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DIAL 2833

BRESIL - La déforestation serait en baisse

Mario Osava

dimanche 16 octobre 2005, mis en ligne par Dial

La déforestation de l’Amazonie (Brésil) s’est réduite de moitié entre août 2004 et juillet 2005, par rapport à la même période de l’année antérieure, selon l’information donnée par le ministère de l’environnement en se référant au premier résultat fourni par le « Plan d’action pour la défense des forêts ». Article de Mario Osava, paru dans IPS, 26 août 2005


Les données, même préliminaires, indiquent que dans la période d’août 2004 à juillet 2005, 9 106 km2 de forêts amazoniennes ont disparu, contre une déforestation qui, entre août 2003 et juillet 2004 avait atteint 18 724 km2.

La ministre Marina Silva a célébré ce résultat comme le succès du plan lancé en mars 2004, avec des mesures de prévention et le contrôle de la déforestation dans les 5 millions de kilomètres carrés de l’Amazonie. Les actions comprennent non seulement la répression, mais aussi des initiatives de développement durable, a-t-elle souligné.

Mais il est nécessaire de maintenir l’effort, selon l’organisation internationale Greenpeace, qui a rappelé que les autorités ont reconnu avoir manqué de moyens pour combattre la destruction illégale des forêts et que, durant ce mois d’août, on a constaté une augmentation des incendies de forêts par comparaison avec le mois d’août de l’année passée.

Les données avancées peuvent aussi contenir une sous-estimation, ont observé les écologistes. Elles se basent sur le système de détection en temps réel (DETER) qui se destine au suivi en temps réel de la déforestation, dans un but répressif.

Ses données sont moins précises que le système traditionnellement employé pour estimer l’aire détruite, avec des images du satellite Landsat et dont les résultats seront seulement prêts à la fin de l’année, en couvrant 12 mois, d’août à août. La déforestation officielle de l’année 2003-2004 a atteint 26 130 km2, soit une augmentation de 6% par rapport à l’année antérieure.

Mais les estimations des deux systèmes indiquent la même tendance à la réduction, soutint la ministre. Le DETER permet un calcul proche de la réalité, assure l’Institut de l’homme et de l’environnement de l’Amazonie (IMAZON) qui a développé un modèle d’ajustement de leurs données.
Cette organisation non gouvernementale avait déjà avancé une chute inespérée de la déforestation, basée sur les chiffres de juin, lorsqu’elle a constaté une réduction de 95% en relation avec le même mois de 2004.

Ce résultat est dû à un ensemble de facteurs, et pas seulement aux actions gouvernementales, selon l’évaluation faite pour IPS par Sergio Guimaraes, coordinateur de l’Institut du centre de vie (ICV), organisation non gouvernementale qui travaille dans l’Etat occidental du Mato Grosso, champion de la déforestation amazonienne et de la production de soja, deux faits qui sont reliés.

La chute des prix internationaux du soja, qui a limité l’expansion des semences des années antérieures, ont représenté une importante contribution à la diminution notable de la déforestation.

Le gouvernement de gauche de Luis Inacio Lula da Silva a empêché de couper ou de brûler des arbres dans une grande zone traversée par la route BR 163, et a démantelé un réseau de corruption qui favoriséait l’extraction illégale de bois dans le Mato Grosso.

La route BR 163, destinée principalement au transport qui sert à l’exportation du soja produit dans le Mato Grosso, devra être goudronnée prochainement, ce qui facilite son occupation, les fraudes dans la possession des terres voisines et toutes sortes de rivalités qui engendrent la déforestation.

Brasilia, sous la pression du mouvement environnemental, essaie d’établir des mécanismes de contrôle pour éviter que ne se répètent les désastres écologiques antérieurs provoqués par les routes en Amazonie.
« Nous espérons cette fois une plus grande présence de l’Etat » pour réguler l’expansion des activités économiques le long de la route, en réduisant ses effets nocifs, affirme Guimaraes, qui identifie comme principaux facteurs de déforestation l’élevage, le soja et l’extraction du bois.

Le groupe dénommé « Opération Curupira » a contribué également au premier grand triomphe contre la déforestation amazonienne en démantelant un réseau de corruption des autorités environnementales et des entreprises qui travaillent le bois dans le Mato Grosso, au début du mois de juin.

Mais la plus grande réduction de la déforestation est survenue dans l’Etat septentrional du Parà et dans l’Etat voisin du Tocantins, au sud, où elle a chuté de 81%.

Mato Grosso qui a enregistré quelque 48% de la diminution de la zone déboisée en 2003-2004, devra passer à 60% cette année, a estimé Joao Paulo Capobianco, secrétaire du département de la biodiversité au ministère de l’environnement…

Dans le Parà, qui occupe la seconde place dans la destruction de la forêt, la brusque réduction a été due en grande partie à la répression plus intense envers les grands propriétaires, depuis février, lorsque fut assassinée la missionnaire catholique Dorothy Stang, pour cause de conflits pour la terre [1].

La déforestation amazonienne est un facteur négatif pour l’image internationale du Brésil depuis les années quatre-vingt.
Cependant, les résultats positifs, annoncés aujourd’hui, ne font pas baisser la pression des écologistes.

Il y a 10 ans, le Forum brésilien des organisations non gouvernementales et des mouvements sociaux pour l’environnement et le développement, composé de 20 institutions, manifesta au gouvernement sa « grave préoccupation » concernant la faible exécution du plan d’action, de prévention et de contrôle de la déforestation.

Ce plan comprend plusieurs axes concertés, comme la planification des haciendas et les activités de développement durable, qui sont oubliées ou faiblement réalisées, tandis que les grands projets d’infrastructure en Amazonie sont en train de progresser sans tenir compte des règles prévues, soulignent les écologistes.


- Dial – Diffusion d’information sur l’Amérique latine – D 2833.
- Traduction Dial.
- Source (portugais) : IPS, 26 août 2005.

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[1Cf. Dial 2787.

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