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DIAL 2571

ÉQUATEUR - Le travail des enfants

Orlando Gómez León

lundi 1er juillet 2002, mis en ligne par Dial

La situation des enfants au travail en Équateur n’est pas très différente de celle que l’on trouve dans beaucoup d’autres pays d’Amérique latine (cf. Argentine : DIAL D 2473, 2368 ; Brésil : 2317, 2233 ; Chili : 2366 ; Honduras : 2480, 2479, 2478 ; Mexique : 2305, etc.). Les principaux aspects en sont indiqués dans ce texte de Orlando Gómez León, Équateur, du 13 juin 2002, diffusé par la Red Solidaria por los Derechos Humanos (Uruguay).


Un travail permanent dans la campagne et dans les villes, tel est le destin de plus d’un million d’enfants en Équateur. Dans le monde rural, où vit 48 % de la population totale du pays, 671 318 enfants participent à l’économie rurale, selon une recherche menée par l’Institut national de statistiques et de recensements. Le reste des 1 056.000 enfants qui travaillent, c’est-à-dire 384 682, le font dans les villes. Bien que le rôle joué par les enfants dans la campagne ne soit pas reconnu officiellement, les observations directes, les témoignages et les informations de diverses sources indiquent que les enfants et les adolescents sont ceux dont le travail est d’un plus grand apport dans les foyers pauvres car, en plus du travail considéré comme normal, ils collaborent aux travaux domestiques.

La quantité de tâches que ces enfants mènent à bout est surprenante : ils travaillent entre 9 et 15 heures par jour, faisant la moisson, semant, ramassant le bois, prenant soin des jardins, conduisant le troupeau, faisant la traite, aidant aux soins quotidiens des animaux, chassant, et même creusant des puits d’irrigation et conduisant des machines comme les batteuses pour le riz ou les moulins pour le café, entre autres choses. Les filles spécialement alternent avec leur mère pour faire la cuisine. Ces enfants n’ont pas un véritable statut dans la société. Ils sont en grande partie analphabètes, car pour aider leurs parents dans l’économie familiale ils ne vont pas à l’école, et ils apprennent rarement à signer.

“J’aimerais que mes enfants fassent des études, mais leur destin est d’aider au travail de la maison car, autrement, de quoi allons-nous vivre ? Nous gagnons très peu, et s’ils ne travaillent pas, nous aurons moins d’argent...”, selon ce que dit une mère de famille dans une finca de Tabacundo. Deux de ses fils l’aident dans un petit jardin et deux de ses filles gagnent 50 dollars mensuels dans une plantation de fleurs proche de chez elles.

D’autres enfants travaillent dans les mines, ramassant et transportant des matériaux contaminés. Et un certain nombre gagnent de quoi vivre comme ouvriers dans les bananeraies, selon ce qu’a dénoncé récemment l’organisation Human Rights Watch. Presque tous sont esclaves du travail forcé, souvent incapables de rechercher de l’aide en raison de leur âge, et beaucoup d’entre eux « n’existent pas », sont « invisibles » par manque de certificats de naissance ou de pièces d’identité.

Des conditions inhumaines

Dans les villes, les conditions des enfants sont pratiquement infrahumaines. De nombreuses filles par exemple sont transférées de la campagne aux villages et aux capitales provinciales pour être mises au service de familles dans les grandes villes. De nombreux paysans pauvres conduisent leurs filles en ville pour qu’elles travaillent comme employées de maison, croyant qu’ainsi elles vont collaborer davantage à l’économie familiale et qu’elles pourront avoir un meilleur avenir et un meilleur niveau de vie. Cependant, ces filles sont dans des conditions proches de l’esclavage. Bien qu’il existe des familles qui les reçoivent en leur donnant de l’éducation et un bon traitement, d’autres les exploitent en leur confiant tous les travaux serviles de la maison. Un certain nombre travaillent comme domestiques depuis qu’elles sont toutes petites et ne connaissent ni leur nom ni le lieu de résidence de leur famille. Elles ne peuvent, en conséquence, retourner chez elles.
Tant les filles que les garçons sont victimes des mauvais traitements dont souffrent les enfants et, ils sont de plus victimes d’exploitation sexuelle. Derrière un grand pourcentage de filles qui travaillent, se cache un véritable drame qui concerne les mauvais traitements, les violations, les incestes, la pauvreté et la marginalisation.

Autres travaux

Les enfants sont aussi obligés de travailler dans la construction, la cordonnerie, la mécanique ou de vendre dans les rues des articles de contrebande, des billets de loterie, des fruits ou de la nourriture. Ce sont des mineurs qui en dépit de leur travail ne touchent pas de revenus pour subsister car, presque toujours, 80 % ou plus de ce qu’ils gagnent finissent entre les mains de leurs parents ou de ceux qui contrôlent leur travail dans les rues. Aux carrefours ou dans les bus ils offrent également leurs produits depuis le matin jusqu’à des heures avancées de la nuit. Certains font des chansons et des pitreries improvisées. D’autres offrent des fleurs toute la nuit aux portes des hôtels de Quito. Plusieurs sont obligés de demander l’aumône tout en gardant leurs frères et soeurs enfants qu’ils portent sur leurs épaules. Quand ils n’apportent pas à la maison une certaine quantité d’argent, ils sont punis par leurs parents. Ce sont tous des enfants sans droits, dont les histoires sont pathétiques et dont personne ne semble se préoccuper.

Un apport indispensable

Selon le ministre du travail, Martín Insua, l’effort fourni par les enfants est à l’origine de 35 % des revenus familiaux. Ceci signifie, a-t-il affirmé, que l’apport des enfants est chaque fois plus indispensable dans les foyers équatoriens. Selon lui, le problème ne se résout pas simplement en retirant les enfants de ce travail, mais l’Équateur doit investir dans une éducation bonne et complète des enfants et des jeunes. L’Équateur a ratifié avec l’Organisation internationale du travail (OIT) en 2000 une convention pour éradiquer le travail des enfants et, selon le ministre Insua, le pays progresse dans un programme visant à établir un système qui inclue la santé, le logement, le travail et l’éducation comme éléments de solution à ce problème.


Quelques rappels au plan mondial et en Amérique latine

Un regard géopolitique permet de voir que le travail des enfants touche surtout les régions les plus pauvres et désolées de la planète. Parmi les 211 millions d’enfants de 5 à 14 ans qui travaillent, 127,3 millions se trouvent en Asie et Pacifique (60 %) ; 48 millions en Afrique subsaharienne (23 %) ; 17,4 millions en Amérique latine et Caraïbes ; 13,4 millions au Moyen Orient (6 %) et Afrique du Nord, et 2,4 millions dans les anciens pays socialistes (1 %). Les pays industrialisés comptent 2,5 millions d’enfants au travail.

Le panorama pour l’Amérique latine et les Caraïbes est désolant. Au Brésil, 7 millions d’enfants sont obligés de travailler pour survivre. Au Brésil, Colombie et Équateur, 20 % des enfants de 10 à 14 ans travaillent comme domestiques, le pourcentange étant le plus élevé dans les zones rurales. Plus de 2 millions d’enfants de 5 à 15 ans travaillent dans l’agriculture au Guatemala, Honduras, Nicaragua et Panamá. Au Pérou, 500 000 enfants travaillent dans les mines et 13 500 en Bolivie. En Équateur, environ 314 000 enfants travaillent sur une population de 12 millions d’habitants. Bien que l’on ne dispose pas de statistiques, dans les pays les plus pauvres et les plus grands des Caraïbes (Bélize, Guyana, Guyane et Surinam) le travail des enfants est un problème grandissant.

Eduardo Tamayo

ALAI/America latina en movimiento, 7 juin 2002


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