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MEXIQUE - « L’ombre de la mort plane sur notre État du Chiapas » : Des milliers de pèlerins marchent pour la paix

Ángeles Mariscal

mardi 6 février 2024, mis en ligne par Françoise Couëdel

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25 janvier 2024 - « Halte à la délinquance organisée, « Ne tue pas ton frère », « Justice et Paix », sont quelques uns des messages que des milliers d’indiens et de métis ont écrit sur les banderoles qu’ils ont brandies au cours du pèlerinage pour commémorer l’année du jubilé de l’évêque de San Cristobal, Samuel Ruiz García. C’était aussi l’occasion de dénoncer l’impact des cartels de la drogue sur les Chiapas et de lancer un nouvel appel à la paix et à la justice.

L’organisation diocésaine qu’ont construite Samuel Ruiz García et les prêtres qui l’ont accompagné au cours des quarante années pendant lesquelles il a été responsable du diocèse de San Cristóbal. de Las Casas, a permis aux fidèles qui font partie de ce qu’ils appellent le Peuple croyant, d’ affronter grâce à leur spiritualité ce qui peut être considéré comme une des pires crises à laquelle est confrontée la population de cet État : des centaines de disparitions, d’assassinats, de recrutements forcés et aussi de déplacements forcés, sont les manifestations des violences infligées par les cartels de la drogue qui se disputent le territoire des Chiapas et les routes du trafique.

Ce 25 janvier quelque dix mille hommes et femmes ont fait le pèlerinage depuis chacune des paroisses qui se trouvent dans les Altos, le Nord et la forêt des Chiapas jusqu’à la cathédrale de San Cristóbal. Seuls les fidèles des communes de Chicosumelo et de Frontera Comalapa, les zones les plus touchées par la violence, n’ont pas pu en sortir pour y participer.

L’année 2024 est l’année du Jubilé, les cent ans de la date de la naissance de l’évêque, les cinquante ans du Congrès indien de 1974, date symbolique de la naissance des organisations, parmi elles celle du EZLN – les 10 ans du Congrès de la Terre Mère. Et ce mois-ci cela fait 13 ans que Samuel Ruiz est mort.

Ce jour là, après avoir marché depuis l’entrée de San Cristóbal de Las Casas jusqu’à la cathédrale de la Paix, les fidèles des peuples tojolabal, tseltal, tsotsil et zoque, ont rappelé au cours de la célébration religieuse que Samuel Ruiz, en quittant sa charge d’évêque, a été nommé jCanan Lum, le protecteur du peuple, celui qui l’aime et le défend.

Au cours de la célébration où se mêlaient des symboles de la culture maya, parmi lesquels un autel avec les quatre points cardinaux, ils ont prié « pour la paix, pour que cesse la violence perpétrée par le crime organisé »

Dans son homélie l’évêque auxiliaire, Luis Manuel López Alfaro, a dénoncé clairement la situation actuelle qu’endure la population des Chiapas. « Aujourd’hui ils nous réunissent, ils nous appellent à nous unir dans la prière, à jeun, en un pèlerinage de célébration pour demander à Dieu la paix et pour construire cette paix ; c’est un devoir urgent face à l’ombre de la mort qui plane sur notre état des Chiapas qui, ces derniers temps, est devenue plus noire sur toute la frontière avec le Guatemala ».

« Cette ombre est le fait de groupes criminels qui se battent pour voir qui va contrôler la frontière avec l’Amérique centrale. Dans leur lutte ils ont ignoré les communautés, ils en ont obligé certaines à se ranger de leur côté ou à abandonner leur terre, leur faisant perdre ainsi tout le travail d’une vie »

« À tous ceux qui leur ont opposé la résistance – a poursuivi l’évêque – ils leur ont rendu la vie impossible, ce qui leur a valu douleurs, souffrance, extorsions, mort, disparitions, déplacements ou suppression de la libre circulation, extermination des communautés »

Le responsable religieux en a aussi appelé aux autorités. Il a déclaré « Il est impossible de continuer à nier la réalité et de dire que dans les Chiapas il ne se passe rien. Ici se produisent toute sorte de choses, et nous ne pouvons pas nous taire ni rester indifférents face à tant de souffrance, de frustration, d’impuissance, alors que nous sommes envahis et gouvernés par ceux qui font usage des armes et de la violence. Nous constatons que la présence militaire est en augmentation mais nous ne voyons aucun résultat ».

De leur côté, des milliers de membres du Peuple Croyant, ont lu un communiqué qui rend compte aussi de la situation qu’ils subissent et de la réponse des autorités qui n’ont ni reconnu la situation ni arrêté les agissements des groupes du crime organisé.

« Nous le Peuple croyant nous continuerons à bâtir la paix et les chemins de l’espérance, nous chercherons les voies du dialogue pour résoudre le conflit, en évitant la logique de la violence, du mépris, de la vengeance et de la cruauté, instillés dans une grande partie de notre société », ont-ils déclaré.

Après la célébration, dans une conférence de presse, l’évêque auxiliaire et des membres du Vicariat Justice et Paix et du Peuple Croyant, ont déclaré que selon le diagnostic que font les communautés, le scenario pour les mois à venir dans les Chiapas est que la guerre entre les cartels et les agressions envers la population se poursuivront avec un regain de cruauté.

Ils ont déclaré que dans ce contexte n’existent absolument pas les conditions de retour de milliers de personnes actuellement déplacées et qu’est prévisible le drame de la famine autant pour les déplacés que pour ceux qui sont restés dans les villages car ils n’ont pu ni semer ni vendre leur production.

Lors de la conférence de presse ils ont demandé à nouveau au gouvernement du Mexique de reconnaître la situation qu’ils endurent et de prendre des mesures pour que la paix revienne dans les communautés.

Tandis que le pèlerinage s’achevait, dans la région de la Selva Lacandona, se poursuivaient les affrontements entre les cartels.


Traduction française de Françoise Couëdel.

Source : Chiapas paralelo, https://www.chiapasparalelo.com/noticias/chiapas/2024/01/la-sombra-de-muerte-va-cubriendo-nuestro-estado-de-chiapas-miles-peregrinan-por-la-paz/.

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