à être exploitée sans que le bénéfice en revienne aux populations traditionnelles, qui maintiennent l’intégrité de la forêt », a déclaré Paulo Adário, coordinateur de la campagne « Amazonie » de Greenpeace.
Le réseau GTA est une union de 513 groupes de populations de la forêt (pécheurs, indigènes, familles d’agriculteurs, défenseurs de l’environnement, femmes, conseillers techniques, entre autres), qui depuis 1992 revendique l’adoption de politiques publiques orientées vers le développement équitable et durable de l’Amazonie brésilienne.

On peut obtenir des informations complémentaires sur la campagne contre la biopiraterie sur le site de Amazonlink

Adital

***

L’affaire du cupuaçu

Le cupuaçu (theobroma grandiflorum) est un arbre de taille petite ou moyenne qui appartient à la même famille que le cacao et peut atteindre 20 mètres de hauteur. Le fruit du cupuaçu a été une source de l’alimentation dans la forêt amazone tant pour les populations indigènes que pour les animaux. La réputation de ce fruit est due à sa pulpe crémeuse de saveur exotique. La pulpe est utilisée dans tout le Brésil et au Pérou pour faire des jus de fruits, des sorbets, des gelées et des gâteaux. Le fruit mûrit pendant la saison pluvieuse, de janvier à avril, et on l’emploie comme ingrédient de choix dans la cuisine des villes sud-américaines où la demande dépasse l’offre.

Utilisation traditionnelle

Les peuples indigènes et les communautés locales des rives de l’Amazone ont cultivé le cupuaçu comme source d’alimentation depuis des générations. Dans les temps anciens, les graines de cupuaçu faisaient l’objet d’un commerce le long du Rio Negro et de l’Orénoque où le jus de cupuaçu, une fois béni par le médecin traditionnel de la tribu, était utilisé pour faciliter les naissances difficiles. Le peuple Tikuna emploie les graines de cupuaçu pour soulager les douleurs abdominales.

Intérêt économique – Chocolat au cupuaçu

La valeur relativement élevée sur le marché (2 à 4 dollars par kilo) de la pulpe du fruit qui est utilisée dans la fabrication de produits frais, rend la culture de l’arbre cupuaçu de plus en plus intéressante.

A côté de l’utilisation de la pulpe, les caractéristiques du fruit, similaires à celles du cacao (theobroma cacao L.), permettent aussi l’emploi des graines de T. grandiflorum (environ 20% du poids du fruit), pour la fabrication d’une sorte de chocolat.

Des initiatives sont nées dans diverses régions du Brésil pour développer le chocolat de cupuaçu, appelé également cupulate.
Au Japon, ce chocolat est déjà produit et commercialisé.
Dans la période des 4 premiers mois de 2002, l’État d’Amazonas a exporté vers le Japon 50 tonnes de graines de cupuaçu.

On prévoit que les Japonais achèteront l’an prochain environ 200 tonnes de graines de cupuaçu destinées à la transformation industrielle. A nouveau nous acceptons, et pire encore, nous nous laissons enfermer dans le rôle mineur d’exportateurs de matière première.

Cupulate : invention d’entreprises japonaises et américaines ?

Différents brevets ont été pris sur l’extraction d’huile à partir de la graine de cupuaçu et sur la production de chocolat de cupuaçu (cf. tableau ci-après). Presque tous ces brevets ont été déposés par la société Asahi Foods Co, Ltd, de Kyoto, Japon.

Le soi-disant inventeur, M. Nagasawa Makoto, est en même temps directeur de Asahi Foods et propriétaire de l’entreprise américaine Cupuaçu International Inc., qui détient un autre brevet mondial sur le traitement de la graine de cupuaçu.

Cupuaçu et cupulate, deux marques déposées au Japon, en Europe et aux États-Unis

Parallèlement à ces brevets, Asahi Foods Co, Ltd a enregistré le nom cupuaçu comme une marque déposée pour différentes catégories de produits (y compris le chocolat), au Japon, dans l’Union européenne et aux États-Unis.

Nous avons appris qu’en Allemagne les avocats d’Asahi Foods Co, Ltd ont menacé d’une amende de 10 000 dollars une autre société (également détentrice de la marque), qui commercialise une gelée de cupuaçu, parce qu’elle utilisait le mot cupuaçu sur les étiquettes de son produit. En plus du mot cupuaçu, Asahi Foods Co, Ldt a aussi déposé le mot cupulate dans l’Union européenne et le Japon.
Enfin un différend a surgi sur les droits d’usage du mot cupuaçu pour désigner certains produits. Quand elle a étudié les possibilités d’exportation de bonbons et autres produits dérivés du cupuaçu vers l’Allemagne,l’ONG Amazonlink s’est vue enjointe d’éviter toute utilisation du mot cupuaçu.

Source : Amazonlink


Brevet sur le cupuaçu

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Untitled Document
Déposé par Lieu du dépôt Date de publication Intitulé

The Body shop International Pic

Royaume Uni

05/08/1998 Composition cosmétique comprenant de
l'extrait de cupuaçu.
Asahi Foods Co, Ltd

Japon 30/10/2001 Lipides extraits du cupuaçu – Procédé d'extraction et utilisation.
Asahi Foods Co, Ltd Japon 18/12/2001 Huile et matière grasse dérivées de la graine du cupuaçu –Theobroma grandiflorum, procédé d'extraction et utilisation.
Asahi Foods Co,
Ltd
Union
Européenne
03/07/2002 Matière grasse provenant de la graine de cupuaçu, procédé d'extraction et utilisation.
Asahi Foods Co,
Ltd
OMPImondial
03/07/2002 Matière grasse provenant de la graine de cupuaçu, procédé d'extraction et utilisation.
Cupuaçu
International Inc.
OMPImondial
17/10/2002
Matière grasse provenant de graine du cupuaçu, procédé d'extraction et utilisation.

NB. Nous ignorons si, et dans quelle mesure, le terme de « biopiraterie » peut s’appliquer à chacun
des détenteurs de brevets et marques mentionnés ci-dessus. Mais nous jugeons discutable la pratique
consistant à faire breveter des plantes et des modes de culture traditionnellement utilisés par
les communautés d’Amazonie, et l’enregistrement de leurs noms comme marques déposées, et nous
invitons les détenteurs de ces droits à défendre leur position en présentant leurs arguments.
Amazonlink, pour sa part, dénie toute responsabilité pour toute erreur ou omission dans les informations
fournies sur ce site.
Amazonlink


  • Dial – Diffusion d’information sur l’Amérique latine – D 2665.
  • Traduction Dial.
  • Source (portugais) : voir à la fin de chaque texte.

En cas de reproduction, mentionner la source francaise (Dial) et l’adresse internet de l’article.

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