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DIAL 3268 - Figures de la révolte (4)

PÉROU - La rébellion de Túpac Amaru : protonationalisme et revivalisme inca, première partie

Charles Walker

dimanche 19 janvier 2014, mis en ligne par Dial

José Gabriel Condorcanqui Noguera (19 mars 1742 - 18 mai 1781) a pris la tête, en 1780, du plus grand soulèvement contre le système colonial espagnol aux Amériques. Il était aussi nommé José Gabriel Túpac Amaru, du nom du dernier monarque inca (1545-1572), exécuté par les Espagnols et dont il se réclamait le descendant, par son père. Pour éviter la confusion, il est depuis sa mort souvent dénommé Túpac Amaru II. Le mouvement a finalement échoué et Túpac Amaru a été écartelé et décapité à Cuzco en 1781, mais cette rébellion garde une place particulière dans l’histoire et la mémoire latino-américaine et nombre de groupes ont mobilisé ou mobilisent sa mémoire, du général Juan Velasco Alvarado, président du Pérou de 1968 à 1975, au Mouvement de libération nationale - Tupamaros (MLN-T) uruguayen, créé dans les années 1960 et dont le président de la République actuel, José Mujica est issu, en passant par de nombreux mouvements indiens. Charles Walker est professeur d’histoire à l’Université de Californie - Davis. Le texte, dont la première partie est publiée ici, est une traduction quasi intégrale [1] du chapitre 2 de Smoldering Ashes : Cuzco and the Creation of Republican Peru, 1780-1840 (Durham, NC, Duke University Press, 1999). La deuxième partie est publiée dans le numéro de février 2014.


De 1780 à 1783, les Andes ont été secouées par la plus grande rébellion de l’histoire coloniale de l’Amérique hispanique [2]. D’abord centré sur Cuzco, le soulèvement a touché une région s’étendant de l’Argentine moderne à la Colombie. Le moment de Túpac Amaru a duré un peu plus d’un semestre, puis le centre de la rébellion s’est déplacé vers le Haut-Pérou, la Bolivie d’aujourd’hui. Les rebelles ont presque réussi à renverser le pouvoir colonial espagnol et, ce faisant, ont radicalement transformé les relations entre l’État, l’élite et la paysannerie autochtone. Avec la conquête espagnole, le soulèvement constitue le phénomène le plus débattu de l’histoire péruvienne, il est de nos jours commémoré et vénéré par différents groupes et organismes.

Malgré l’énormité de la rébellion et la très grande attention qui lui a été portée par les chercheurs, la signification du mouvement de Túpac Amaru et les fins qu’il poursuivait demeurent sujets à discussion. Il n’y a pas de réponse claire à la question de savoir quels étaient les objectifs des rebelles. Certains historiens voient dans la rébellion un antécédent à grande échelle de la Guerre d’indépendance qui allait survenir au début du XIXe siècle. D’autres insistent sur son idéologie inca et la dépeignent comme un mouvement revivaliste ou messianique. D’autres, qui ne se sont pas projetés aussi loin dans le futur ou dans le passé, l’inscrivent dans la tradition coloniale des droits politiques négociés. Le problème posé par son interprétation tient à l’ambiguïté de la plateforme des chefs du mouvement ainsi qu’au fossé entre leur discours et l’action des insurgés. Dans la plupart de ses déclarations et de ses lettres, Túpac Amaru s’est fait le défenseur d’un vaste mouvement multiethnique qui a cherché à se libérer des pratiques les plus humiliantes du colonialisme ainsi que des exploiteurs européens eux-mêmes. Il prétendait agir au nom du roi et de l’Église catholique et sollicitait l’appui non seulement des Indiens mais aussi des créoles, des métis et des noirs. Il n’a jamais précisé quel genre d’organisation politique remplacerait le colonialisme espagnol. Bien que les dirigeants du mouvement aient recherché le soutien des non-Indiens, ce qui atteste de son ampleur et de sa modération, les insurgés indiens ont fréquemment contredit ces efforts en pillant ou incendiant les domaines des créoles et en s’attaquant à un ennemi vaguement défini, c’est-à-dire à tous ceux qui n’étaient pas considérés comme Indiens. Ces deux caractéristiques intimement liées du soulèvement – l’imprécision de la plateforme de Túpac Amaru et les tensions entre un mouvement multiethnique et un mouvement « indien » – sont apparues à plusieurs reprises durant la rébellion et aident à expliquer sa fin.

Une analyse de la rébellion de Túpac Amaru peut contribuer aux débats sur le nationalisme et le colonialisme, et inversement. Les définitions du nationalisme mettent l’accent, pour la plupart, sur l’existence d’une population particulière et sur la quête d’avancées politiques pour cette population ou cette nation [3]. Le soulèvement de Túpac Amaru remplit la première condition et, comme je vais le montrer ici, la seconde, plus contestable. Túpac Amaru destinait son mouvement à une coalition de groupes sociaux peut-être plus facilement identifiables de manière négative : les non-Espagnols ou non-Européens. Il s’est efforcé d’y inclure les métis, les créoles et les noirs, au nom de leur sort commun en tant qu’autochtones maltraités par les Espagnols. Concernant le second point, en revanche, l’applicabilité du concept de nationalisme à la rébellion n’est pas aussi évidente. Túpac Amaru n’a jamais précisé quelle forme de pouvoir remplacerait les Espagnols, et il mélangeait des éléments apparemment contradictoires comme le monarchisme inca, le colonialisme « traditionnel » et des aspects de l’esprit des Lumières. Cependant, son objectif immédiat ne laisse aucun doute : détruire le colonialisme des Bourbons.

L’utilisation du concept de nationalisme pour un mouvement indien des Andes du XVIIIe siècle va plus loin que son utilisation habituelle sur les plans chronologique, géographique et social. Le mouvement Túpac Amaru a surgi 45 ans avant l’indépendance du Pérou et avant que l’État-nation domine l’Europe occidentale. De plus, le mouvement a été vaincu et n’a donc jamais mis en pratique son projet nationaliste. Par conséquent, pour décrire le mouvement, il convient d’ajouter le préfixe proto aux termes national et nationaliste. Plusieurs chercheurs se demandent si le nationalisme a pu exister avant les nations. Bien qu’ils reconnaissent les manifestations culturelles d’une identité construite sur une base très large, ils notent que cette effervescence ne s’est pas traduite en action politique [4]. Aujourd’hui, la plupart des chercheurs soulignent la nature imaginée ou construite de la « nation » et la présentent comme un discours enraciné dans un passé mythique propagé par les fondateurs des États et leurs idéologues, et non comme une sorte d’héritage impérissable et primordial. Selon ce point de vue, le nationalisme est venu après l’État-nation. Toutefois, ces « communautés imaginées » ne sont pas nées du vide mais de la refonte de diverses notions d’identité et de communauté [5]. Túpac Amaru a incarné une forme de protonationalisme ancrée dans les Andes et dans la population indienne. Ce programme contrastait avec la plateforme du mouvement d’indépendance conduit par les créoles et avec l’idéologie de l’État postcolonial. Ce texte décrit ces différences et montre que le concept de nation péruvienne doit se décliner au pluriel [6].

[…]

Conflits et contexte

Les réformes des Bourbons ont profondément modifié les relations entre la société andine et l’État. Datant du début du XVIIIe siècle, cette série de transformations ont été surtout mises en œuvre dans les possessions américaines de l’Espagne pendant le règne de Charles III (1759-1788). Influencé par les idées des Lumières et forcé par des guerres fréquentes avec les Français et les Anglais d’accroître les revenus des colonies américaines, l’État espagnol centralise son administration coloniale et demande toujours plus à la population. En démantelant le régime des Habsbourg, il réduit le nombre d’agents nés aux Amériques dans son administration et y renforce le contrôle des différents services. Surveillés de près par les Bourbons et leur principal allié, l’élite des marchands de Lima, les fonctionnaires locaux et régionaux sont contraints de recourir davantage à la force aux dépens de la négociation. Les caciques, intermédiaires entre la société andine et l’État, ont pour dure obligation de satisfaire aux exigences croissantes de l’État bourbonien sans perdre de leur légitimité auprès de la société locale. L’État augmente divers impôts, améliore ses méthodes de perception et impose de nouveaux monopoles [7].

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Sud du Pérou

Les changements d’organisation ont affaibli le rôle économique et politique de Cuzco dans le Haut-Pérou. En 1776, le vice-royaume du Río de la Plata voit le jour, séparant Cuzco et le reste du Bas-Pérou d’avec Potosí et le bassin du Titicaca [8]. En 1778 est adoptée une politique de « libre-échange » qui, entre autres choses, ouvre Buenos Aires au commerce avec l’Espagne. L’argent extrait de Potosí transite par Buenos Aires qui, de son côté, écoule les marchandises importées non seulement dans le Haut-Pérou mais également à Cuzco et Arequipa. L’or et l’argent sont frappés à Potosí et non à Lima, et les métaux précieux non frappés ne peuvent être exportés vers le Bas-Pérou. En conséquence, il devient de plus en plus coûteux d’importer de Cuzco des articles tels que les textiles, le sucre et la coca [9]. Comme son homologue de Lima, l’élite de Cuzco se plaint de ces changements à cause de leurs graves conséquences économiques et des problèmes sociaux qui risquent d’en découler.

La pression fiscale exercée sur la population andine s’est énormément accrue avec les réformes des Bourbons. L’alcabala, taxe sur la plupart des produits vendus par les non-Indiens, a grimpé de 2 à 4% en 1772 et à 6% en 1776. Plus important, le Visiteur général José Antonio de Areche, arrivé en 1777, a durci le système de perception des impôts. Des bureaux des douanes ont été érigés dans tout le sud des Andes [10]. Dans la seconde moitié des années 1770, des produits comme la feuille de coca et des secteurs de la société jusque-là exonérés comme les artisans ont été soumis à l’alcabala. En étendant l’application de l’impôt dans presque toutes les branches du commerce, en frappant des groupes et des produits protégés jusqu’alors et en rendant plus efficace le système de perception, les réformes des Bourbons ont provoqué la colère de presque tout le monde au Pérou [11]. Les changements n’étaient pas simplement d’ordre économique. Les créoles se sentaient exclus des postes clés de l’administration, et des corporations comme les artisans et les membres du clergé voyaient leurs droits et prérogatives réduits.

Les réformes des Bourbon ont sensiblement augmenté le poids fiscal pesant sur les Indiens, en supprimant l’exonération de certains impôts, en relevant leur taux et en améliorant l’efficacité des méthodes de perception. Au Pérou, pour une grande partie de ses recettes, l’État colonial dépendait depuis longtemps de l’impôt de capitation appliqué aux Indiens. Le produit de cet impôt a grimpé en flèche après 1750, et a été multiplié par 16 à Cuzco entre 1750 et 1820 [12]. Mais les Indiens ne faisaient pas seulement face à une augmentation des taxes sur les ventes et de l’impôt de capitation. Le reparto de mercancías ou repartimiento, ou système de vente forcée, était une autre institution détestée sur laquelle le pouvoir colonial fermait les yeux. Les corregidores, fonctionnaires locaux généralement de mèche avec des marchands et des producteurs puissants, avaient le droit d’obliger les Indiens à acheter des produits, souvent à des prix gonflés [13]. Cette pratique a été abolie au cœur de la rébellion de Túpac Amaru. […] Les Bourbons ont également mis un terme à l’autonomie politique des communautés paysannes. Les caciques avaient de plus en plus de mal à satisfaire les exigences de l’État tout en conservant leur légitimité au sein de leur communauté. D’autre part, les Bourbons ont cherché à remplacer les caciques « ethniques » traditionnels, souvent par des non-Indiens, mais, ce faisant, ils ont déclenché dans les tribunaux et, parfois, dans la rue, des batailles qui ont fait rage durant des décennies. De nombreux caciques ethniques déplacés, ou menacés de l’être, ont rejoint les rangs de Túpac Amaru [14].

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Cuzco au dix-huitième siècle

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la place confortable qu’occupait Cuzco dans l’économie andine a commencé à s’effriter. Mais les réformes des Bourbons n’étaient pas la seule cause de ses difficultés économiques ni du mécontentement grandissant. Les faiblesses intrinsèques de l’économie régionale et, en conséquence, son incapacité de concurrencer les produits étrangers y ont aussi contribué. Si la politique de « libre-échange » des Bourbons n’a pas provoqué un déluge d’importations, les produits du Haut-Pérou, du vice-royaume du Río de la Plata et de l’étranger sont venus faire une concurrence croissante à ceux de Cuzco [15]. La région pâtissait d’une surproduction et d’une saturation des marchés, avec une stagnation, voire une chute des prix [16]. La concurrence s’est intensifiée et les prix ont diminué au moment même où l’État multipliait ses exigences, créant ainsi une situation explosive. Les principaux secteurs de l’économie de Cuzco comme les textiles, la feuille de coca et le sucre étaient vulnérables parce que dépendants du travail sous contrainte, des ventes forcées (le reparto), et de marchés éloignés. Pour paraphraser Nils Jacobsen et Hans Jürgen Puhle, l’économie de la région était caractérisée par une infrastructure arriérée et des coûts de transport exorbitants du fait du terrain andin accidenté. L’offre de main-d’œuvre était inélastique, et les producteurs tributaires du travail forcé [17]. Les rebelles ont vivement manifesté leur antipathie à l’égard des usines de textile durant le soulèvement en incendiant et saccageant des dizaines d’entre elles. En 1780, l’économie de Cuzco était stagnante, sinon en déclin, fait que la majorité de la population mettait sur le compte de l’État colonial.

Pour expliquer des rébellions comme celle de Túpac Amaru, il convient d’examiner des facteurs idéologiques aussi bien qu’économiques et politiques. Nombre de chercheurs observent que les soulèvements ne sont pas une simple réaction à des situations objectives. Les transgressions morales ou culturelles constituent des facteurs d’insubordination aussi importants, voire plus importants [18]. Les meneurs du mouvement et leurs partisans ont bâti leur idéologie à partir de plusieurs sources. Jusque bien après le début du XIXe siècle, les rebelles andins ont associé courants des Lumières et pensée anticoloniale, nationalisme néo-inca et revendications plus traditionnelles dénonçant des abus particuliers plutôt qu’ils ne questionnaient la légitimité de l’État. Ce mélange représente une synthèse créative d’idéologies plus qu’une forme imparfaite et inaboutie de la pensée occidentale. Pendant toute la période étudiée dans l’ouvrage dont ce texte est issu s’est prolongée la quête d’une plateforme subversive en lien avec la culture andine.

Le nationalisme néo-inca a été la source idéologique la plus évidente du mouvement de Túpac Amaru. Tout au long du XVIIIe siècle, les descendants de l’élite inca, notamment les caciques royaux de Cuzco, ont vénérés les Incas. En plus de revendiquer leur ascendance royale, ils ont exigé des privilèges plus importants que ceux accordés aux caciques [19]. La publication en 1609 de l’histoire de l’empire inca par Garcilaso de la Vega, Comentarios Reales, a particulièrement contribué à cette résurgence. Le prologue ajouté par Andrés González de Barcia dans la deuxième édition en 1723 incluait une prophétie citée par Sir Walter Raleigh selon laquelle le régime inca serait restauré avec l’aide du peuple anglais. José Gabriel, souvent dénommé l’« Inca », a évoqué cet ouvrage lorsqu’il a essayé de faire reconnaître devant la loi son titre de cacique à Lima dans les années 1770 [20]. Le 13 avril 1781, peu après la capture de Túpac Amaru, l’évêque de Cuzco, Juan Moscoso, écrit que « si les Commentaires de Garcilaso n’avaient pas servi à la lecture et à l’éducation de l’insurgé José Gabriel... si ces leçons, parmi d’autres, de quelques auteurs renégats se rapportant à la Conquête n’avaient pas fait aussi forte impression sur le traître, il n’aurait pas entrepris sa détestable rébellion. » [21] Après la rébellion, les autorités ont vigoureusement censuré l’ouvrage de Garcilaso.

Comme c’est le cas de tous les mythes nationalistes, le nationalisme inca a constitué la base de divers projets politiques. Les caciques ethniques – catégorie qui comprenait des membres distingués de l’élite de la ville, des entrepreneurs relativement prospères comme Túpac Amaru, et les autorités de localités éloignées aux abois – intégraient les Incas dans leur opposition à la campagne de centralisation menée par les Bourbons. Ainsi que Flores Galindo l’a expliqué, les masses indiennes ont aussi élaboré leur propre interprétation de l’empire inca, « une société égalitaire, un monde homogène composé uniquement de runas (paysans des Andes) dans lequel il n’y aurait pas de place pour les grands commerçants, les autorités coloniales, les haciendas ni les mines, et où les parias et les malheureux décideraient de nouveau de leur propre destinée… le monde à l’envers. » [22] La vision romantique de l’empire inca a pu servir à revendiquer des droits égaux pour la noblesse indienne ou à justifier le rejet du colonialisme. Les deux points de vue allaient s’exprimer au cours du soulèvement.

On connaît moins bien les autres influences idéologiques. Dans les années 1770, à Cuzco et Lima, on débattait des nouvelles idées issues principalement des événements survenus en Europe et aux États-Unis. Mais ces idées n’ont pris la forme de convictions protonationalistes à part entière qu’après la parution du Mercurio Peruano dans les années 1790, et elles n’ont donné lieu à des insurrections de masse qu’au début du XIXe siècle. Même alors, l’esprit des Lumières et d’autres révolutions prises pour modèles n’exerçaient pas une influence absolue mais se combinaient à d’autres idéologies. Néanmoins, des éléments des Lumières et le mécontentement croissant suscité par le colonialisme ont eu un impact sur Túpac Amaru. On peut y voir des influences ou des sources d’inspiration, plus que les causes l’ayant conduit à devenir un rebelle et un idéologue [23].

En 1777, Túpac Amaru arrive à Lima où, aux dires de sa femme Micaela, « il a ouvert les yeux » [24]. Il réside près de l’Université de San Marcos, qu’il semble fréquenter, où la lecture et la discussion des idées des Lumières échappent fréquemment à la censure. Il devient l’ami de Miguel Montiel y Surco, métis d’Oropesa, Cuzco, qui avait voyagé en Angleterre, en France et en Espagne et qui était un lecteur enthousiaste de Garcilaso de la Vega. Montiel y Surco présente José Gabriel à d’autres détracteurs du colonialisme espagnol, et plus précisément à des créoles opposés à la politique d’Areche [25]. On ne peut que se livrer à des suppositions sur d’autres idées et influences auxquelles José Gabriel a pu être confronté. Dans le Lima de l’époque, les intellectuels sont de plus en plus nombreux à s’interroger sur la valeur de la scholastique, doctrine d’enseignement traditionnelle [26]. Bien que José Gabriel ait été informé du mouvement d’indépendance des États-Unis, puisque la Gazeta en publiait des comptes rendus détaillés, ce mouvement n’a pas constitué un symbole important dans la rébellion. Il a servi de référence plus souvent dans d’autres conspirations et révoltes des années 1780 [27]. Dans la seconde moitié du siècle, Européens et Américains se sont livrés à une lutte acharnée à propos des comptes rendus scientifiques d’auteurs tels que Cornélius De Pauw qui donnaient l’image d’un Vieux Monde supérieur au Nouveau. Les intellectuels péruviens suivaient et commentaient ces débats mais n’y jouaient pas un rôle actif. Cependant, ces discussions ont pu attiser le dégoût de José Gabriel pour les Européens [28]. D’autre part, le désintérêt des créoles pour la population indienne – et, peut-être, leur gêne à l’égard d’un cacique des hauts plateaux comme José Gabriel – ont pu le renforcer dans sa détermination à prendre la tête d’un mouvement indien basé à Cuzco. En résumé, il a eu connaissance de certaines idées des Lumières et des aspirations protonationales, ce qui a contribué à ses penchants anticoloniaux.

Pour comprendre le soulèvement de Túpac Amaru, il convient de prendre en considération d’autres facteurs immédiats, notamment le cheminement de José Gabriel lui-même vers la rébellion. José Gabriel Condorcanqui naît le 10 mars 1738 à Surimana, à quelque 80 kilomètres au sud-est de Cuzco. Son père, mort en 1750, est cacique de trois localités du district de Tinta – Surimana, Pampamarca et Tungasuca. José Gabriel étudie à Cuzco dans la prestigieuse école San Francisco, dirigée par les jésuites et réservée aux enfants des caciques. Il hérite de 350 mules, qu’il utilise pour faire la route entre Cuzco et le Haut-Pérou. La circulation de ses convois de mules l’amène à nouer des contacts importants à travers la région. Sa fonction de cacique lui donne droit à la terre, outre qu’il possède des intérêts modestes dans des mines et des cultures de coca à Carabaya, dans le sud [29]. Il peut donc être considéré comme un membre de la classe moyenne coloniale, qui entretient des liens forts avec les classes inférieures et supérieures. Il parle quechua, ce qui le rapproche non seulement de la majorité indienne mais aussi des Indiens nobles et de nombreux non-Indiens parlant la lingua franca de Cuzco. En tant que cacique d’ascendance royale inca, il fait partie d’une classe privilégiée. Ainsi, avec Gabriel Ugarte Zeliorogo, membre distingué du conseil municipal de Cuzco, il se donne du « cousin » parce que l’un et l’autre considèrent qu’ils appartiennent à une grande famille [30]. En 1760, il épouse Micaela Bastidas Puyucahua, métisse de Pampamarca, près de Tinta, qui jouera un rôle important à la tête du soulèvement. Ils auront trois fils, Hipólito, Fernando et Mariano.

Les problèmes durables rencontrés par José Gabriel avec les autorités autour de sa revendication de la charge de cacique et sa longue bataille juridique concernant les droits qu’il détenait en sa qualité de descendant du dernier inca ont fini par éveiller en lui une vive amertume. Ils lui ont également apporté une grande expérience des tribunaux à Lima et ailleurs, et permis de mettre à l’épreuve ses dons d’orateur dans la défense de ses droits et contre l’exploitation des Indiens. En 1766, après des années de délai, il se voit attribuer la charge de cacique que son père puis son frère aîné avaient occupée. Elle lui est cependant retirée en 1769, pour lui être rendue en 1771. Des conflits avec les corregidors successifs de la province de Tinta, Gregorio de Viana et Pedro Muñoz de Arjona, expliquent ce retard [31]. Il n’est pas surprenant que, une décennie plus tard, la rébellion s’attaque aux corregidors avec une particulière véhémence.

À partir de 1776, Túpac Amaru s’est livré devant les tribunaux à une bataille avec Don Diego Felipe de Betancur sur la question de savoir lequel des deux était le descendant légitime du dernier inca, Túpac Amaru, décapité par le vice-roi Francisco Toledo en 1572. Betancur a cherché à faire reconnaître son ascendance royale pour obtenir le marquisat d’Oropesa, fief richement doté datant du XVIIe siècle. José Gabriel s’est employé à prouver ses origines du côté paternel pour acquérir du prestige et améliorer sa situation dans la société coloniale. On peut difficilement affirmer qu’il a cherché à prouver son ascendance inca pour justifier un soulèvement qui substituerait un royaume inca à la monarchie espagnole. Ce qui est sûr, c’est que ses embarras avec la justice l’ont déçu. Il a passé la plus grande partie de 1777 à plaider sa cause devant les tribunaux et auprès de toutes les parties intéressées [32]. Pendant cette période, il a également adressé des requêtes au vice-roi pour que les Indiens de son caciquat soient dispensés de la mita, le travail obligatoire, à Potosí, en attirant son attention sur les horribles conditions de travail et le manque d’hommes dans ce district. Le Visiteur général arrivé dernièrement, José Antonio de Areche, a rejeté sa demande. José Gabriel a insisté, et s’est acquis le soutien d’autres caciques de la province de Tinta (Canas et Canchis), mais a de nouveau essuyé un refus. Son procès avec Betancur n’avait abouti à aucune décision lorsque la rébellion a éclaté en novembre 1780 [33]. À ce moment-là, Túpac Amaru avait d’amples raisons de se tourner contre l’État espagnol ; il bénéficiait aussi des contacts et du respect nécessaires pour mener une rébellion de grande ampleur.

Durant les années précédant la rébellion, l’église et l’État de Cuzco se sont livrés à une quasi guerre civile, situation dans laquelle on a pu voir la division de la classe dirigeante qui a précipité beaucoup de révolutions sociales. En résumé, l’État bourbon avait défié l’influence de l’église catholique aux Amériques en expulsant les jésuites en 1767 et en surveillant beaucoup plus étroitement les finances du clergé. À Cuzco, le conflit a pris un tour plus personnel lors de l’affrontement entre deux acteurs clés du soulèvement de Túpac Amaru, l’évêque Juan Manuel Moscoso et le corregidor de Tinta, Antonio de Arriaga. Pour faire barrage aux accusations selon lesquelles il aurait soutenu les rebelles, Moscoso a fourni un des comptes rendus les plus détaillés du soulèvement. La pendaison d’Arriaga par Túpac Amaru a marqué le début de la rébellion.

En 1779, Moscoso, récemment nommé évêque de Cuzco, a demandé que tous les prêtres installés le long de la route royale lui soumettent une description détaillée de l’état de leur paroisse. Seul le prêtre du village de Yauri, Justo Martínez, ne s’est pas exécuté. À la fin de 1779 et au début de 1780, Moscoso a envoyé sur place des commissions d’enquête, mais leur arrivée a déclenché des émeutes à Yauri et Coporaque, dans les provinces situées au sud de Cuzco, chaque partie accusant l’autre de s’être livrée à des violences. Moscoso prétendait qu’Arriaga, soucieux de défendre ses intérêts politiques et économiques dans la région, menait la résistance face aux représentants de l’église. Arriaga soutenait que Moscoso avait outrepassé ses attributions et soutenu des activités subversives dans la région. L’un et l’autre exploitaient les aversions bien connues suscitées par les Bourbons : Moscoso la détestation des fonctionnaires locaux tout-puissants, et Arriaga l’opposition à des prêtres apparemment perturbateurs. L’affaire venait d’être portée devant les tribunaux lorsqu’Arriaga fut exécuté par Túpac Amaru. Ce concours de circonstances a alimenté les accusations selon lesquelles Moscoso aurait aidé les rebelles et contre lesquelles il s’est défendu toutes les années qui ont suivi. Pendant la rébellion, il a écrit des récits aussi longs qu’hostiles sur le soulèvement et recueilli de l’argent pour les forces royalistes [34]. La division entre l’église et l’État a refait surface durant le soulèvement lorsque de nombreux prêtres ont apporté leur soutien aux rebelles [35].

Des dizaines d’émeutes et de révoltes se sont produites à la fin des années 1770 et 1780 dans différents secteurs des Andes, et plusieurs d’entre elles juste quelques mois avant qu’éclate la rébellion de Túpac Amaru. Celles survenues à Arequipa et dans la ville de Cuzco en 1780 témoignaient de la fureur généralisée entourant les réformes fiscales imposées par le Visiteur Areche. En tant que mouvements multiethniques fondés sur une idéologie éclectique, on peut clairement tracer des parallèles avec le soulèvement de Túpac Amaru. Si certaines indications voulant que José Gabriel en personne ait participé à ces actions sont sujettes à caution, il ne fait en revanche aucun doute que les révoltes ont influencé la nature et le moment du soulèvement entamé dans la province de Tinta en novembre 1780.

Vers la fin des années 1770, le Visiteur Areche, chargé de superviser le durcissement du régime fiscal, a augmenté les impôts, notamment l’alcabala, ou taxe sur les ventes, accru le nombre de produits et de commerçants assujettis à ces impôts, et amélioré les procédures de perception. Les changements ont été aussi rapides que radicaux [36]. Ces mesures ont touché quasiment toutes les composantes de la société de la fin de l’époque coloniale, y compris les propriétaires terriens, les autorités créoles déplacées, les petits commerçants et les Indiens. Le fait que les nouveaux taux d’imposition et bureaux des douanes aient eu pour cible les commerçants aide à comprendre la vitesse étonnante avec laquelle les nouvelles, les rumeurs et le mécontentement général se sont répandus. À cette époque, les commerçants formaient un lien entre les différentes régions, non seulement par les produits mais par les informations qu’ils véhiculaient. Il ne faut pas oublier que Túpac Amaru lui-même possédait des convois de mules. Les réformes fiscales des années 1770 ont déclenché différentes formes d’insubordination. En 1774, une émeute s’est produite contre le bureau des douanes récemment inauguré à Cochabamba, dans le Haut-Pérou. Des troubles ont eu lieu en 1777 à Maras dans la province d’Urubamba, à l’extérieur de Cuzco, et des groupes ont attaqué le bureau des douanes de La Paz en 1777 et 1780 [37]. Mais ce sont les émeutes ou conspirations d’Arequipa et Cuzco en 1780 qui ont constitué les antécédents les plus importants du soulèvement de Túpac Amaru. Le 1er janvier 1780, un pamphlet manuscrit, une pasquinade, a été apposé sur la porte de la cathédrale d’Arequipa, qui disait : « Quito et Cochabamba se sont soulevées / Et pourquoi pas Arequipa ? / Les circonstances nous obligent à ôter la vie à l’administrateur du bureau des douanes / Et à tous ceux qui ont lui ont accordé refuge / Prenez garde !

Le 5 janvier, d’autres pasquinades firent leur apparition. L’une d’elles était directement destinée au corregidor d’Arequipa, Baltasar de Sematnat, qui avait offert une récompense de 500 pesos pour la capture de l’auteur des vers du 1er janvier. Voici quels en étaient les termes :

Prenez garde à votre tête
Et à celles de vos compagnons
Les señores fonctionnaires des douanes
Qui sans charité aucune
Sont venus dans cette ville
Depuis des terres étrangères éloignées
Pour déchirer nos entrailles,
Les remuer sans pitié
Pour nous voir tous déclarer :
Parce qu’il est sûr et vrai
Que sans exemple
De châtiment contre ces voleurs
Ils nous dépouilleront jusqu’à l’os ;
Et donc, nobles citoyens,
Entre vos mains repose
Le pouvoir de jouir
De tous vos biens sans souffrir d’impôt,
En ôtant la vie à ces misérables et infâmes voleurs.

Mais nous disons seulement, Longue Vie,
Longue Vie au Grand Charles III
Mort à ses horribles suppôts
Ainsi qu’au mauvais gouvernement.

Les vers étaient initialement dirigés contre les exécutants de la nouvelle politique fiscale mais disculpaient la couronne d’Espagne : « Nous lançons des pamphlets / Nous ne le nions pas / Mais sans désobéir au roi Charles. » [38] Cependant, la formule « Longue vie au roi et mort au mauvais gouvernement », si présente dans la pensée insurrectionnelle au début de l’époque moderne, n’a pas persisté. Les pasquinades découvertes le 12 janvier posaient la question suivante : « Pendant combien de temps, citoyens / D’Arequipa, allez-vous supporter de si nombreux impôts / Auxquels le roi vous soumet ? » [39] L’auteur anonyme voyait également un contraste entre les monarques espagnol et anglais : « Le roi d’Angleterre / Aime ses sujets / À l’opposé de l’Espagne / Je veux parler du roi Charles. » [40] D’autres poèmes rendaient également hommage à l’Angleterre à un moment où l’Espagne s’était secrètement alliée à la France pour préserver ses possessions en Amérique du Nord et reprendre Gibraltar. Si l’Espagne avait remporté quelques succès modestes à l’extérieur, elle fut incapable de vaincre la marine anglaise à Gibraltar. Les pamphlets faisaient aussi référence au remplacement du roi Charles III par un roi inca, Casimiro [41].

Les pasquinades avaient principalement pour cible la politique fiscale récente, dénonçaient les bureaux des douanes et la taxe sur les ventes, et ridiculisaient et menaçaient ceux qui mettaient en œuvre ces politiques [42]. Elles cherchaient clairement à inciter une grande partie de la population à participer au mouvement de protestation. Le pamphlet destiné à Sematnat se terminait ainsi : « N’ayez crainte / Oh, nobles citoyens / Apportez-nous votre soutien / Nobles, plébéiens, et vieillards » [43]. Les pasquinades conjuguaient différents éléments de la pensée anticoloniale – la critique des représentants dévoyés du roi, puis du roi lui-même, la restauration de l’Inca, la religion populaire – et des griefs précis (tel que celui relatif aux bureaux des douanes) dans le cadre de ce qu’un auteur a appelé « la recherche de solutions politiques de substitution à l’État colonial » [44]. Les rebelles n’étaient pas les seuls à s’exprimer en vers. Les partisans du statu quo ont répliqué par un long poème qui retraçait les derniers événements « criminels » et posait la question suivante : « Qu’est-ce que cela, pauvres ignorants / Quelle énorme absurdité / a entaché l’espace d’un instant / la loyauté de tant de siècles ? » [45]

La « rébellion des pasquinades » a dépassé le simple discours. Les 5 et 8 janvier, des gardes remarquent pendant la nuit la présence d’étrangers à cheval et à pied dans les rues de la ville. Le nombre de ces inconnus s’accroît les jours suivants, ajoutant à la crainte d’actes violents engendrée par les pamphlets. Le 13, un groupe attaque le bureau des douanes. Sous-estimant les forces d’opposition, Juan Bautista Pando, administrateur du bureau des douanes et première cible des piques et des menaces contenues dans les pamphlets, poursuit sans fléchir son travail de perception. Le 14, une foule de quelque 3 000 rebelles s’en prend de nouveau au bureau des douanes, qu’elle met à sac. Pando et ses compagnons s’échappent de justesse. L’abolition inattendue, par le corregidor Sematnat, de la politique suivie par Areche n’a pas calmé les rebelles en nombre croissant et décrits comme un groupe disparate de métis, d’Indiens et de blancs [46]. Les jours suivants, les troubles se sont poursuivis alors que des groupes s’en sont pris à la maison du corregidor et à la prison. Le 16, une unité de la milice a eu de grandes difficultés à s’emparer de la ville contre les forces rebelles. Mais une fois la ville sécurisée, elle a encerclé les suspects et pendu bon nombre d’entre eux. Les forces gouvernementales ont isolé des villages indiens voisins qu’elles soupçonnaient de soutenir les émeutes, avant de punir leurs habitants [47].

Selon certains documents, Túpac Amaru était présent lors des émeutes d’Arequipa [48]. Même si les preuves avancées ne sont pas fondées, il ne fait aucun doute que ces événements ont influencé ses plans politiques. Les nouvelles sont rapidement parvenues à Cuzco. Dès le 14 janvier, une pasquinade a été vue dans la ville, qui disait : « Arequipa a vaincu / Arequipa a parlé avant Cuzco, capitale de ce royaume, où personne n’entendait les supplications du pauvre peuple, mais le temps est maintenant venu de faire entendre notre cri / Longue vie au roi et mort au mauvais gouvernement et à la tyrannie » [49]. Les auteurs du document se plaignaient des monopoles royaux et des nouveaux impôts, en plus de tourner Areche en dérision. Après avoir évoqué l’éternelle rivalité de la ville avec Arequipa, ils terminaient leur pamphlet en ces termes : « Il vaut mieux mourir en donnant la mort que vivre dans la souffrance et nous ne devons pas démériter face aux gens d’Arequipa. » [50]

En janvier 1780, un bureau des douanes s’est ouvert à Cuzco, ce qui a provoqué le courroux d’une bonne partie de la population. Dans un document, ses employés étaient traités d’« escrocs » au motif qu’ils exploitaient et maltraitaient particulièrement les Indiens [51]. La municipalité observait non sans nervosité la multiplication des pamphlets contre le bureau des douanes qui, selon elle, « avait déclenché le tumulte à Arequipa ». Devant la menace présentée par la plèbe urbaine et la population des 14 provinces de Cuzco, le conseil municipal a fait appel à des patrouilles, en leur donnant pour instruction de surveiller de près les rassemblements douteux [52]. Ses soupçons étaient plus que fondés.

Le 13 mars, un prêtre augustin, Gabriel Castellanos, a alerté les autorités sur un vaste complot dont il avait eu connaissance à l’occasion d’une confession durant le carême. Pedro Sahuaraura, cacique d’Oropesa, semble aussi avoir trahi les conspirateurs [53]. Les meneurs ont rapidement été appréhendés. Onze sur 12 d’entre eux étaient créoles ou métis, et le dernier était un cacique indien, Bernardo Tambohuacso Pumayala, originaire de la ville voisine de Pisac. Quatre étaient orfèvres, et plusieurs possédaient des terres, deux secteurs d’activité frappés par les récentes mesures de rigueur fiscale [54]. Dans leurs témoignages, les défendeurs ont repris le discours contenu dans les pamphlets, à savoir leur opposition au bureau des douanes et leur ressentiment à l’encontre de Lima et des Espagnols, et admis que le mouvement cherchait à intégrer créoles, métis et Indiens. Des liens peuvent être établis avec le mouvement de Túpac Amaru car certains des accusés, ou de leurs proches, ont participé à la grande révolte quelques mois plus tard. Le beau-frère de Túpac Amaru, Antonio Bastidas, a déclaré que lorsque le chef rebelle « a su que Tambohuacso avait été pendu, il a dit qu’il ne comprenait pas pourquoi les Indiens avaient laissé faire. » [55] Arriaga et d’autres ont accusé l’évêque Moscoso d’avoir encouragé les plateros (orfèvres) rebelles, aggravant ainsi l’animosité entre le corregidor et l’évêque [56].

Dans le Haut-Pérou, un soulèvement de masse s’est d’abord développé en parallèle avant de rejoindre puis de s’opposer à la rébellion de Túpac Amaru. La rébellion de Tupac Katari a été en fait une succession de soulèvements. De 1777 à 1780, la communauté de Macha, dans la province de Chayanta, proche de Potosí, a mené une bataille juridique contre le corregidor, le cacique non Indien et d’autres autorités locales. Le meneur des Indiens, Tomás Katari, qui se prétendait le cacique légitime de la communauté, a été emprisonné à la fin de 1779 puis libéré par la force sur le chemin du tribunal. La communauté a saisi la haute cour de la ville de La Plata. Vers la mi-août 1780, les relations entre les Indiens et les autorités locales se sont envenimées, débouchant sur la capture puis la libération du corregidor. Les deux parties prétendaient qu’elles avaient le soutien des autorités de la vice-royauté et qu’elles étaient obligées de recourir à la contrainte pour faire appliquer les jugements rendus. En septembre, Katari se déclare gouverneur de Macha et dirige l’expulsion des autorités non indiennes hors de la région. Il insiste sur sa soumission à la Couronne et justifie son action par la volonté de voir appliquées les décisions du tribunal. Mais il est assassiné le 15 janvier 1781. Ses frères, Dámaso et Nicolás, le remplacent dans un premier temps à la tête du mouvement et, en mars, sous le nom de Túpac Katari, Julian Apasa prend le commandement de la rébellion qui ne cesse de s’étendre dans le Haut-Pérou. Il reste à éclaircir si José Gabriel avait des liens avec Katari en novembre 1780 [57].

La grande rébellion

Malgré les troubles qui ont secoué Cuzco, Arequipa et d’autres lieux à la fin des années 1770 et au début des années 1780, le soulèvement de Túpac Amaru a pris l’État colonial par surprise, spécialement le corregidor de Tinta, Antonio de Arriaga.

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Lieux principaux de la rébellion de Túpac Amaru

Le 4 novembre, Arriaga et José Gabriel se retrouvent au domicile du prêtre de Yanaoca, Carlos José Rodriguez y Avila, pour fêter la Saint Charles, prénom du religieux et du roi. Bien qu’ils entretiennent des relations suffisamment cordiales pour partager un repas, un différend les a opposés durant des années concernant les droits de José Gabriel en tant que cacique [58]. Feignant d’avoir une affaire imprévue mais urgente à régler à Cuzco, José Gabriel part de bonne heure pour aller attendre Arriaga avec un groupe de ses fidèles sur la route de Tinta. Placés en embuscade, ils se saisissent, le soir venu, d’Arriaga et de trois de ses aides qu’ils enferment ensuite dans une pièce chez Túpac Amaru à Tungasuca. Ils forcent Arriaga à écrire à son trésorier pour lui demander de l’argent et des armes (au prétexte qu’il prépare une expédition contre des pirates sur la côte), puis à un collègue pour qu’il lui fournisse des chaînes, un lit et les clés de la mairie de Tinta. Sous la contrainte, il ordonne également à tous les habitants de la région de se réunir à Tungasuca dans un délai de 24 heures. L’emprisonnement d’Arriaga est initialement caché aux autorités de Cuzco, et Túpac Amaru obtient l’argent, les armes, les fournitures et le public nécessaires pour lancer la révolte [59].

Un observateur inhabituel, Santiago Bolaños, fabricant de saucisses génois qui vivait à Sicuani, a fait le récit des événements de ces journées. À son arrivée à Tungasuca, où des milliers de personnes s’étaient déjà rassemblées, il s’est enquis d’Arriaga et fait répondre que ce dernier avait été emprisonné au domicile de Túpac Amaru. Bolaños a d’abord pensé que « cela [l’emprisonnement d’Arriaga] devait obéir à un ordre suprême », avant de surprendre plusieurs personnes disant qu’il s’agissait d’un « ordre du roi » [60]. Les amis espagnols de Bolaños lui ont expliqué qu’il était peut-être dû aux crimes commis par Arriaga en sa qualité de gouverneur de la province de Tucumán dans le vice-royaume du Río de la Plata [61]. Le 9 novembre, « en espagnol et dans la langue des Indiens », Túpac Amaru a donné instruction aux Espagnols, aux métis et aux Indiens de se mettre en colonnes, avant de les autoriser à rompre les rangs. Le lendemain, ils ont marché au son de tambours et de fifres jusqu’à un tertre sur lequel des potences avaient été dressées. Selon un témoin, il y avait là 4 000 Indiens, tous armés de frondes. Un cholo (métis partageant les cultures indienne et espagnole) a commencé à lire une déclaration en espagnol, avant qu’on lui ordonne de s’exprimer en quechua. Bolaños a demandé une traduction. Le document disait ceci : « Par ordre du roi, il a été décidé de mettre un terme à l’alcabala, aux douanes et à la mita à Potosí, et d’ôter la vie à Don Antonio Arriaga du fait de son comportement nuisible. » Un autre témoin a expliqué que Túpac Amaru qualifiait Arriaga de « nuisible et tyrannique » et avait promis de « raser les obrajes [fabriques de tissus], d’abroger la mita à Potosí, l’alcabala, les douanes et le reparto de mercancías, et demandé que les Indiens soient remis en liberté pour qu’ils puissent vivre en union et en harmonie avec les créoles. » [62] Il est clair qu’à ce stade, alors que les chefs rebelles avaient mobilisé des milliers de partisans et adopté un discours belliqueux, leurs plans allaient au-delà de la punition d’une autorité vénale et de la négociation de meilleures conditions de vie.

Les rebelles ont conduit Arriaga à la potence. Au premier essai, la corde s’est rompue, lui épargnant temporairement la vie. Puis les bourreaux se sont servis d’une corde utilisée pour attacher les mules, et l’exécution a réussi. Bolaños a entendu des rumeurs selon lesquelles Túpac Amaru avait l’intention de détruire les fabriques de tissu et de capturer six autres corregidores, et qu’il menaçait de poursuivre quiconque s’opposerait à lui à travers tout le royaume. Bolaños est rentré à Sicuani très perturbé par les événements dont il avait été témoin. Ayant décidé de rester en ville, il a toutefois été convaincu par Don Ramón Vera, détenteur du monopole du tabac local, de prendre la fuite le plus tôt possible. Bien que Bolaños puisse sembler faible d’esprit, beaucoup de ceux qui avaient assisté à la pendaison du corregidor se demandaient bien alors comment les choses allaient tourner. Ainsi qu’on pouvait le lire dans un compte rendu, « l’inimaginable cruauté avec laquelle un corregidor avait été exécuté au cœur de sa province par un de ses sujets, et par ses obligés et confidents, en présence de ceux qui le respectaient et le craignaient », laissait les troupes pantoises [63].

Túpac Amaru agit de manière immédiate et décisive. Le 12 novembre à l’aube, ses troupes, estimées à quelques milliers d’hommes, atteignent Quiquijana, capitale de la province de Quispicanchis dans la vallée de Vilcamayo. Le corregidor, Fernando Cabrera, a déjà pris la fuite, témoignant de la rapidité avec laquelle les rumeurs se sont répandues. Túpac Amaru assiste à la messe et retourne à Tungasuca. En chemin, il attaque les fabriques de tissus de Pomacanchi et Parapicchu. Il ouvre la prison se trouvant dans la fabrique de Pomacanchi et, après avoir demandé si le propriétaire de la fabrique doit de l’argent à quiconque, il remet une partie du tissu et des milliers de kilos de laine à son frère, Juan Bautista Túpac Amaru, qui est prêtre, et à des partisans indiens. On peut lire dans un récit que « les Indiens s’apprêtaient à se venger en brûlant la fabrique, encouragés par les prisonniers. » [64] Les Indiens détestaient les fabriques car les conditions de travail y étaient déplorables et parce qu’elles servaient de prisons. En outre, les obrajes jouent un rôle central dans le reparto parce que leurs propriétaires se procurent de la laine à des prix artificiellement bas et vendent cher leurs tissus. Plusieurs prêtres reçoivent José Gabriel à son retour à Tungasuca. Un autre, cependant, lui adresse une lettre pour lui demander si la Couronne l’avait vraiment puni pour ses activités. Túpac Amaru lui répond sèchement et termine sa lettre sur un ton menaçant : « Je vois que vous avez beaucoup d’estime pour ces voleurs de corregidors qui, sans crainte de Dieu, ont imposé des tâches insupportables aux Indiens avec le reparto, en les volant de leurs longues mains. Certains prêtres les ont rejoints, et ils seront chassés de leurs fonctions pour voleurs et connaîtront ma puissance. » [65] Le 12 novembre, le conseil municipal se réunit à Cuzco pour discuter des « horribles débordements » survenus à Tungasuca [66]. La nouvelle de l’exécution d’Arriaga était arrivée.

Le corregidor de Cuzco, Fernando Inclán Valdéz, instaure un conseil de guerre incluant certaines personnalités de la ville. Il récolte des fonds et, le 13 novembre, envoie un émissaire à Lima pour demander de l’aide. Don Tiburcio Landa monte une compagnie composée de miliciens locaux, de volontaires venus de Cuzco et d’environ 800 Indiens et métis envoyés par les caciques d’Oropesa, Pedro Sahuaraura et Ambrosio Chillitupa. Le 17 novembre, ils atteignent Sangarará, bourgade située au nord de Tinta. Les comptes rendus des événements survenus pendant les 24 heures qui suivent sont variables, mais les sympathisants des rebelles et les fidèles de l’État colonial semblent concorder sur le fait que les troupes de Túpac Amaru ont écrasé celles de Landa.

Selon un compte rendu, lorsque les sentinelles n’eurent signalé aucun ennemi en vue, la compagnie de Landa a installé son camp pour la nuit, rendue plus inquiète par l’imminence d’une tempête de neige que par l’ennemi. À quatre heures du matin, au réveil, elle constate qu’elle a été encerclée. Landa et ses hommes se réfugient dans l’église. Túpac Amaru leur ordonne de capituler et donne instruction au prêtre et à son aide de quitter les lieux. Ses ordres n’ayant pas été exécutés, il demande aux créoles et aux femmes d’abandonner l’église, indiquant par là qu’un assaut est imminent. Landa et ses troupes empêchent tout le monde de partir, et plusieurs personnes mourront dans le chaos qui suit. Leur poudre à canon prend feu, ce qui a pour effet de brûler une grande partie du toit et de faire s’effondrer un mur. Dans un geste désespéré, ils déclenchent des tirs de canon et chargent l’ennemi. Très inférieurs en nombre et pris en étau, des centaines d’hommes de Landa sont tués. Selon le compte rendu, on aurait dénombré 576 morts, dont plus de 20 Européens. Vingt-huit créoles blessés ont été soignés et libérés [67].

Les partisans des Espagnols qui ont survécu à l’opération en ont fait un récit plus détaillé dans lequel ils reprochent à Túpac Amaru lui-même les dommages subis par l’église ainsi que la violence. Bartolomé Castañeda soutient qu’à son arrivée, Landa s’est acquis le soutien des Indiens de Sangarará. Toujours selon ses dires, ayant compris que l’ennemi était proche, les chefs se sont demandé s’il valait mieux installer le camp sur une des collines environnantes, ou bien à l’intérieur ou à proximité de l’église fortifiée. Ils ont opté pour l’église afin de s’abriter du froid de la nuit, ce qui s’est révélé une erreur fatale. Après s’être glissées dans le cimetière adjacent, les troupes de Túpac Amaru ont commencé à bombarder l’ennemi de pierres avec leurs frondes. Landa n’a pu se servir de son artillerie à cause des murs qui le séparaient du cimetière [68]. Un soldat a été tué pendant la ruée dans l’église. Selon Castañeda, les hommes de Túpac Amaru ont délibérément mis le feu à l’église. Pris de désespoir, beaucoup de soldats se sont confessés au prêtre, dépassé par le nombre. Forcés d’abandonner l’église, ils ont été tués à coups de pierres et de lance. Castañeda a réussi à se sauver en se cachant dans une petite chapelle. Il a calculé qu’au moins 300 de ses compagnons étaient morts et la plupart d’entre eux ont ensuite été dépouillés par les hommes de Túpac Amaru. À son avis, 6 000 Indiens se trouvaient dans les collines environnantes et les rebelles bénéficiaient d’un énorme soutien dans une grande partie de la région [69].

Un compte rendu fourni par l’aumônier des hommes de Landa, Juan de Mollinedo, apporte plus de détails sur la bataille de Sangarará et décrit la panique et la haine ressenties par les troupes. Il écrit qu’une récompense a été offerte à Cuzco pour la capture de Túpac Amaru, mort ou vif, ce qui a incité la compagnie de Landa à précipiter son expédition. Après que Landa eut emporté la décision concernant l’installation de la base dans l’église ou à l’extérieur du village, de fausses alertes ont réveillé les hommes à plusieurs reprises. Mollinedo évoque la déconvenue qui a été la leur au moment où les Indiens se sont emparés du cimetière adjacent, et raconte qu’un soldat a été aveuglé par un jet de pierre tirée à la fronde. Il décrit en détails l’héroïsme de Landa et d’autres chefs, qui ont continué de se battre même blessés. Beaucoup sont morts dans l’incendie de l’église, qui a été mis sur le compte de Túpac Amaru, et les hommes qui ont échappé « aux flammes voraces sont tombés aux mains des rebelles tout aussi voraces. Le massacre général, les gémissements pitoyables des mourants, la soif de sang de l’ennemi, les flammes, bref toutes les choses survenues en ce jour de malheur ont suscité horreur et commisération, sentiments aucunement ressentis par les rebelles ; aveuglés par la fureur et assoiffés de sang, ils ne pensaient qu’à éliminer tous les blancs. » [70] Mollinedo a dénombré 395 morts sur le champ de bataille, plus un nombre incalculable d’hommes incinérés dans l’église. Il chiffre les troupes de Túpac Amaru à 20 000 Indiens et 400 métis. Après avoir subi quelques mauvais traitements aux mains de ses ravisseurs, Mollinedo a été libéré par Túpac Amaru en personne en signe de respect pour sa fonction d’aumônier.

Sangarará a constitué pour Túpac Amaru une victoire écrasante mais coûteuse à plusieurs égards. En l’emportant sur un contingent bien armé de Cuzco, il a apporté au nombre croissant de ses partisans la démonstration de leur puissance militaire collective et enrichi son arsenal de centaines d’armes à feu. Les événements de Sangarará ont été maintes fois racontés dans toute la région, mais les Espagnols ont eu tôt fait d’incorporer la débâcle à leur propagande. À Cuzco, l’évêque Moscoso a excommunié Túpac Amaru pour avoir incendié une église, « crime atroce », et, à compter de ce jour-là, l’État colonial n’a eu de cesse de le présenter comme un traître sacrilège [71]. En outre, l’État a répandu une interprétation de la bataille de Sangarará semblable au récit de Mollinedo : des milliers d’Indiens sanguinaires avaient assassiné des non-Indiens qui s’étaient réfugiés dans une église. Si cette présentation du soulèvement sous l’aspect d’une guerre de castes irrationnelle a empêché Túpac Amaru de se gagner le soutien des créoles et d’autres non-Indiens influents, la bataille de Sangarará lui a rapidement conféré une aura d’invincibilité qui lui a valu le respect et le soutien des masses indiennes.

>> La deuxième partie de ce texte est publiée dans le numéro de février.


  • Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 3268.
  • Traduction de Gilles Renaud pour Dial. Traduction autorisée par l’auteur.
  • Source (anglais) : Charles Walker, Smoldering Ashes : Cuzco and the Creation of Republican Peru, 1780-1840, Durham, NC, Duke University Press, « Latin America Otherwise : Languages, Empires, Nations », 1999, chapitre 2 - « The Tupac Amaru Rebellion : Protonationalism and Inca Revivalism », p. 16-18, 22-54. (Les cartes reproduites sont issues de ce même ouvrage.)

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[1Le passage coupé (de la page 18 à la page 22) est intitulé « Précurseur, Inca ou traditionaliste ? Túpac Amaru et les historiens » et traite des différentes interprétations historiographiques de la rébellion.

[2Sauf mention contraire, les traductions de l’espagnol sont celles de l’auteur.

[3John A. Hall, par exemple, définit le nationalisme comme « la croyance dans la primauté d’une nation particulière, réelle ou construite ; une telle logique tend à donner au nationalisme une dimension plus politique que culturelle, et laisse supposer une mobilisation populaire ». John A. Hall, « Nationalism : Classified and Explained », Daedalus 122, n° 3 (été 1993), p. 2. John Breuilly propose une définition très semblable dans Nationalism and the State, deuxième éd. (Chicago : University of Chicago Press, 1994), p. 2. On trouvera des définitions davantage orientées vers la culture chez Brackette Williams, « A Class Act : Anthropology and the Race to Nation across Ethnic Terrain », Annual Review of Anthropology 18 (1989), p. 401-44 ; Katherine Verdery, « Whither “Nation” and “Nationalism” ? » in Benedict Anderson [dir.], Mapping the Nation (Londres : Verso, 1996), p. 226-34.

[4John A. Armstrong, Nations before Nationalism (Chapel Hill, N.C. : University of North Carolina Press, 1982).

[5Anderson, Imagined Communities : Reflections on the Origin and Spread of Nationalism (Londres : Verso, 1983) ; E. J. Hobsbawm, Nations and Nationalism Since 1789 (Cambridge : Cambridge University Press, 1990) ; Eley et Suny, Becoming National, introduction.

[6Comme Steve Stern l’a souligné, « les symboles protonationaux [de la rébellion] étaient liés non pas à un nationalisme créole naissant mais à la notion d’un ordre social andin, ou à domination inca. » « The Age of Andean Insurrection, 1742-1782 : A Reappraisal », in Stern [dir.], Resistance, Rebellion, and Consciousness in the Andean Peasant World, 18th to 20th Centuries (Madison : University of Wisconsin Press, 1987), p. 76.

[7Sur les réformes des Bourbons en tant que cause du soulèvement de Túpac Amaru, voir O’Phelan Godoy, Un siglo ; John Fisher, « La rebelión de Túpac Amaru y el programa imperial de Carlos III », in Flores Galindo [dir.], Túpac Amaru II, p. 107-28. Pour un tour d’horizon des réformes des Bourbons, voir David Brading, « Bourbon Spain and Its American Empire », in Colonial Spanish America, The Cambridge History of Latin America, vol. 1 et 2, sélections, sous la direction de Leslie Bethell (Cambridge : Cambridge University Press, 1987), p. 112-162.

[8Sur les bouleversements administratifs et la confusion qui a suivi concernant la nouvelle vice-royauté, le système d’intendance et les transformations de l’audiencia, voir John Lynch, Spanish Colonial Administration, 1782-1810 (Londres : University of London Press, 1958), p. 65-68 ; John R. Fisher, Government and Society in Colonial Peru : The Intendant System, 1784-1814 (Londres : Athlone Press, 1970), p. 49-50 ; Carmen Torero Gomero, « Establecimiento de la audiencia del Cuzco », Boletín del Instituto Riva Agüero 8 (1969), p. 485-91.

[9Nils Jacobsen, Mirages of Transition : The Peruvian Altiplano, 1780-1930 (Berkeley et Los Angeles : University of California Press, 1993), p. 41.

[10Jacobsen, Mirages, p. 44 ; O’Phelan, Un siglo, p. 174-221.

[11Scarlett O’Phelan Godoy, « Revueltas y rebeliones del Perú colonial », in The Economies of Mexico and Peru during the Late Colonial Period, 1760-1820, sous la direction de Nils Jacobsen et Hans-Jürgen Puhle (Berlin : Colloquium-Verlag, 1986), p. 146-48 ; Jürgen Gölte, Repartos y rebeliones : Túpac Amaru y las contradicciones de la economía colonial (Lima, Instituto de Estudios Peruanos, 1980).

[12Nils Jacobsen, « Peasant Land Tenure in the Peruvian Altiplano in the Transition from Colony to Republic », manuscrit (1989), p. 28-29 ; Charles F. Walker, « Peasants, Caudillos, and the State in Peru : Cuzco in the Transition from Colony to Republic, 1780-1840 », thèse de doctorat (University of Chicago, 1992), p.55-57. Les données viennent de John J. TePaske et Herbert Klein, The Royal Treasuries of the Spanish Empire in America, vol. 1, Peru (Durham, N.C. : Duke University Press, 1982).

[13Jurgen Gölte a calculé une augmentation moyenne d’environ 300%. Gölte, Repartos, p.104-105 et 120. Pour des critiques de Gölte, voir O’Phelan Godoy, Un siglo, p. 117-35, Flores Galindo, Buscando un Inca, 4e édition (Lima : Editorial Horizonte, 1994), p. 103-04.

[14Parmi les nombreuses études sur le déclin des caciques, voir Brooke Larson, « Caciques, Class Structure and the Colonial State in Bolivia », Nova Americana 2 (1979), p. 197-235 et Nuria Sala i Vila, Y se armó el tole tole : Tributo indígena y movimientos sociales en el virreinato del Perú, 1784-1814 (Lima : IER José María Arguedas, 1996). Pour une étude comparative intéressante, voir Nancy Farriss, Mayan Society under Colonial Rule (Princeton : Princeton University Press, 1984).

[15John Fisher, « Imperial “Free Trade” and the Hispanic Economy, 1778-1796 », Journal of Latin American Studies 13, n° 1 (1981), p. 21-56.

[16Selon Enrique Tandeter et Nathan Wachtel, « la rébellion (de Túpac Amaru) a éclaté au terme d’une longue période de prix bas ». Voir « Prices and Agricultural Production : Potosí and Charcas in the Eighteenth Century » in Essays on the Price History of Eighteenth-Century Latin America, sous la direction de Lyman L. Johnson et Enrique Tandeter (Albuquerque : University of New Mexico Press, 1989), p. 271. D’autres ont relevé cette évolution des prix, dont Luis Miguel Glave et Maria Isabel Remy, Estructura agraria y vida rural en una región andina : Ollantaytambo entre los siglos XVI y XIX (Cuzco : Centro Bartolomé de Las Casas), p. 429-53, graphique : p. 439 ; Luis Miguel Glave, « Agricultura y capitalismo en la sierra sur del Perú (fines del siglo XIX y comienzos de XX) », in Estados y naciones en los Andes, vol. X, sous la direction de J. P. Deler et Y. Saint-Geours (Lima : Instituto de Estudios Peruanos, 1986), p. 213-17 ; Jacobsen, Mirages, p. 95-106. Sur les pressions démographiques, voir Luis Miguel Glave, Vida símbolos y batallas : Creación y recreación de la comunidad indígena, Cuzco, siglos XVI-XX (Lima : Fondo de Cultura Económica, 1992), p. 93-115.

[17Jacobsen et Puhle, The Economies, p. 23-24.

[18Pour l’étude qui a probablement eu la plus forte influence dans ce courant de pensée, voir E. P. Thompson, « The Moral Economy of the English Crowd in the Eighteenth Century », Past and Present 50 (1971), p. 76-136, et « The Moral Economy Reviewed », in E. P. Thompson, Customs in Common (New York : New Press, 1991), p. 259-351. Pour une utilization des notions d’économie morale proposées par Thompson et James Scott, voir Brooke Larson, « Explotación y economía moral en los Andes », in Reproducción y transformación de las sociedades andinas, siglos XVI- XX, 2 vol., sous la direction de Segundo Moreno Yañez et Frank Salomon (Quito : Abya-Yala et MLAL, 1991), vol. 2, p. 441-80 ; et Ward Stavig, « Ethnic Conflict, Moral Economy, and Population in Rural Cuzco on the Eve of the Thupa Amaro II Rebellion », Hispanic American Historical Review 68, n° 4 (1988), p. 737-70.

[19Rowe, « El movimiento ».

[20Brading qualifie la publication de la seconde édition des Comentarios en 1722 d’« évènement incendiaire » pour la bourgeoisie indienne. David Brading, The First America : The Spanish Monarchy, Creole Patriots, and the Liberal State, 1492-1867 (Cambridge : Cambridge University Press, 1991), p. 490. Je tiens à remercier John Rowe de ses éclaircissements sur ce point.

[21Túpac Amaru y la iglesia : Antología (Cuzco : Edubanco, 1983), p. 276-77. Boleslao Lewin, La Rebelión de Túpac Amaru, 3e éd. (Buenos Aires : SELA, 1967 [1ère éd. 1943]), p. 382-88 ; José Durand, « El influjo de Garcilaso Inca en Túpac Amaru », COPE 2, n° 5 (1971), p. 2-7.

[22Flores Galindo, Buscando, p. 106. Sur le sujet des Quechua au XVIIIe siècle, voir César Itier [dir.], Del siglo del oro al siglo de las luces : lenguaje y sociedad en los Andes del siglo XVIII (Cuzco : Centro Bartolomé de Las Casas, 1995) ; Bruce Mannheim, The Language of the Inka Since the European Invasion (Austin : University of Texas Press, 1991).

[23Voir les essais dans John Lynch, Latin American Revolutions, 1808-1826 : Old and New World Origins (Norman : University of Oklahoma Press, 1994), surtout partie 5, « Ideas and Interests ».

[24Cité par Carlos Daniel Valcárcel, « Fidelismo y separatismo de Túpac Amaru, in La revolución de los Túpac Amaru : Antología, sous la direction de Luis Durand Flórez (Lima : Comisión Nacional del Bicentenario de la Rebelión Emancipadora de Túpac Amaru, 1981), p. 366.

[25José Antonio Del Busto Duthurburu, José Gabriel Túpac Amaru antes de su rebelión (Lima : Pontificia Universidad Católica del Perú, 1981), p. 93-95.

[26Robert Schafer, The Economic Societies in the Spanish World, 1763-1821 (Syracuse, N.Y. : Syracuse University Press, 1958), p. 157 ; Victor Peralta Ruiz, « Tiranía o buen gobierno : Escolasticismo y criticismo en el Perú del siglo XVIII », in Entre la retórica y la insurgencia : Las ideas y los movimientos sociales en los Andes, siglo XVIII, sous la direction de Charles Walker (Cuzco : Centro Bartolomé de Las Casas, 1996), p. 67-87.

[27Cela a été le cas avec le soulèvement d’Arequipa décrit plus loin.

[28Antonello Gerbi, The Dispute of the New World : The History of a Polemic, 1750- 1900 (Pittsburgh : University of Pittsburgh Press, 1973) ; Brading, The First America, p. 499.

[29Juan José Vega, José Gabriel Túpac Amaru (Lima : Editorial Universo, 1969), p. 13-15 : Juan José Vega, Túpac Amaru y sus compañeros, vol. 1 (Cuzco : Municipalidad del Qosqo, 1995), p. 3-21.

[30Cité par Cristobal Aljovín Losada, « Representative Government in Peru : Fiction and Reality, 1821-1845 », thèse de doctorat (University of Chicago, 1996), p. 221. Lewin soutient de manière convaincante qu’il n’y avait aucune contradiction dans le fait d’être à la fois un « aristocrate inca » et un « muletier inca ». Lewin, La rebelión, p. 335-36.

[31John H. Rowe, « Genealogía y rebelión en el siglo XVIII : Algunos antecedentes de la sublevación de José Gabriel Thupa Amaru », Histórica 6, n° 1 (juillet 1982), p. 65-85, surtout p. 74-75. Rowe évoque une récrimination de Túpac Amaru à l’encontre de Viana parce qu’il allait trop loin dans le repartimiento. Pour un premier aperçu de la résolution et du mécontentement de Túpac Amaru, voir sa pétition musclée contre Geronymo (sic) Cano, percepteur au service de Viana. Colección Documental de la Independencia Peruana, II, 2, p. 20-21.

[32Sur ce point, voir l’étude rigoureuse effectuée par Rowe, « Genealogía ». Pour la documentation, voir Colección Documental de la Independencia Peruana, II, 2, p. 39-75.

[33Rowe, « Genealogía », et John Rowe, « Las circunstancias de la rebelión de Thupa Amaro en 1780 », Revista Histórica 34 (1983-84), p. 119-40.

[34Pour la documentation concernant Moscoso, voir Comisión Nacional del Bicentenario de la Rebelión Emancipadora de Túpac Amaru, vol. II, 1980. S’agissant des événements de 1779 et 1780, voir Túpac Amaru y la iglesia, p. 165-201, avec une introduction de Scarlett O’Phelan Godoy, où l’on retrouve une partie de la riche documentation qu’abritent les archives de l’archevêché de Cuzco. Entre autres analyses de ces événements, voir David Cahill, « Crown, Clergy and Revolution in Bourbon Peru : The Diocese of Cuzco, 1780-1814 », thèse de doctorat. (University of Liverpool, 1984), p. 216-34 ; Iván Hinojosa, « Población y conflictos campesinos en Coporaque (Espinar) 1770-1784 », in Comunidades campesinas : cambios y permanencias, sous la direction d’Alberto Flores Galindo (Lima : CES Solidaridad, 1987), p. 229-56 ; Glave, Vida símbolos, chap. 3.

[35Concernant le rôle de l’église dans la rébellion, voir Severo Aparicio, « « La actitud del clero frente a la rebelión de Túpac Amaru », in Comisión Nacional del Bicentenario de la Rebelión Emancipadora de Túpac Amaru, Actas del coloquio internacional Túpac Amaru y su tiempo (Lima : Comisión Nacional del Bicentenario de la Rebelión Emancipadora de Túpac Amaru, 1982), p. 71-94 ; Cahill, « « Crown, Clergy » ; Emilio Garzón Heredia, « 1780 : Clero, elite local y rebelión », in Walker [dir.], Entre, p. 245-271 ; Jeffrey Klaiber, « Religión y justicia en Túpac Amaru », Allpanchis 19 (1982), p. 173-86 ; O’Phelan Godoy, Un siglo, p. 237-43.

[36Voir O’Phelan Godoy, qui fait le lien entre ces changements et le nombre de révoltes dans Un siglo, p. 177-80.

[37O’Phelan Godoy, Un siglo, p. 177-80.

[38Colección Documental de la Independencia Peruana, II, 2, p. iii.

[39Colección Documental de la Independencia Peruana, II, 2, p. 108.

[40Ibid. ; Kendall W. Brown, Bourbons and Brandy : Imperial Reform in Eighteenth-Century Arequipa (Albuquerque : University of New Mexico Press, 1986), chap. 9 ; Lewin, La rebelión, p. 156. Pour des analyses de la « mort du mauvais gouvernement », voir John Phelan, The People and the King : The Comunero Revolution in Colombia, 1781 (Madison : University of Wisconsin Press, 1978) ; Eric Van Young, « Millennium on the Northern Marches : The Mad Messiah of Durango and Popular Rebellion in Mexico, 1800-1815 », Comparative Studies in Society and History 28 (1986), p. 386-413 ; et son dossier « Quetzalcóatl, King Ferdinand, and Ignacio Allende Go to the Seashore ; or Messianism and Mystical Kingship in Mexico, 1800-1821 », in The Independence of Mexico and the Origins of the New Nation, sous la direction de Jaime O. Rodriguez (Los Angeles : UCLA Latin American Center, 1989), p. 176-204.

[41Lewin, La rebelión, p. 158.

[42L’une commençait ainsi : « Nous voulons parler ici / des agents du roi / qui veulent s’enrichir / en nous volant » ; Lewin, La rebelión, p. 155. Pour d’autres exemples, voir Colección Documental de la Independencia Peruana, II, 2, p. 127-28 ou 108, où l’on peut lire la proclamation suivante : « Longue vie à notre grand monarque / Longue vie à Carlos III / Et mort à tous les agents des douanes. »

[43Colección Documental de la Independencia Peruana, II, 2, p. 106-12, citation de la page 110. Il y est fréquemment fait mention des nobles et des plébéiens.

[44David Cahill, « Taxonomy of a Colonial “Riot” : The Arequipa Disturbances of 1780 », in Reform and Insurrection in Bourbon New Granada and Peru, sous la direction de John R. Fisher, Allan J. Kuethe, et Anthony McFarlane (Baton Rouge : Louisiana State University Press, 1990), p. 287. O’Phelan Godoy, Un siglo, p. 202-7.

[45Colección Documental de la Independencia Peruana, II, 2, p. 112-20.

[46Cahill, « Taxonomy », p. 270-72 and 276-82.

[47Cahill, « Taxonomy », p. 272-76 ; Brown, Bourbons, p. 207-8.

[48Cahill, « Taxonomy », p. 281-282.

[49Lewin, La rebelión, p. 163.

[50Lewin, La rebelión, p. 163. Guillermo Galdos Rodríguez, « Vinculaciones de las subversiones de Túpac Amaru y de Arequipa en 1780 », Comisión Nacional del Bicentenario de la Rebelión Emancipadora de Túpac Amaru, Actas, p. 271-78 ; Galdos Rodríguez cite un poème d’Arequipa qui appelle Cuzco à suivre le mouvement. Il note également l’utilisation de poèmes d’Arequipa à Cuzco, p. 272.

[51O’Phelan Godoy, Un siglo, p. 207, note que même leurs « petits chargements de piment » étaient soumis à un embargo.

[52Archivo Departamental del Cuzco, Libros de Cabildo, n° 27, 1773-80, p. 161-62.

[53Lewin, La rebelión, p. 164-65.

[54O’Phelan Godoy, Un siglo, p. 208-9.

[55Cité dans O’Phelan Godoy, Un siglo, p. 214. Rowe soutient que Túpac Amaru « a retenu la leçon » de sa conspiration. Rowe, « Las circunstancias », p. 127.

[56Sur le soulèvement, voir Angles Vargas, El cacique Tambohuacso (Lima : Industrial Gráfica, 1975), et O’Phelan Godoy, Un siglo, p. 207-17.

[57Sur le mouvement de Túpac Katari, voir Maria Eugenia del Valle de Siles, Historia de la rebelión de Túpac Catari, 1781-1782 (La Paz : Editorial Don Bosco, 1990) ; Sergio Serúlnikov, « Su verdad y su justicia : Tomás Catari y la insurrección Aymara de Chayanta, 1777-1780 » in Walker [dir.], Entre, p. 205-43 ; Lewin, La rebelión, p. 500-566.

[58Túpac Amaru devait un tribut et avait d’autres dettes. Arriaga exigeait d’être payé, menaçant de faire du tort au cacique et à sa famille, Colección Documental del Bicentenario de Túpac Amaru, vol. II, p. 159- 60, 223-25 ; Colección Documental de la Independencia Peruana, II, 2, p. 735.

[59Lewin, La rebelión, p. 442-43.

[60Comisión Nacional del Bicentenario de la Rebelión Emancipadora de Túpac Amaru, I, p. 502 et 508. Túpac Amaru aurait déclaré au prêtre « qu’il avait des ordres du Visiteur général, avec autorisation de la real audiencia de Lima. » Colección Documental de la Independencia Peruana, II, 2, p. 254.

[61Comisión Nacional del Bicentenario de la Rebelión Emancipadora de Túpac Amaru, I, p. 504.

[62Comisión Nacional del Bicentenario de la Rebelión Emancipadora de Túpac Amaru, I, p. 508, document de Don Miguel Martínez, prêtre et vicaire de Nuñoa et Santa Rosa. Son récit est fondé sur une conversation avec Bolaños et une lettre d’Eugenio de Silva, prêtre de la paroisse de Sicuani. Les rebelles connaissaient la fragilité d’une alliance entre Indiens et créoles, comme en témoigne le fait que leur appel à « l’union et à l’harmonie » ait été suivi de la déclaration : « Au contraire, vous serez punis ».

[63Colección Documental de la Independencia Peruana, II, 2, p. 255.

[64Jorge Cornejo Bouroncle, Túpac Amaru : La revolución precursora de la emancipación continental (Cuzco : n.p., 1949), p. 493, cité par Vega, José Gabriel Túpac Amaru, p. 48. Voir aussi p. 45-54 ; Lewin, La rebelión, p. 409-12 ; Colección Documental de la Independencia Peruana, II, 2, p. 277 et 292-93. Magnus Mörner met en doute ces interprétations, Perfil de la sociedad rural del Cuzco a fines de la colonia (Lima : Universidad del Pacifico, 1978), p. 125-29.

[65Lewin, La rebelión, p. 446. Lewin note que Túpac Amaru était souvent retardé par de telles tâches apparemment mineures, mais soutient que des lettres de cette nature avaient des effets importants.

[66Comisión Nacional del Bicentenario de la Rebelión Emancipadora de Túpac Amaru, I, p. 422-23.

[67Lewin, La rebelión, p. 447-53 ; Túpac Amaru y la iglesia, p. 212-15 ; Alejandro Seraylán Leiva, Campañas militares durante la dominación española, Historia general del ejército peruano, tome 3, vol. 2 (Lima : Comisión Permanente de Historia del Ejército del Perú, 1981), p. 609-12.

[68Comisión Nacional del Bicentenario de la Rebelión Emancipadora de Túpac Amaru, I, p. 422-23.

[69Comisión Nacional del Bicentenario de la Rebelión Emancipadora de Túpac Amaru, I, p. 424.

[70Comisión Nacional del Bicentenario de la Rebelión Emancipadora de Túpac Amaru, I, p. 432.

[71Túpac Amaru a déployé beaucoup d’efforts pour rétablir de bonnes relations avec l’église et convaincre ses partisans et les autres qu’il était un bon chrétien. Lewin, La rebelión, p. 450-53, se réfère à une lettre de Túpac Amaru à l’évêque Moscoso datée du 12 décembre dans laquelle il expliquait sa position. Micaela a noté que, selon lui, l’excommunication ne le visait pas, ni lui ni ses proches, parce que « Dieu connaissait leurs intentions ». Colección Documental de la Independencia Peruana, II, 2, p. 716.

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