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DIAL 2632

AMÉRIQUE LATINE - Ministères indigènes : quelques expériences latino-américaines

Eleazar Lopez Hernandez

mardi 1er avril 2003, mis en ligne par Dial

Des Églises locales indigènes ont une expérience intéressante dans la création de ministères adaptés à leurs besoins et à leurs cultures. C’est particulièrement le cas de Verapaz au Guatemala et de Riobamba en Équateur. Par exemple, les « catéchistes » - mot qui a peu de choses à voir avec ce que nous nommons ici par ce terme - sont des laïcs qui guident la vie des communautés et dont le ministère s’étend au plan religieux mais aussi économique, social, culturel : ce sont des leaders de communautés. Article de Eleazar Lopez Hernandez, prêtre mexicain zapotèque, paru dans la Revista CLAR, plubliée par la Confédération latino-américaine des religieux et religieuses, novembre-décembre 2002.


Les ministères autochtones sont la préoccupation de toute l’Église

Les services ou ministères autochtones font partie de l’émergence des Églises particulières autochtones, que le Concile Vatican II a mentionnés dans le document Ad Gentes. L’action missionnaire engendre des Églises nouvelles qui communient dans la même foi chrétienne, mais ont leur identité propre. Pour cette raison, le travail missionnaire ne se réduit pas à copier les ministères tels qu’ils sont vécus dans l’Église d’origine, mais il consiste à créer ceux qui sont nécessaires et adaptés à la vie de foi de cette nouvelle Église particulière.

L’inculturation de l’Évangile a comme point de départ les « semences du Verbe » [1], semées par Dieu dans chaque culture et population évangélisée. Aider à la germination et maturation de ces semences du Verbe implique nécessairement la promotion des ministères autochtones.

Il y a beaucoup d’expériences en matières de ministères

Pour les ministères indigènes dans l’Église, il existe beaucoup d’éléments communs dans la recherche, mais chaque expérience a des caractéristiques qui la rendent différente : par le contexte socio-économique, par la force de résistance qui existe dans les communautés, par le dynamisme pastoral des serviteurs ecclésiaux, etc. Je soulignerai quelques points sur les expériences décrites dans le livre que le Centre national pour les missions indigènes a édité concernant les ministères indigènes en 1993 et que nous rappelons ici brièvement.

Verapaz, Guatemala

C’est l’ancien terrain de mission de Fr. Bartolomé de las Casas qui y réalisa un projet alternatif d’évangélisation : sa méthode était de convaincre, non de vaincre par l’épée. Cette évangélisation sans coercition fut menée à bien principalement par des missionnaires laïcs épaulés par des religieux. Le projet fut couronné de succès dans les terres du nord du Guatemala, réputées terres de guerre, qui devinrent, grâce à l’évangélisation, terres de paix, Verapaz.

De la même manière, les Mayas kecchies furent évangélisés, devinrent membres de l’Église et gardèrent leurs cultures et traditions, maintenues par des ministères nouveaux et anciens. La société coloniale respecta ce mode particulier d’exister comme Église et leur autonomie dans leur rapport à la couronne espagnole, pratiquement sans présence de soldats espagnols.

Mais, après l’indépendance, la réforme libérale du président Rufino Barrios jugea impardonnable de laisser cette enclave autonome en marge du nouveau projet de nation guatémaltèque, que lui-même mit en route. En conséquence, considérant la région comme terre entre des mains improductives, alors qu’il visait un développement rapide, il remit les meilleures terres à de grands propriétaires allemands, qui aussitôt chamboulèrent la vie des communautés indigènes. Vint la nuit obscure, dont les effets perdurent encore. Ces hommes et femmes kecchies, qui avaient été libres en vivant de manière autonome et pacifique dans leurs communautés, devinrent des “péons”, pratiquement des esclaves des grands propriétaires allemands. L’ancien service communautaire devint un travail forcé sous contrôle des grands propriétaires. Et le temps s’écoula ainsi. L’Église, préoccupée par la défense de ses propres biens contre la pression des libéraux, ne fit pas grand-chose pour défendre les Kecchies.

Cela jusqu’en 1968 quand l’Église redevient présente à Verapaz et que s’ouvrent des chemins d’espérance, par le truchement des catéchistes formés par l’institution ecclésiale dans le contexte de la rénovation catéchétique introduite par le Concile. Déjà un peu avant, l’Action catholique avait fait naître de l’intérêt pour la participation du laïcat à l’Église guatémaltèque.

Actuellement, il y a près de 9 000 catéchistes ; ce sont eux qui guident la vie des communautés non seulement au plan religieux, mais aussi social, économique, culturel et politique. Compte tenu de la réalité pastorale, on a commencé à recréer les ministères, c’est-à-dire la capacité indigène de se doter des services que la communauté requiert. Voilà le changement substantiel de la réalité dans la région.
L’influence de Verapaz et du Guatemala en général s’est fait sentir jusqu’au Mexique, concrètement au Chiapas (San Cristóbal de Las Casas), qui a développé au maximum le ministère des catéchistes par l’appropriation indigène de ce service, qui s’est enrichi de nouveaux contenus et caractéristiques. Aux catéchistes se sont ajoutés ensuite les tuhuneles ou serviteurs de la parole, puis les prédiacres et les diacres indigènes, qui sont le fondement de l’émergence des Églises autochtones dans la région. Ces nouveaux serviteurs influent non seulement sur le religieux, mais aussi sur la vie de la population à tous les niveaux.

Des processus semblables à ceux du Chiapas et du Guatemala ont commencé à Tehuantepec, Los Mixes, Huautla de Jiménez, Tlapa, Sierra Norte de Puebla et autres diocèses du Mexique. Chacun avec des accents différents selon les conditions pastorales dans lesquelles ils se déroulent.

Riobamba, Équateur

C’est en Équateur en général, et dans la région du Chimborazo en particulier, que la puissance destructrice de la société coloniale d’abord, puis de la société libérale, a totalement défiguré le visage des communautés et des personnes indigènes. Il n’y a là rien qui soit digne de l’être humain, disait Mgr Leonidas Proaño à son arrivée en 1956 dans cette région. Grâce à ce prophète et pasteur des temps modernes, la réalité a peu à peu changé. Deux axes ont étayé ce changement : rendre à l’Indien sa dignité perdue ou niée, et redonner force, dans les ministères ecclésiaux et sociaux, à son rôle historique de protagoniste. L’Église offrit la stimulation, le champ pastoral et la formation requise. Le séminaire indigène de la Sainte-Croix à Riobamba fut le centre de formation et d’habilitation pour ces ministres ou leaders indigènes qui, peu à peu, occupèrent les postes de direction tant au séminaire que dans le champ pastoral des Eglises d’Équateur.

Le résultat, après 30 ans de soutien pastoral, ce sont des hommes et des femmes indigènes qui sont devenus catéchistes, missionnaires et prêtres ou leaders de leurs communautés. A côté des ministères ecclésiaux (« serviteurs de l’Église »), l’Église a constamment donné l’impulsion aux ministères pour le Royaume, c’est-à-dire pour la vie de la population : dans le domaine de l’éducation, de la santé, de l’organisation. C’est ce qui influença grandement le soulèvement indigène de 1990, qui paralysa le pays et rendit possible la reconnaissance de la réalité indigène au niveau national. Il fut ensuite l’inspiration pour d’autres soulèvements indigènes sur le continent.

Quelques conclusions

Les expériences de Riobamba et de Verapaz éclairent bien ce qui peut se faire dans les autres diocèses. Elles sont une référence et un aiguillon pour que nous cherchions, sous la conduite de l’Esprit, le mode d’inculturation de l’Évangile dont les populations de la région ont besoin pour vivre. Il y a sûrement des endroits où ces expériences ont rencontré beaucoup d’obstacles du fait de l’opposition de l’institution ecclésiale ; mais ces obstacles ont disparu grâce à un plus grand soutien du magistère de l’Église.

En outre, ce qui limitait ces expériences (elles sont parties d’une proposition de ministères faite de l’extérieur, que les communautés ont ensuite adaptée à leur propre schéma) disparaît si l’on part d’emblée des ministères existant déjà dans les communautés ; il suffit de se mettre pastoralement au service de ces communautés pour que les ministères deviennent ecclésiaux. Cela peut être le nouvel apport à la recherche de ministères appropriés pour l’Église particulière autochtone de chaque région.


- Dial – Diffusion d’information sur l’Amérique latine – D 2632.
- Traduction Dial.
- Source (espagnol) : Revista CLAR, novembre-décembre 2002.

En cas de reproduction, mentionner la source francaise (Dial) et l’adresse internet de l’article.

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[1Expression traditionnelle signifiant que le Dieu révélé dans la Bible agit et se fait connaître aussi en dehors du monde judéo-chrétien.

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