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DIAL 2543

URUGUAY - Bienvenue Simón !

lundi 1er avril 2002, mis en ligne par Dial

Il y a dix mois, Dial publiait un dossier qui avait pour titre une parole de Sara Méndez : « Je veux en finir avec la recherche interminable de mon fils. » (cf. DIAL, 2484, 1-15 juillet 2001). La recherche de cette femme uruguayenne à qui un militaire avait volé son enfant en 1976 est enfin terminée : elle vient de retrouver son fils Simón à Buenos Aires le 19 mars, après vérification de son identité par une recherche d’ADN. Ci-dessous, on pourra lire divers communiqués, dont celui de Sara Méndez elle-même.


L’examen d’ADN a confirmé l’identité de Simón Riquelo

Finalement, Sara Méndez a reçu aujourd’hui le résultat de l’analyse d’ADN effectuée par la Banque nationale génétique de la ville de Buenos Aires, confirmant que le jeune homme de 25 ans adopté par une famille argentine en 1976 est bien son fils Simón. Sara n’avait pas vu son fils depuis ce 13 juillet 1976 où il lui fut enlevé par le colonel de l’armée uruguayenne José Gavazzo, aujourd’hui en retraite, dans le cadre d’une opération du plan Condor dans la ville de Buenos Aires.

Le jeune homme ne savait pas qu’il était adopté jusqu’à ce que, en ce dimanche 3 mars, ses parents adoptifs lui communiquèrent le secret après que le sénateur Raphaël Michelini ait pris contact avec eux. Le vendredi 8 mars, Sara et son fils eurent un dialogue téléphonique bref mais intense, et ce même jour le jeune homme se rendit à l’hôpital Duran pour faire faire une prise de sang dans le but de réaliser une étude comparative d’ADN.

Dans sa phase finale, la découverte fut le fruit d’un travail patient du sénateur Raphaël Michelini et du journaliste Roger Rodríguez, à partir des données fournies par un membre des groupes argentins de répression que commandait Anibal Gordon, qui agissaient dans le cadre du plan Condor en coordination avec les militaires uruguayens pour séquestrer des exilés politiques et voler des bébés.

Le 13 juillet 1976, le petit Simón, âgé de vingt jours, fut arraché des bras de sa mère par celui qui était alors le major José Gavozzo qui avertit cyniquement Sara : « soyez tranquille, Madame, cette guerre n’est pas une guerre contre les enfants. » Simón fut abandonné ce même jour dans la clinique Norte de la ville de Buenos Aires. De là, il fut ensuite conduit dans un lieu public d’hébergement d’où il fut finalement retiré par sa famille adoptive.

La lutte courageuse de Sara pour retrouver son fils contre vents et marées trouve ainsi une fin heureuse. Simón a été trouvé malgré le silence sadique des coupables et malgré l’inaction complice de tous les gouvernements uruguayens, y compris l’actuel. En effet, le président Battle, qui se manifesta si préoccupé, dans son discours de prise du pouvoir, pour atteindre la paix définitive parmi les Uruguayens, ne bougea pas le petit doigt pour trouver Simón. Ni lui ni sa Commission pour la paix. Ce furent un journaliste courageux et un sénateur responsable qui trouvèrent une piste que l’État uruguayen non seulement ne chercha pas, mais bien plutôt occulta.

Et pour le comble de tout, au moment même où était trouvé Simón, le président Battle affirmait que la publication par le journal La Républica des photos d’une demi-douzaine de militaires tortionnaires fut « une violation de leurs droits humains ». Le président a ainsi créé un nouveau droit humain pour les criminels : « le droit à l’anonymat ». En Uruguay, on ne peut pas juger des militaires et les policiers qui ont volé, torturé, violé, séquestré et assassiné au temps de la dictature. Mais rien n’empêche qu’ils reçoivent la sanction sociale qu’ils méritent. Il nous reste toujours le droit d’exprimer notre dégoût, et nous le ferons quoiqu’il leur en coûte. Et s’il leur en coûte, c’est encore mieux. Ainsi, ils n’ont plus où se cacher.

Comcosur Al Día, 19 mars 2002

Montevideo, Uruguay

***

Sara et Simón : la vérité apparaît, en dépit de l’impunité

La recherche des êtres chers : enfants, parents, petits-enfants, frères, a occupé de longues années de la vie des familles des disparus politiques.

C’est le solde des dictatures qui s’installèrent en Amérique latine dans la décennie des années 70. Le triste solde de la répression et de la violation des droits humains coordonnées dans le tristement célèbre plan Condor, avec des armées intégrées par des individus inhumains et lâches qui, en plus de perpétrer des assassinats, disparitions et pillages ... volaient des enfants.

L’éclaircissement du sort de ces personnes est devenu, dès le premier moment, un objectif impérieux pour les familles et toutes les personnes conscientes de ce qu’ont signifié ces années obscures de dictatures.

Au cours de ce long processus, les gouvernements successifs ont manifesté les attitudes les plus équivoques, en faisant toutes les difficultés possibles ou en mettant en avant des arguments et en menant des actions de disimulation qui n’ont fait que donner des motifs de honte au pays. Ceci est l’autre solde : le plus destructif pour la société et pour le respect des droits humains, le solde de l’impunité qui depuis si longtemps imprègne nos consciences d’injustice et de négation de la vérité.

Le développement des mécanismes qui ne permettent pas l’accès à la vérité et à la justice a pour objectif de garantir l’impunité. À cause de cela, nous soutenons que l’impunité fait partie de l’essence même du terrorisme d’État. Les militaires et Gavazzo ont séquestré Simón, l’ont tué civilement en lui dérobant son identité et son histoire, mais l’impunité a fait subir à Sara une longue histoire de douleur et de frustration.

La lutte menée par les familles durant toutes ces années a été un exemple de dignité et de force qui a été parlant pour la sensibilité de tous. Et c’est une véritable leçon de vie que la lutte de cette mère à laquelle on dérobait un fils qui n’avait que quelques jours de vie en même temps qu’on la frappait. C’est à elle qu’on a menti, qu’on a caché l’information, alors qu’on semait d’embûches le chemin qu’elle parcourait conformément à son droit légitime à la vérité. Merci à toi Sara pour l’exemple qui nous donne des forces.

Bienvenue Simón. Merci de nous redonner l’illusion que la vérité est possible bien qu’on la nie et merci pour le message d’espérance qui nous dit que nombreux sont les êtres dignes et solidaires qui, par bonheur et dans des lieux divers, continuent de travailler et de s’engager dans la défense des valeurs fondamentales de l’être humain.

Communiqué d’Amnesty international (section Uruguay), du Service paix et justice (Uruguay) et du Service de réinsertion sociale (SERSOC)

***

La déclaration de Sara Méndez :« Nous avons retrouvé Simón »

Peu après midi, nous avons été informés par le juge en charge du tribunal national en matière criminelle et correctionnelle n° 7, M. Jorge Urso, et la secrétaire Olga Chavez, que les études d’ADN faites par la Banque nationale de données génétiques de l’hôpital Duran, sous la responsabilité de Mme Di Lonardo, avaient donné un résultat positif à 99,99 %.

C’est dire que le jeune homme dont nous présumions jusqu’à présent qu’il était Simón est bien le fils de Mauricio et de moi-même.

Après être entrée en communication téléphonique avec lui pour lui donner cette information, j’ai parlé avec la presse uruguayenne qui m’attendait à la sortie du tribunal, tentant de faire en sorte que ceux qui ont été très près de nous au cours de cette vaste recherche sachent que cette lutte collective a été fructueuse.

Ceux qui ont partagé avec moi au cours de ces longues années les espérances et les frustrations ont gagné le droit de pouvoir dire aujourd’hui que NOUS avons retrouvé Simón, et de partager la même joie.

Ensemble avec Simón, nous avons aussi trouvé un motif de plus pour raviver le feu des espérances et la foi dans la lutte collective.

Je sens que nous avons gagné une bataille contre l’impunité et, ce qui est plus important, que celle-ci renforce mon engagement à maintenir mon modeste effort pour que cette lumière qui brille aujourd’hui là-même où l’on a voulu maintenir l’obscurité, continue et continue de briller.

Merci à tous, affectueusement.

Sara Méndez, 19 mars 2002

Buenos Aires,


- Dial – Diffusion d’information sur l’Amérique latine – D 2543.
- Traduction Dial.
- Source (espagnol) : voir à la fin de chaque texte.

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