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DIAL 2983

MEXIQUE - Mourir pour la Terre Mère. Les Indiens défendent les forêts de la coupe incontrôlée

John Ross

vendredi 1er février 2008, mis en ligne par Dial

Comme ce texte, publié dans le numéro 16 de Noticias Aliadas (5 septembre 2007), en témoigne, la lutte pour le contrôle et l’exploitation des ressources naturelles est multiforme et continentale. Après le texte sur la biopiraterie en Équateur, paru dans le numéro d’octobre de Dial, voici un article sur l’exploitation illégale des forêts au Mexique. On y retrouve les mêmes acteurs, d’un côté les communautés indiennes, de l’autre les multinationales. L’État est le plus souvent absent, au moins dans ses fonctions de protection des populations, car pour ce qui est de l’usage de l’appareil répressif, il n’est en général pas en reste.


Une grande partie des forêts mexicaines se trouve sur les quelque 500 ejidos, ou terres communales, appartenant aux peuples indiens, mais ceci ne garantit pas qu’elles seront défendues et conservées.

Ces forêts luxuriantes couvrent un quart du territoire national et représentent 1,3% des ressources forestières du monde, mais cette superficie est peu à peu recouverte des dépouilles de ceux qui les défendent.

Les forêts mexicaines sont le théâtre d’une guerre entre bandes de narcotrafiquants pratiquant la déforestation au profit de leurs cultures illicites, groupes de guérilleros installés dans des campements, trafiquants de bois lourdement armés qui volent près de 4800 m3 de bois par an et militants écologistes.

Ces dernières années, les forêts mexicaines sont devenues aussi meurtrières que le Brésil, où des défenseurs martyrs de l’environnement comme Chico Mendes et Sœur Dorothy Stang [1] ont été la cible de tueurs à gages engagés par des propriétaires terriens.

Selon les estimations de Héctor Magallanes, coordonnateur de la campagne en faveur des forêts de Greenpeace Mexique, 30 inspecteurs forestiers, soit 1/3 des effectifs de l’État, ont été assassinés depuis 1991 dans l’État de Mexico.

Si de nombreux Indiens protègent jalousement leur ressource la plus importante, ces forêts qu’ils détiennent en commun, d’autres groupes comme les Lacandons, qui vivent plus au sud, dans la forêt de l’État du Chiapas, louent les droits qu’ils possèdent sur des millions de mètres cubes de bois précieux, comme l’acajou et le cèdre, à des compagnies forestières.

Par ailleurs, les Indiens mayas zapatistes, qui partagent la forêt tropicale avec les Lacandons, appliquent des restrictions sur la coupe du bois dans leurs communautés et placent des barricades sur les chemins et dans les canyons afin d’empêcher les coupeurs de bois de transporter leurs cargaisons vers les scieries clandestines de la municipalité d’Ocosingo (Chiapas). Les affrontements sur les barricades ont déjà fait des victimes des deux côtés.

« La terre est notre mère » a expliqué Omar, zapatiste de l’ejido de Morelia lors d’un récent forum dans la forêt lacandone. « Nous sommes prêts à mourir pour la défendre ».

Lorsque les militants écologistes ne sont pas assassinés, ils sont poursuivis et emprisonnés pour des motifs absurdes. En juin, Jaime González, activiste du Chiapas, a été détenu par la police pour infraction à la circulation ; il a disparu 15 jours durant lesquels il affirme avoir été torturé sans relâche. Jaime González est toujours en prison.

Les paysans de la Sierra de Petatlán, dans l’État du Guerrero, au sud, se sont organisés pour lutter contre la coupe incontrôlée de l’entreprise forestière états-unienne Boise Cascade. Cette compagnie s’est installée au Mexique en 1995 après avoir obtenu les autorisations lui permettant d’exploiter le bois. Son arrivée fait suite à l’annulation des permis d’exploitation sur leur territoire national, les États-Unis, sous la pression des militants écologistes. Le blocage des chemins a fini par faire obstacle à son accès aux forêts, et la transnationale a transféré ses opérations au sud du Chili. Cette décision n’étant cependant pas du goût de certains caciques qui avaient passé des accords lucratifs avec Boise Cascade, au moins cinq paysans ont été assassinés.

Rodolfo Montiel et Teodoro Cabrera, fondateurs de l’Organisation des paysans écologistes de la Sierra de Petatlán et de Coyuca de Catalán (OCESP), ont été détenus et torturés pendant plusieurs jours par l’armée. Ils ont ensuite été accusés de possession illégale d’arme et de trafic de drogue et incarcérés au Centre de réinsertion sociale d’Iguala, à Guerrero, pendant deux ans.

Ces deux hommes, déclarés prisonniers d’opinion par Amnesty International, ont reçu le Prix Goldman, considéré comme le prix Nobel de l’environnement, décerné par la prestigieuse organisation écologiste états-unienne, Sierra Club.

Libérés en 2001 par le président de l’époque, Vicente Fox (2000-2006), ils se sont installés au Yucatan, à l’extrémité est du pays.

En octobre 2001, leur avocate, Digna Ochoa, a été assassinée dans la ville de Mexico, et en mai 2005, le paysan écologiste Albertano Peñaloza, membre de la OCESP, a été victime d’une embuscade dans la Sierra de Petatlán dans laquelle sont morts deux de ses fils.
Albertano Peñaloza, Felipe Arreaga et Celsa Baldovinos ont, quelques mois plus tard, reçu le prix Chico Mendes 2005, également décerné par Sierra Club.

La persécution des militants écologistes ne se limite pas au Sud du Mexique. Isidro Baldenegro, indien raramuri défenseur des forêts de pins de la Sierra Tarahumara – dans l’État de Chihuahua, au nord du pays –, qui se réduisent comme peau de chagrin, et le jeune Hermenegildo Rivas en ont fait l’amère expérience. Arrêtés dans leur ejido en 2003 après que les forces de l’ordre ont pénétré dans leur domicile sans mandat, puis accusés, comme à Guerrero, des habituels possession illégale d’arme et trafic de drogue, ils ont été battus sans pitié et incarcérés pendant 18 mois, jusqu’à l’intervention des groupes écologistes. Déclarés eux aussi prisonniers d’opinion par Amnesty, ils ont été décorés du prix Goldman en 2005.


- Dial – Diffusion d’information sur l’Amérique latine – D 2983.
- Traduction de Gabrielle Luce-Véronique pour Dial.
- Source (espagnol) : Noticias Aliadas, n° 16, 5 septembre 2007.

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