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DIAL 2854

EL SALVADOR - « Mgr Romero est un martyr inconfortable, ce n’est pas Mère Teresa. »

Gregorio Rosa Chávez

dimanche 1er janvier 2006, mis en ligne par Dial

25 ans après son martyre, le procès de béatification de Mgr Romero est achevé. La procédure avait été plus rapide pour certains, comme J. Balaguer, fondateur de l’Opus Dei, institution particulièrement choyée par Jean-Paul II, ou pour Mère Teresa dont la charité, admirable, ne posait aucune question politique sur l’organisation de notre monde. A l’occasion de la sortie d’un livre regroupant des paroles de Mgr Romero, Mgr Gregorio Rosa Chávez, évêque auxiliaire de San Salvador, a tenu quelques propos qui méritent d’être entendus. Nous publions ci-dessous deux textes parus simultanément dans Cáritas Panamá, 17 décembre 2005.


« Romero est un martyr inconfortable, qui a été assassiné par les chrétiens eux-mêmes, mais c’est aussi le martyr le plus connu et le plus aimé de tout le XXe siècle », a affirmé cette semaine l’évêque auxiliaire de San Salvador, Gregorio Rosa Chávez [1].
Le procès [2], au niveau technique, est terminé, et tout paraît indiquer que la béatification de l’archevêque de San Salvador est sur le point de se faire, bien que Mgr Rosa Chávez ait averti que la « politisation » de la figure de ce martyr pourrait conduire à retarder sa montée sur les autels, ou à « faire main basse sur sa figure et sa vie pour en faire autre chose que ce qu’il fut ».

Engagement avec les pauvres

« Romero a été un homme libre, sans crainte pour donner la vie et s’engager avec les pauvres, dont l’exemple nous interpelle. Je me sentirais très mal à l’aise si on béatifiait un Romero édulcoré », a indiqué le prélat, qui s’est montré convaincu que « dans une société comme celle d’aujourd’hui, dans laquelle l’être humain tend toujours à chercher la sécurité et son bien personnel, Mgr Romero nous met au défi de vivre l’Evangile dans l’espérance. Nous avons besoin de prophètes qui annoncent un monde nouveau et solidaire, et Romero est, encore aujourd’hui, la voix de ceux qui sont sans voix. »

« Oscar Romero est aujourd’hui saint Romero du monde. Romero est à tous, non à une partie de l’Église, comme nous l’a dit, il y a des mois, le cardinal Ratzinger lui-même », a indiqué l’évêque auxiliaire de San Salvador, qui a critiqué que, un quart de siècle après, « en El Salvador, personne n’a demandé pardon » pour son assassinat.

À son avis, « l’exemple de Romero est très nécessaire aujourd’hui, alors que la tentation de la répression se fait latente dans le monde après le 11-S et le 11-M [3]. La voie à suivre ne passe pas par les armes, ni par la guerre préventive, mais par une véritable solidarité ».

Une solidarité qui, comme le disait déjà Romero, est vitale pour les nations développées. « S’il n’y a pas de solidarité avec le Tiers monde, le Premier monde n’est pas viable, il se noiera dans sa richesse et son ennui », a constaté Gregorio Rosa Chávez.

***

L’évêque auxiliaire de San Salvador, Gregorio Rosa Chávez, a reconnu aujourd’hui [4] que beaucoup de personnes craignent qu’avec la canonisation par le Saint Siège de l’archevêque Romero, assassiné il y a 25 ans, sa figure de « martyr inconfortable » ne soit édulcorée ainsi que sa pastorale prophétique dans la dénonciation de l’injustice.

Le prélat, qui se trouve à Madrid pour présenter demain le livre Día a día con monseñor Romero, a fait ces déclarations pendant une rencontre avec les médias au siège de Cáritas, coéditeur de l’œuvre avec PPC.

Gregorio Rosa a fait référence aux difficultés rencontrées au cours du procès de canonisation d’Oscar Arnulfo Romero, en raison des accusations d’hétérodoxie par rapport à la doctrine officielle de l’Église catholique et de la « politisation » de sa figure. Il a expliqué que ces difficultés étaient déjà résolues et qu’il ne manque plus que l’annonce de la conclusion du procès par le Saint Siège.

Le prélat, qui est aussi président de Cáritas en Amérique latine et dans les Caraïbes, a dévoilé que Jean Paul II, en novembre 2001, pendant une audition privée accordée à l’actuel archevêque de San Salvador, Fernando Sáenz Lacalle et à lui-même, avait affirmé en italien que le meurtre de Mgr Romero « est un martyre ».

A 25 ans de son décès cette année (le 24 mars 1980 tandis qu’il célébrait l’Eucharistie, il a été assassiné par le tir d’un franc-tireur), la Congrégation pour la doctrine de la foi a annoncé qu’on avait examiné tous les écrits et prédications de Romero, et qu’on en avait conclu qu’ils étaient fidèles à la doctrine de l’Église, a rappelé Gregorio Rosa.

En réponse à une question, le prélat a reconnu qu’avec la prochaine canonisation, beaucoup de partisans de la pastorale de Romero ont peur que l’on puisse ainsi « édulcorer sa figure ». « Cette crainte, a-t-il souligné, existe parmi nous et un Romero édulcoré nous paraîtrait une très mauvaise chose », parce que dans « une société dans laquelle l’être humain tend toujours à chercher la sécurité, Mgr Romero dit que Dieu nous désinstalle toujours ». « C’est un martyr inconfortable, et il est clair, a dit Gregorio Rosa, que ce n’est pas la Mère Teresa » et que « en lisant ses écrits on se sent mis au défi », parce qu’il fut « un témoin cohérent », « un martyr libérateur » qui a toujours cru en la mission prophétique de l’Église.

En El Salvador, a dit le prélat, on essaye d’effacer de la mémoire le passé et on dit qu’il faut aller de l’avant, mais Jean Paul II lui-même a dit que « nous ne devons pas oublier mais purifier la mémoire ». Cela signifie, a ajouté Gregorio Rosa, « ne pas être attaché au passé, mais en prendre conscience pour essayer qu’il ne se répète pas ».
Les assassins de Romero, a-t-il ajouté, sont amnistiés et il n’y a pas de possibilité légale pour les juger, mais en El Salvador, contrairement à d’autres pays comme le Chili, « ni on a demandé pardon, ni on a réparé les dommages aux familles des victimes qui ont souffert l’injustice et la répression ».

Le livre Día a día con monseñor Romero : meditaciones para todo el año (Jour après jour avec Mgr Romero : méditations pour toute l’année), dont Gregorio Rosa Chávez a écrit l’introduction, reprend, par ordre chronologique, des extraits des principales homélies qu’a prononcées Mgr Romero après avoir été nommé archevêque de San Salvador, jusqu’à sa mort.

Parmi elles, certaines sont très connues comme celle qui inspira à un paysan ces paroles : « la loi est comme la couleuvre, elle pique seulement ceux qui ne portent pas de chaussures. ».

- Dial – Diffusion d’information sur l’Amérique latine – D 2854.
- Traduction Dial.
- Source (espagnol) : Cáritas Panamá, 17 décembre 2005.

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[1En visite en Espagne pour présenter le livre Día a día con monseñor Romero (Jour après jour avec Mgr Romero) publié par Cáritas et PPC, qui rassemble les principales pensées de l’évêque salvadorien assassiné le 24 mars 1980.

[2De béatification.

[3Attentats des 11 septembre 2001 à New York et 11 mars 2004 à Madrid.

[414 décembre.

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