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DIAL 2724 - Dossier : Cultures transgéniques en Amérique latine

MEXIQUE - La contamination du maïs naturel par le maïs transgénique : un mélange qui donne lieu à de vifs débats

Diego Cevallos

dimanche 16 mai 2004, mis en ligne par Dial

La culture de variétés transgéniques, essentiellement de maïs et de soja, est déjà répandue dans certains pays d’Amérique latine. C’est, par exemple, le cas de l’Argentine en matière de soja. D’autres pays ont décidé l’interdiction de ces cultures, tel le Guatemala et le Venezuela. Dans d’autres encore, les variétés transgéniques sont tolérées, parfois de façon provisoire pour régulariser une situation antérieure comme c’est le cas au Brésil et au Paraguay, ou sont accompagnées de mesures nettement restrictives. Partout le débat a lieu sur la nocivité ou l’inocuité éventuelle de ces cultures pour la santé humaine et la biodiversité. Nous publions plusieurs dossiers relatifs aux cultures transgéniques en Amérique latine aujourd’hui. Des articles particuliers sont consacrés au Mexique [1] et au Brésil [2] et des informations concernant divers autres pays ont été regroupés dans le dernier dossier [3].


Armé de gènes manipulés, le jeune maïs transgénique est arrivé à Mexico sans permission ni invitation pour se mélanger à son cousin naturel, âgé de milliers d’années. Les experts se demandent si la nouvelle graminée représente une menace ou un salut pour le pays.
Pour chercher des réponses, plusieurs d’entre eux se sont réunis le jeudi 11 mars dans l’Etat d’Oaxaca, au sud du Mexique, dans le cadre du processus d’analyse initié en 2002 par la CCA (Commission de coopération pour l’environnement) d’Amérique du Nord qui en juin remettra un rapport complet sur ce sujet.

On ne sait pas encore si ce rapport sera rendu public. Selon les normes de la CCA ce sont les gouvernements membres, Canada, Etats-Unis et Mexique, qui sont aussi les Etats membres de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) qui en décideront.

« Il s’agit d’un sujet épineux qui démontrera jusqu’à quel point la CCA et les gouvernements disposent d’une marge de manœuvre contre les pressions des transnationales qui promeuvent les transgéniques » a dit à l’agence de presse IPS Alejandro Calvillo, directeur du bureau de l’ONG environnementale Greenpeace au Mexique.

Des traces d’ADN de maïs transgénique ont été détectées par des scientifiques dans des plantations de maïs de l’Etat d’Oaxaca en 2001. Quelques experts et les transnationales propriétaires des brevets de cette variété de graminée n’ont pas reconnu cette découverte et ont essayé de la minimiser, mais finalement, elle a été confirmée.

On sait maintenant que dans de petites exploitations d’au moins 8 des 32 Etats du Mexique, le maïs transgénique est présent, bien que cela ne soit pas d’une manière massive. Le mélange s’est produit bien que le gouvernement ait décrété en 1999 un moratoire pour sa culture commerciale.

Quel sera à longue échéance l’effet de ce mélange sur l’environnement en général et le maïs de souche locale en particulier, et son impact sur un mode de vie et une culture encore centrée sur le maïs ? Ces questions donnent lieu à d’intenses débats.

La graminée est plus qu’une simple plante au Mexique, où le maïs est cultivé chaque année sur presque 8,5 millions d’hectares dont 60% appartiennent à des petits agriculteurs qui le sèment pour leur consommation et celle de leur famille.

Avec 9 000 ans d’existence, cette espèce végétale occupe encore une place centrale dans la culture locale. Selon les traditions préhispaniques, le grain, qui fut domestiqué précisément au Mexique, a été utilisé par les dieux pour faire le premier homme sur la terre.

Très ancienne et encore vénérée aujourd’hui, la graminée est maintenant exposée à son cousin transgénique, créé en laboratoire et commercialisé il y a moins de dix ans par des entreprises établies aux Etats-Unis.

Pour le Mexique, « l’invasion du maïs transgénique ou ‘Frankestein’ représente un désastre environnemental et culturel qui doit être arrêté » a dit à IPS Arturo Rivas, du Centre national d’appui aux missions indigènes.

L’importation du maïs génétiquement modifié doit cesser immédiatement, affirment les environnementalistes et les organisations paysannes, mais le gouvernement du président Vicente Fox n’y paraît pas disposé. En octobre le gouvernement a signé un accord avec le Canada et les Etats-Unis qui définit une importation de produits agricoles comme « non transgénique » si elle contient moins de 5% de produits génétiquement modifiés.

Le même document établit que la présence « non intentionnelle » de transgéniques dans une livraison n’est pas une raison suffisante pour signaler, par une étiquette, qu’il « peut en contenir ».

L’accord va bien au-delà de ce qui a été décidé dans le Protocole de Cartagène sur la biosécurité, en vigueur depuis septembre 2003, dont l’objectif est de réguler, « conformément au principe de précaution », le mouvement transfrontalier de transgéniques, mais dont il faut encore affiner les détails.

Pour le scientifique mexicain Luis Herrera, que l’on considère comme l’un des pères de la biogénétique, l’introduction des transgéniques est irréversible pour le Mexique et pour le monde.

Ce que le pays doit faire, c’est contrôler, utiliser et développer sa propre version de maïs transgénique, tout en continuant à impulser les technologies traditionnelles, a-t-il dit à IPS.

On a incorporé à ce maïs du matériel génétique, y compris d’autres espèces, pour le rendre résistant à certaines maladies ou herbicides, avoir une haute productivité et être adaptable à diverses conditions de culture.

Les brevets de maïs et autres transgéniques développés à des fins commerciales appartiennent à une poignée de transnationales, auxquelles les paysans doivent payer les semences, s’ils ne veulent pas être poursuivis. Mais de toute évidence, les paysans mexicains n’ont pas cultivé le maïs transgénique volontairement.

Les scientifiques supposent que le pollen de maïs transgénique s’est déplacé dans l’air depuis les exploitations expérimentales, ou que des semences de cette espèce ont été importées des Etats-Unis et semées sans savoir ce dont il s’agissait.

59% des terres cultivées du Mexique sont occupées par le maïs, avec une production de 19 299 tonnes annuelles, mais la demande interne est beaucoup plus grande. En 2000 et 2001, le pays a importé cinq millions de tonnes de maïs en provenance des Etats-Unis, dont près de 25 % a été du transgénique, selon les environnementalistes. Une partie du maïs importé arrive aux agriculteurs à travers des programmes sociaux du gouvernement et une autre partie est achetée par des entreprises qui l’utilisent pour la production industrielle.

Sur la « contamination » (selon les environnementalistes) ou « le mélange enrichissant » (selon les transnationales), les points de vue sont diamétralement opposés.

Des militants de l’environnement assurent que les transgéniques marqueront la fin de la riche biodiversité mexicaine et même du mode de vie de milliers de paysans, alors que les producteurs de semences génétiquement modifiées affirment qu’ils ne feront qu’enrichir la variété du maïs autochtone et que son impact sur l’environnement ne sera pas important.

Même à l’ONU il y a des divergences.

Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) signale que les transgéniques doivent être considérés comme une option valable pour combattre la faim dans le monde, alors que son frère, le Programme des Nations unies pour l’environnement parle de « contamination » transgénique et recommande d’adopter cette technologie avec précaution.

Au delà de la polémique, il est clair pour les scientifiques que les gènes des transgéniques pourraient se mêler à un nombre considérable d’espèces de plantes, ce qui pourrait avoir un impact important sur la riche biodiversité du Mexique.

Des porte-parole de la CCA ont indiqué à IPS que son rapport, à l’élaboration duquel participent des experts de plusieurs pays, tiendra compte sans préjugés de tous les points de vue.

Quant aux normes de cette commission, les conclusions auxquelles elle arrivera n’auront pas de caractère contraignant, mais si elles sont diffusées elles seront sûrement utilisées comme de puissants arguments tant par les promoteurs que par les détracteurs des transgéniques.


- Dial – Diffusion d’information sur l’Amérique latine – D 2724.
- Traduction Dial.
- Source (espagnol) : IPS, 11 mars 2004.

En cas de reproduction, mentionner au moins l’auteur, la source française (Dial) et l’adresse internet de l’article.

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