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Lettre du CEFAL n° 66 - septembre 2006

Martyrs d’Argentine : Se souvenir, faire mémoire, célébrer ! Juillet 1976 - juillet 2006

Père Philippe Kloeckner, secrétaire national

samedi 30 septembre 2006, par CEFAL

En ce mois de juillet 2006,
l’Église d’Argentine a eu l’occasion
de célébrer quelquesuns
de ses récents martyrs. Le
CEFAL était invité à ces célébrations
et ne voulait pas manquer
d’être présent pour dire combien
un grand nombre de français
s’associaient à cette démarche.
Notre présence s’inscrivait dans le
cadre des liens étroits de l’Église
de France avec l’Amérique Latine,
et particulièrement, l’Argentine.
Une délégation du diocèse de
Viviers, (Ardèche) composée de
prêtres et de parents de Gabriel
Longueville, a fait aussi le voyage
pour rejoindre les lieux du martyre.

En effet, 30 ans après leur assassinat,
la communauté catholique a
célébré, avec force et ampleur,
ceux qui ont donné leur vie au nom
du Christ. Ils ont voulu suivre le
Christ jusqu’au bout pour le service
de leur peuple et en particulier
des plus pauvres, des plus petits
– vous savez – les éternels oubliés
de la société, les plus démunis,
tous ceux qui sont rejetés d’une
manière ou d’une autre.

Gabriel Longueville

Gabriel Longueville, prêtre diocésain
de Viviers, est un de ces prêtres
« fidei donum » qui a été envoyé
par son diocèse pour se mettre au
service d’une église sœur. Dans le
cas présent, Gabriel partit en
Amérique Latine, en se donnant
totalement, pour de belles années
de vie. Comme tant d’autres dans
l’ensemble du continent, Gabriel
s’est mis corps et âme au service
de cette église de la Rioja dans le
Nord Ouest de l’Argentine, à
quelques 15 heures de bus de
Buenos Aires.

C’est bien la compréhension de
l’Évangile qui a toujours poussé
Gabriel vers les plus marginalisés
de sa paroisse de Chamical. Il
consacrait beaucoup de temps à
tous les pauvres avec une patience
extraordinaire. La formation qu’il leur
donnait, pour qu’ils puissent s’en
sortir eux-mêmes, et la conscience
que ces derniers acquerraient,
contribuèrent à soulever très vite
une vague d’opposition et de protestations
de la part de certains
grands propriétaires terriens désireux
de continuer à exploiter une
population corvéable à merci, courbant
l’échine, silencieuse face aux
injustices subies.

Carlos Murias

Ce Franciscain argentin, qui collaborait
avec Gabriel, sentit lui aussi,
très vite, certains appels très forts
de l’Évangile – nous nous en souvenons
bien ! – « heureux ceux qui
ont faim, soif, sont sans vêtements,
malades, emprisonnés, etc. »
Carlos et Gabriel formèrent un tandem
très vite repéré, dans cette
région de Chamical où tout le
monde se connaît.

Il faut les éliminer

La dictature militaire ne laissa que
peu de temps à vivre à ceux qui
étaient considérés comme des
gêneurs pour leur travail et leur
place en bas de la société. Mais il
y avait plus que cela dans la décision
de tuer ces deux prêtres :
leurs opposants, eux aussi catholiques,
avaient la certitude que ces
prêtres étaient dévoyés dans le
marxisme, perdus pour l’Église et
qu’ils la trahissaient. Le cocktail de
tous ces ingrédients permettait
donc de passer au « nettoyage » !

Gabriel et Carlos savaient qu’ils
mettaient leur vie en danger. Ils
n’ont pas fléchi. Ils ont fait le choix
en conscience de servir le Christ,
dans leurs frères maltraités et
démunis. Ils ne s’imaginaient pas
que les choses iraient aussi vite
et se dérouleraient comme cela
s’est passé. Abattus comme des
chiens, à quelques kilomètres de
Chamical, ils sont restés fidèles
au Christ qu’ils servaient dans le
quotidien de leur existence.
Wenceslao Pedernera, un laïc de
la paroisse a subi le même sort.
(au total dans le pays entre 1976 et
1983 : 2 évêques, plus de 100 prêtres,
religieux et séminaristes
et des MILLIERS de chrétiens
engagés.)

Cette fidélité, aujourd’hui encore,
impressionne beaucoup la population
de Chamical qui garde un
souvenir extraordinaire de ses
pasteurs. Et ce souvenir donne l’occasion
de célébrations, chaque
année, à la date du martyre de
Carlos et de Gabriel. Ce souvenir
Martyrs d’Argentine : se souvenir, faire mémoire, célébrer !
Juillet 1976 – juillet 2006
répété s’est concrétisé dans la
mémoire de toute une région, au
point qu’actuellement, le plus grand
nombre de ceux qui parti-cipent à
ces manifestations civiles et religieuses,
ce sont les jeunes.

Enrique
Angelelli

M o n s e i g n e u r
Enrique Angelelli,
l’évêque du diocèse,
a lui aussi
été assassiné
par les mêmes
militaires, alors
qu’il revenait de la paroisse de
Gabriel, après avoir célébré les
obsèques. Il avait avec lui toute une
documentation sur la vie de ce dernier,
sur ses engagements et son
service des pauvres. Sa mémoire
se perpétue et s’amplifie chaque
année. Sur la route de Chamical à
la Rioja, il y a maintenant un haut
lieu de pèlerinage à l’endroit de l’assassinat
camouflé en « accident ».

Cette année 2006, après la reconnaissance
officielle de l’assassinat
(et non de l’accident) par l’Église
d’Argentine, quelques jours avant
les célébrations, l’Église de la Rioja
a vu comme une reconnaissance,
non seulement du martyre de son
pasteur, mais aussi de la qualité de
son engagement pastoral hors du
commun, mais à l’époque, mal vu
par ses frères évêques.

2006

Cette Église pouvait dignement faire
mémoire de son pasteur ! Vous imaginez
la libération que cela représente
pour cette foule immense de
petits et de pauvres, tant attachés à
cette image de serviteur de l’Évangile.
C’est bien d’ailleurs ce qu’a souligné
l’évêque de Buenos Aires, le cardinal
Bergoglio, cette année, pendant
l’eucharistie à la mémoire de
Mgr Angelelli. En rappelant le lien
étroit entre le pasteur et son peuple.

Nous aimerions, à travers la célébration
de la mémoire de ces martyrs,
sans oublier Alice Domon et
Léonie Duquet, associer tous ceux
et celles qui donnent leur vie, au
nom de leur attachement à l’Évangile
du Christ, allant jusqu’au bout du
possible. Cette mémoire rappelle le
patrimoine inouï constitué par tant
d’hommes et de femmes, offerts au
nom du Christ pour la dignité, la
liberté, la grandeur de l’autre.

Nous voulons faire mémoire parce
qu’ils sont les veilleurs qui nous alertent
encore aujourd’hui sur les menaces
qui pèsent sur notre liberté, notre
foi, notre dignité. Il faut redécouvrir
leurs engagements, leurs réflexions
et leurs méditations pour permettre
encore à chacun de faire les choix
courageux dont notre monde a
besoin ; notre foi va s’en trouver
bousculée, mais c’est afin de vivre
plus intensément et plus authentiquement
notre attachement à la personne
du Christ, à son message et à
l’exemple de sa vie donnée.

Merci à eux car ils nous stimulent
tous dans notre foi et dans toutes
les dimensions de notre existence.
Ils sont une belle image du don à
l’exemple du Christ !


Comité épiscopal France Amérique latine (CEFAL) - Lettre 66 - septembre 2006.

En cas de reproduction, mentionner au moins l’auteur, la source (Lettre du CEFAL) et l’adresse internet de l’article.

responsabilite

Messages

  • Bonjour,

    Je suis une ex prisonnière politique Argentine, résident en France. Je partage avec vous ces bonnes nouvelles. Aujourd’hui commence la exhumation du corps de l’archevêque de la Rioja Angelelli. A fin que les responsables soient tous jugés.

    Martina

    Son alrededor de las 0.30 hs del miercoles 22. Nos dijo un Cumpa que ya iniciaron el laburo de destapar la cripta en donde está el cajon de Angelelli, que sera llevado a la morgue para nuevas pericias.
    Esto es lo que sale en el diario "Nueva Rioja". Un abrazo. Chingolo. LA RIOJA.-

    Policiales / Judiciales
    CRÍMENES DE LA DICTADURA. CAMBIOS DE ÚLTIMA HORA

    Realizan hoy la exhumación del cadáver de Angelelli

    Defensa Civil tenía todo listo para comenzar anoche. El Juzgado Federal decidió que la remoción del féretro de la Cripta de los Obispos se inicie a las 7.00. Ex Presos Políticos convocaron a una vigilia.

    Policiales / Judiciales
    EX PRESOS POLÍTICOS DE LA RIOJA

    “Juicio y castigo para todos los responsables de su asesinato”

    La Asociación de ex Presos Políticos de La Rioja convocó a la población a una vigilia que se realizará desde hoy, a las 8.00 frente a la Iglesia Catedral para acompañar a quien "desde su pastoral popular fue mucho más que un obispo" y "mantener la exigencia de juicio y castigo a todos los responsables de su asesinato".

    El documento de los ex Presos Políticos lleva las firmas de su presidente Héctor Hugaz y del secretario Miguel Godoy, sostuvo que "desde su radicación en La Rioja en 1968, Angelelli conmovió los intereses de una sociedad tradicionalista, con sectores oligárquicos acostumbrados a sus privilegios, puso en estado de asamblea a la iglesia riojana y a través de las semanas pastorales de 1969 y 1970 y cuestionó los privilegios sociales, económicos, la explotación de los obreros, peones rurales, mineros y la usura. La existencia de verdaderos latifundios conviviendo con campesinos sin tierra, la intermediación comercial abusiva".

    "En 1974 y 1975 los cruzados de la fe, como se autodenominaban la conjunción de reaccionarios, mafiosos, empresarios y alcahuetes de la represión recrudecieron su campaña contra Angelelli. El golpe militar del 24 de marzo de 1976 desencadena una represión abierta sobre la Iglesia Riojana y se va estableciendo un cerco sobre el obispo. La detención de los curas Ruiz, Hueyo, Pucheta entre otros, como en el resto del país, particularmente en Buenos Aires, desde mediados de 1976 la dictadura genocida dirige su embate hacia los sectores populares de la iglesia".

    Recordó el documento que "en nuestra provincia el 18 de julio de 1976 un grupo de tareas organizado a partir de la Base Aérea de Chamical asesina a los curas Carlos de Dios Murías y Gabriel Longueville. Siete días más tarde se asesina al laico Wenceslao Pedernera comprometido con los campesinos desde su labor en el movimiento misionero rural".

    "El clamor de Justicia no admite más dilaciones, solamente el juicio y castigo de todos los responsables de estos crímenes de lesa humanidad podrá aportar a la paz y a la democracia que la lucha del pelado, de los curas y del pueblo realizar", concluyó el documento.

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