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DIAL 3573 - Dossier « Constituante »

CHILI - Isabel Cayul, candidate mapuche à la Constituante : « Notre proposition est écoféministe, anti-néolibérale et plurinationale »

Francisca Valencia

samedi 10 avril 2021, mis en ligne par Dial

Le samedi 15 et dimanche 16 mai auront lieu les élections pour élire la Convention constituante qui aura pour mission de rédiger une nouvelle constitution, après la victoire du Oui lors du référendum du 25 octobre 2020 [1]. Dans ce dossier « Constituante », nous présentons le portrait de deux candidates et un candidat. Ces textes ont été publiés sur le site d’El Ciudadano les 11, 15 et 17 mars.


La candidate aux sièges réservés à la Constituante pour les Indiens, Isabel Cayul, cherche à changer le sens de la ville, comme territoire sur lequel peut s’exprimer la culture du peuple mapuche, la connaissance ancestrale et le bien vivre. Démocratie participative, garantie des droits sociaux et féminisme communautaire sont quelques-uns des principes de sa campagne.

Isabel Cayul, « femme mapuche urbaine », comme elle se définit elle-même, est originaire du lof [2] Luciano Cayul, de Perquenco, dans la région de l’Araucanie, avec lequel elle conserve d’étroites relations, en maintenant aussi des liens avec différentes communautés de la zone. Mais comme c’est le cas de centaines de milliers de Mapuche, depuis son enfance elle habite dans la capitale, Santiago, où elle a vécu jusqu’à aujourd’hui.

Cayul a 34 ans, elle est médecin vétérinaire et diplômée en gestion environnementale. Elle est également militante contre l’usurpation immobilière, responsable de quartier, maraîchère et éducatrice environnementale.

Depuis 2014, elle participe au Réseau national de territoires contre l’usurpation immobilière au sein duquel elle représente les luttes territoriales du quartier Yungay, où elle vit depuis plus de deux décennies. Elle est aussi membre du mouvement Territoires en Réseau.

En tant que dirigeante de quartier, elle a lancé des projets de potagers urbains et d’éducation environnementale, a fondé l’écoquartier Yungay et réussi à coordonner différentes expériences de potagers communautaires et d’écoquartiers au niveau national. Durant les mois les plus critiques de la pandémie, en tant que présidente de l’Assemblée des habitants du quartier Yungay, elle a organisé un réseau solidaire de quartier qui a pu soutenir plus de trente cantines communautaires.

Ses convictions et le mandat de son lof et d’autres organisations mapuche l’ont conduite à présenter sa candidature à la Constituante. « Nous sommes en faveur d’une constitution plurinationale et écoféministe, qui garantisse des droits sociaux et des mécanismes de démocratie participative pour toutes et tous. En tant que Mapuche urbains nous devons évoluer du déracinement vers la “mapuchisation” de la waria (la ville), amener le kmey möngen (bien vivre ) dans l’espace urbain. Nous l’avons déjà en partie fait, avec le travail réalisé dans les potagers communautaires, la lutte contre la ville néolibérale et la préservation d’une échelle communautaire de vie dans les quartiers », affirme la candidate dans un entretien avec El Ciudadano.

Par le nombre de ses soutiens – elle est la candidate mapuche avec le plus de personnes qui la suivent sur les réseaux sociaux – elle se présente comme l’une des cartes maîtresse à la candidature constituante mapuche dans la grande zone centrale. Sa candidature s’adresse aux femmes et aux hommes mapuche urbains du Chili, qui représentent entre 70% et 80% du total de la population mapuche du pays.

Cayul appelle à l’élaboration d’une nouvelle Carta Magna qui se base sur les principes écoféministes communautaires, qui garantisse des droits sociaux, le soin et la protection de l’environnement et les revendications territoriales des Indiens. Pour ce faire, sa candidature est organisée autour de sept fronts de travail :
- Plurinationalité : reconnaître toutes les nations qui coexistent sur ce territoire, en leur octroyant de sièges de représentation politique au gouvernement et au parlement. Garantie des droits culturels, linguistiques et territoriaux.
- Bien vivre et droits de la nature : respecter la diversité des formes de vie, en considérant les humains comme partie des éléments qui composent la nature, ses interactions et ses équilibres. Reconnaître la nature comme sujet de droits.
- Repenser les ressources naturelles comme biens communautaires : passer de la gestion privée des biens essentiels à une gestion communautaire.
- Garantir des droits sociaux : droit à la santé, à l’éducation, à la vie dans une ville à échelle humaine, à un logement et à une pension de retraite dignes.
- Fin du modèle néolibéral, grand responsable des inégalités sociales, de la marchandisation des droits humains et du développement extractiviste.
- Démocratie participative : initiatives populaires de lois, plébiscites contraignants, référendums révocatoires, entre autres dispositifs.
- Féminisme communautaire : reconnaissance des tâches domestiques comme travail productif, reconnaissance des droits sexuels et reproductifs des femmes, assurance d’une vie libre de violence, avec une attention particulière aux femmes indiennes.

La campagne d’Isabel Cayu et son profil ont été très bien accueillis sur les réseaux sociaux probablement en raison des revendications sociales qu’elle porte et dont la nécessité a été soulignée lors de la révolte d’octobre 2019.

« Nous ne savons pas si cela va se traduire en votes, mais nos propositions ont au moins été bien acceptées. Nous avons demandé aux gens d’être au clair sur mon profil, sans appropriation, parce que je ne suis pas une femme mapuche rurale. Mon identité est aussi constituée d’éléments urbains, par le fait que je vis dans un quartier et le défends. En résumé cette proposition est féministe, anti-néolibérale, plurinationale et en faveur des droits de la nature et du bien vivre », conclut la candidate.


- Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 3573.
- Traduction de Françoise Couëdel pour Dial.
- Source (espagnol) : El Ciudadano (Chili), 11 mars 2021.

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[2Organisation sociale du peuple mapuche constitué d’un clan familial ou d’une lignée qui reconnait l’autorité d’un lonco, un chef – NdlT.

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