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DIAL 2929 - Déclaration finale du troisième Sommet continental des peuples et nationalités indiennes de l’Abya Yala

AMÉRIQUE LATINE - Déclaration de Iximche’

mardi 1er mai 2007, mis en ligne par Dial

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Le troisième Sommet continental des peuples indiens s’est déroulé fin mars dans les ruines d’Iximche’, ancienne capitale maya, en présence d’Evo Morales, le président bolivien. Après l’élection de ce dernier en décembre 2005, le paysage politique des luttes indiennes a évolué et ce sommet renvoie donc à des enjeux politiques importants. Il a d’ailleurs été marqué par l’annonce de la candidature à la présidence de la République du Guatemala de Rigoberta Menchu [1], un autre symbole de la lutte indienne, qui a provoqué de nombreux débats. Les revendications indiennes, dans le contexte actuel, trouvent une résonnance nouvelle.


Nous, fils et filles des peuples et nationalités indiennes originaires du continent, autoconvoqués et réunis pour le IIIe Sommet continental des peuples et nationalités indiennes de l’Abya Yala, qui s’est déroulé à Iximche’, Guatemala, des jours oxlajuj Aq’abal, treize forces de l’esprit de l’aurore (26 mars) à kají kej, quatre forces de l’esprit du Cerf (30 mars) :

Nous réaffirmons la Déclaration de Teotihuacan (Mexique, 2000) et la Déclaration de Kito (Équateur, 2004) ; nous ratifions nos principes millénaires : complémentarité, réciprocité et dualité, et notre lutte pour le droit au territoire, la Mère Nature, l’autonomie et la libre détermination des peuples indiens, et annonçons la renaissance continentale de Pachacutik (le retour), à la clôture du Oxlajuj Baq’tun, long décompte de 5200 ans passés à nous rapprocher des portes du nouveau Baq’tun et à nous mettre en marche pour faire de l’Abya Yala une « terre pleine de vie ».

Nous avons vécu des siècles de colonisation, et aujourd’hui l’imposition de politiques néolibérales, dites de globalisation, qui continuent de conduire à nous dépouiller et à piller nos territoires, en prenant le pouvoir sur tous les espaces et lieux de vie des peuples indiens, en causant la dégradation de la Mère Nature, la pauvreté et la migration, du fait de l’intrusion systématique dans la souveraineté des peuples d’entreprises multinationales en complicité avec les gouvernements.

Nous nous préparons à recevoir et à affronter les défis qu’exigent les temps nouveaux, pour cela nous déclarons :

Renforcer le processus d’alliance entre les peuples indiens, et entre les peuples indiens et les mouvements sociaux du continent et du monde qui permettent de faire face aux politiques néolibérales et à toutes les formes d’oppressions.

Responsabiliser les gouvernements face au dépouillement permanent des territoires et à l’extinction des peuples indiens du continent, à cause des pratiques génocidaires et impunies des multinationales, ainsi que du peu de volonté des Nations unies pour faire vivre la Déclaration des droits des peuples indiens et pour garantir le plein respect de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Ratifier notre droit ancestral et historique au territoire et aux biens communs de la Mère Nature, et réaffirmer son caractère inaliénable, imprescriptible, inexpropriable, et auquel on ne renoncera pas même au prix de nos vies.

Consolider les processus enclenchés pour fortifier la refondation des États-nations et la construction d’États plurinationaux et de sociétés interculturelles à travers des Assemblées constituantes dotées d’une représentation directe des peuples et nationalités indiennes.

Avancer dans l’exercice du droit à l’autonomie et à la libre détermination des peuples indiens, et cela même en l’absence d’une reconnaissance légale des États-nations.

Ratifier le rejet des Accords de libre-échange (TLCs en espagnol) qui fragilisent la souveraineté des peuples et rester vigilants face aux tentatives pour implanter de nouveaux traités commerciaux.

Réaffirmer notre décision de défendre la souveraineté alimentaire et la lutte contre les produits transgéniques, en invitant tous les peuples du monde à se joindre à cette cause pour garantir notre futur.

Ratifier la lutte pour la démocratisation de la communication et l’implantation de politiques publiques qui contiennent des dispositions spécifiques pour les peuples indiens et le développement de l’interculturalité.

Mettre en garde les peuples indiens sur les politiques de la BID [2], de la Banque mondiale et des entités affiliées qui visent à pénétrer dans les communautés par des actions d’assistanat et de cooptation, et qui cherchent à désarticuler les organisations autonomes et légitimes.

Pour le bien-vivre des peuples indiens, nous décidons :

Exiger des institutions financières internationales et des gouvernements l’annulation de leurs politiques de promotion des concessions (minières, pétrolifères, forestières, gazières et hydrauliques) des territoires indiens par les industries d’extractions.

Condamner les politiques du président Bush et du gouvernement des États-Unis fondée sur l’exclusion mise en évidence par la construction du mur à la frontière avec le Mexique ; alors que dans le même temps, il s’agit de s’approprier les biens communs de la Mère Nature de tous les peuples de l’Abya Yala, en introduisant des plans et des actions expansionnistes et guerrières.

Condamner l’attitude intolérante des gouvernements des États-nations qui ne reconnaissent pas les droits des peuples indiens, en particulier ceux qui n’ont pas ratifié et qui ne garantissent pas l’application de la Convention 169 de l’OIT [3]

Condamner ces démocraties de façade et terroristes implantées par les gouvernements néolibéraux, qui se traduisent par la militarisation des territoires indiens, la criminalisation des luttes indiennes et des mouvements sociaux dans tout l’Abya Yala.

Pour faire circuler la parole et accomplir les rêves, de la résistance au pouvoir :

Nous formons la Coordination continentale des nationalités et peuples indiens de l’Abya Yala, conçu comme un espace permanent de contact et d’échange, où convergent les expériences et les propositions, pour qu’ensemble nous affrontions les politiques de globalisation néolibérale et que nous luttions pour la libération définitive de nos peuples frères, de la mère terre, du territoire, de l’eau et de tout le patrimoine naturel pour pouvoir vivre bien.

Dans ce processus nous projetons les actions suivantes :

- Renforcer le processus d’organisation et la lutte des peuples indiens par la participation des femmes, des enfants et des jeunes.

- Convoquer un Sommet continental des femmes indiennes de l’Abya Yala et un Sommet continental de l’enfance, de l’adolescence et de la jeunesse des nationalités de l’Abya Yala.

- Convoquer une marche continentale des peuples indiens, qui sera réalisée le 12 octobre 2007, pour sauver la Mère Nature des désastres provoqués par le capitalisme et qui se manifestent par le réchauffement climatique mondial.

- Mettre en place la mission diplomatique des peuples indiens pour défendre et garantir les droits des peuples indiens.

- Soutenir la candidature au Prix Nobel de la Paix de notre frère, Evo Morales Ayma, Président de Bolivie.

- Exiger la dépénalisation de la feuille de coca.

« Nous rêvons de notre passé et nous nous rappelons de notre futur. »

Iximche’, Guatemala, 30 mars 2007.


- Dial – Diffusion d’information sur l’Amérique latine – D 2929.
- Traduction d’ “Ombreenragee” pour le Centre de média indépendant de Marseille, revue par Dial.
- Source (espagnol) : Site du troisième Sommet continental des peuples et nationalités autochtones.

En cas de reproduction, mentionner au moins le traducteur, la source française (Dial) et l’adresse internet de l’article.

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[2Banque interaméricaine de développement - NDLR.

[3Organisation internationale du travail. La Convention 169 est relative aux peuples indigènes et tribaux - NDLR.

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