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FILM - MEXIQUE - Workers, de José Luis Valle (2013)

Françoise Couëdel

vendredi 30 mai 2014, mis en ligne par Françoise Couëdel

- Avec Jesús Padilla, Susana Salazar, Barbara Perrin Rivemar. Sergio Limón, Vera Talaia…
- Durée : 120 minutes
- Sortie : 2013
- Sortie DVD (France) : 6 mai 2014

Nous sommes à Tijuana, cette ville de passage, si près des États-Unis mais séparée de l’eldorado dont rêvent beaucoup de Mexicains déshérités par un mur que beaucoup ont l’espoir de franchir un jour.

Ce mur c’est aussi celui qui, dans la vie quotidienne, sépare Rafael, technicien de surface dans une usine de fabrication d’ampoules électriques, de l’univers d’une richissime vieille dame. Elle n’est plus que l’ombre d’elle-même avec ses bijoux clinquants, son maquillage outrancier et ses tenues vaporeuses de haute couture. Sa demeure d’un luxe ostentatoire, avec parc aux bosquets taillés au cordeau, piscine d’eau turquoise, entretenue par six domestiques, contraste avec la masure dans laquelle vit Rafael. Toute la vie de cette femme oisive se limite à l’amour qu’elle porte à son lévrier afghan, Princesa, dont doit s’occuper la domesticité. Lidia est préposée à la préparation, à un gramme près, de l’alimentation de la chienne, le chauffeur la promène dans la Mercedes de sa patronne, en évitant les quartiers insalubres pour ne pas heurter son regard de chienne racée. Le film est la représentation, à peine caricaturale, du fossé qui sépare les classes modestes de celle des nouveaux riches mexicains.

Les deux mondes présentés comme immuables vont cependant se fissurer. Rafael, à quelques jours d’une retraite bien méritée, se voit notifier, malgré de longues années de loyaux services au sein de l’entreprise, qu’il n’a pas droit à sa pension, en tant qu’immigré illégal. Il se résigne momentanément à reprendre du service mais il parviendra, par un subtil stratagème, à faire licencier son patron.

Quant aux employés de la richissime vieille dame, au décès de leur patronne, ils sont chargés de gérer sa fortune, léguée dans son intégralité à Princesa. Au décès de celle-ci ils pourront se partager l’héritage, avec l’assentiment des autres membres de la famille aux activités plus que suspectes.

Il est aisé pour le spectateur d’imaginer la suite mais tout ne se passera pas sans un certain nombre de rebondissements ubuesques.

Dans son premier long métrage José Luis Valle révèle une grande maîtrise de la caméra, du jeu des éclairages et des couleurs : plans serrés, cruels, de la vielle dame, sorte de calavera, une des nombreuses représentation de la mort que les Mexicains vénèrent, atmosphère glaciale et lumière bleutée dans les couloirs de l’usine d’ampoules électriques, blancheur éclatante, marmoréenne dans la somptueuse villa de la riche héritière, blancheur aussi du pelage de Princesa et du bain moussant auquel elle est soumise quotidiennement, lumière naturelle, plein soleil, dans le parc qu’à ses moments perdus fréquente Rafael et où il retrouve une jeune fille qui l’a pris en sympathie et l’initie à la lecture.

La blancheur diaphane de la dame de la bonne société, les visages basanés et ridés des domestiques métis sont autant de codes subliminaux qu’utilise avec subtilité le réalisateur pour révéler la hiérarchie sociale et ethnique de la société mexicaine.

Le réalisateur

Né au Salvador, José Luis Valle a pris la nationalité mexicaine alors qu’il faisait des études de littérature et de cinéma au Mexique. Il a réalisé deux courts métrages : Quimera (2006) et Las búsquedas (2013).

Son documentaire El Milagro del Papa a été sélectionné au Festival de Locarno en 2009.

Workers est son premier long métrage, récompensé par de nombreux prix : l’Abrazo d’or au Festival des Cultures d’Amérique latine de Biarritz, en 2013, le Colón de oro à Huelva en Espagne.

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