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BRÉSIL - Des avancées pour vaincre le fascisme et la politique de la haine

Leonardo Boff

mardi 18 janvier 2022, mis en ligne par Françoise Couëdel

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20 décembre 2021 - Nous sommes convaincus que ce douloureux chaos destructeur va s’éloigner et se transformer en un chaos régénérateur et prometteur d’un nouvel ordre, plus fort, plus juste, fraternel et respectueux de la vie.

Cet article est dédié à ceux qui luttent pour une démocratie blessée et pour la récupération d’une nation dévastée.

Des forces politiques, ennemies de la vie, se sont alliées au coronavirus et ont permis la mort de plus de 600 mille êtres humains. Leur objectif consiste à nous ramener à des époques pré-modernes en démantelant notre culture et notre science, en supprimant les droits du travail et la sécurité sociale, en répandant des mensonges, la haine ignominieuse des pauvres, des Indiens, des afro-descendants, des membres des quilombos, des homosexuels et des LGBTI.

Ces forces relèvent d’une idéologie ultraconservatrice avec des relents clairement fascistes. Elles ont atteint le sommet du pouvoir de notre république. Le principal représentant de ces forces, par tous les moyens, au mépris même de la loi, veut être réélu. Comme parlementaire il a glorifié les tortionnaires et soutenu des dictatures. Comme chef d’État il a favorisé les gigantesques incendies de la forêt amazonienne, encouragé l’exploitation du bois, la pénétration des entreprises minières, des chercheurs d’or, jusque sur les territoires indiens. Il a commis un crime contre l’humanité par le négationnisme qu’il a affiché concernant l’immunisation contre le Covid-19 et s’est montré insensible, sans aucune empathie, à l’égard des familles endeuillées et des millions de chômeurs et d’affamés.

Malheureusement nous ne pouvons que constater la fragilité, et même la défaillance, de nos institutions officielles ou judiciaires et la basse intensité de notre démocratie qui, si on l’analyse sous la perspective de la justice sociale et des droits humains, ressemble à une immense farce officielle. Rien ou peu n’a été fait pour écarter du pouvoir cette figure sinistre, autoritaire et fascisante. On ne peut plus se permettre d’assister impassibles au déchirement de la population, au désastre culturel, politique et spirituel de notre pays.

Face à cette tragédie historique, nous devons, par la voie des élections, freiner cette pulsion de mort qui anime le pouvoir exécutif et ses auxiliaires. Il faut impérativement infliger une défaite électorale écrasante à celui qui s’est révélé inepte, indigne, pervers et incapable de gouverner le peuple brésilien. Il mérite d’être balayé légalement de la scène politique et de payer pour ses crimes pour qu’enfin nous puissions vivre avec un minimum de développement juste et soutenable, dans la paix sociale, la joie sincère et le bonheur collectif.

Pour mettre en œuvre cette exigence sociale et étique, dans les limites de la Constitution, du droit démocratique, il est important selon moi de procéder ainsi :

Premièrement  : il faut assurer si cela est possible dès le premier tour, la victoire d’un président doté de charisme, ayant la confiance d’une immense majorité et la capacité de nous sortir du puits noirs dans lequel nous sommes tombés. Lui, a déjà montré antérieurement qu’il est capable d’opérer cette rédemption. Il est inutile de révéler son nom car il se distingue déjà dans les sondages électoraux.

Deuxièmement : il ne suffit pas d’élire un président doté de ces caractéristiques. Il est fondamental de lui assurer un groupe parlementaire important pour que le présidentialisme de coalition ne compromette pas les idéaux et les propos des origines, les rétablir, comme le choix de politiques sociales qui soient attentives aux grandes majorités appauvries et opprimées, en toute transparence, selon une éthique de la solidarité à l’égard des plus vulnérables et une souveraineté inconditionnelle efficace. Les alliances se feront entre des partis ayant des convergences de programmes et de politiques publiques. Il est important également de garantir l’élection des gouverneurs et, le moment venu, des maires et des conseillers qui, dans les régions et à la base, soutiennent le gouvernement central avec un sens de la justice sociale et l’attention portée à la préservation de la vie du peuple et de la nature.

Troisièmement : – le plus important – il faut consolider, là où c’est nécessaire, reprendre le travail de base en organisant des comités populaires de tout type pour qu’ils participent et se joignent aux organisations déjà existantes dans le domaine de la santé, de l’éducation, de l’égalité de genre, en créant une conscience citoyenne. Il ne suffit pas de garantir l’éradication du système existant, pervers, ennemi du peuple, mais de créer une conscience de changement qui s’oriente vers un autre type de société avec une démocratie participative, écologique et sociale.

Ce travail de base est impératif si nous voulons créer les conditions d’une transformation qui vienne d’en bas et créer des mouvements progressistes et libérateurs qui traduisent les rêves en pratiques viables et quotidiennes. C’est au ras du sol que l’innovation se met à l’épreuve d’abord et puise l’énergie nécessaire pour poursuivre la refondation d’un nouveau Brésil, contre l’héritage de la dépendance historique, contre la faible estime de soi, celle des élites rétrogrades, contre l’oligopole des moyens de communication, bras idéologique de la classe dominante, héritière de la Maison Grande.

Nous sommes convaincus que ce douloureux chaos destructeur va disparaître et deviendra un chaos régénérateur qui annoncera un nouvel ordre, plus digne, plus juste, plus fraternel et protecteur de toute forme de vie, enfin, un Brésil dans lequel nous aurons la joie de vivre et de vivre ensemble, où la tendresse et la jovialité qui sont ce que nous avons de meilleur seront plus facile à exprimer.


Leonardo Boff est éco-théologien, philosophe et écrivain auteur de Brésil : achever la refondation ou prolonger la dépendance, Vozes, 2018 ; Habiter la terre. Quel chemin vers la fraternité universelle ?, Trotta, 2021.

Traduction française (de l’espagnol) par Françoise Couëdel – la traduction du portugais à l’espagnol est de Mª José Gavito Milano.

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